Une entorse présidentielle au jeu démocratique malien ?

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La vie politique est toujours rythmée par des échéances plus ou moins importantes. Il en est de même pour les partis politiques qui se veulent animateurs de ladite vie politique. La vie interne de ces partis est soumise à des règles de fonctionnement interne dont certaines ne peuvent souffrir de dérogation sauf à mettre en péril la crédibilité de l’organisation politique elle-même.
Actuellement le premier parti politique Malien, le RPM, est très proche d’une telle situation dommageable pour son image. C’est, en effet, une curiosité de constater que depuis la brillante élection, voire le plébiscite, de Ibrahim Boubacar Keïta, le 11 août 2013 avec plus de 77%, il demeure le président du parti politique, le RPM. Une telle incongruité dans l’application des règles du jeu démocratique est vraiment étonnante. Les maliens ont massivement voté pour IBK parce qu’ils voyaient en lui l’homme du salut public. Et que cet homme n’ait pas encore compris qu’allier la Présidence de la République et la Présidence d’un parti politique pose un sérieux problème pour la lisibilité de sa politique générale. Ce faisant il apporte de l’eau au moulin de ses détracteurs et, par ricochet, écorne la stature du RPM comme parti politique majeur du pays.
Le RPM, au risque de passer pour un parti godillot, doit rapidement organiser un congrès afin de se choisir un nouveau président légitime auprès des militants. De telles dispositions sont certainement prévues dans les statuts et règlement intérieur du parti. Si oui, alors pourquoi M. Ibrahim Boubacar Keïta demeure encore président du RPM ?
Certains connaisseurs de la vie politique Malienne estiment que le retard est en lien avec des calculs politiques hasardeux pour imposer à la tête du parti un béni-oui-oui, un soudard. Si cela est avéré, ce sera un désastre pour le parti et un drame pour les tentatives de démocratisation du pays. Le Président Ibrahim Boubacar Keïta a lui même souffert de ce type de dérive politique quand on l’a « obligé » à quitter l’ADEMA en essayant de l’humilier et quand en 2002 des limiers du tripatouillage l’ont écarté du 2ème tour des élections présidentielles alors qu’il avait toutes les chances de devenir Président du Mali cette année.
Ce serait le comble que cette même personne, IBK, laisse faire, laisse s’instaurer de telles pratiques dont lui-même fut victime au moins deux fois.
Ou encore, nous assistons à la mise en pratique de cette théorie psychologique établissant qu’un enfant battu deviendra un père qui bat ses enfants. Autrement dit, IBK aurait-il la volonté d’appliquer à d’autres cette déviance politique ?
Au de-là de toutes les hypothèses qui, par nature, sont des contingences, une évidence s’impose. Elle est que le Président de la République ne peut pas se soustraire à sa mise en cause personnelle même si, d’aventure, il serait démontré qu’il aurait été victime de manigances de certains de ses proches. Surtout IBK doit rester s’efforcer à demeurer fidèle à l’image que les Maliennes et les Maliens avaient de lui : un homme droit, respectueux des valeurs démocratiques et républicaines. Il doit donc respecter le jeu démocratique dans sa lettre et dans son esprit.
La démocratie Malienne est déjà en grand danger quant on l’analyse à l’aune du comportement des agents de sécurité, notamment la police, et du système judiciaire. Ces deux pôles sont des abjections pour le pays, les zélateurs de la gangrène sociale parce que vulgarisateurs de la corruption.
IBK doit éviter les entorses au fonctionnement normal des institutions et surtout prendre garde à ce que les Maliennes et les Maliens ne l’assimilent aux roitelets africains, ces bouffons débonnaires ou pères Ubu, c’est selon. Ce qui serait dommage pour un homme qui avait, il y a peu, un immense capital de sympathie et d’adhésion populaire.
Personnellement, je me suis battu pour IBK et je fais partie des +77% de Maliens ayant voté pour lui et l’ont imposé aux puissances occultes dont les préférences allaient vers d’autres candidats honnis par le peuple malien. C’est la volonté du peuple Malien qui a fait reculer ces puissances de l’ombre.
Aujourd’hui, ces milliers de Maliens qui avaient accordé leur confiance à Ibrahim Boubacar Keïta sont effarés par sa gestion des affaires publiques et privées. Si IBK ne renoue pas avec les valeurs dont les Maliens l’investissaient avant son arrivée à la tête de l’Etat, et qui s’effilochent au fil des jours, je me rangerai dans le camp de ceux qui combattent son système. Comment continuer à faire confiance en un homme qui n’arrive même pas à gérer avec efficience les affaires du parti qui l’a aidé à accéder au pouvoir.
Pour finir, je dirais que la famille est formidable. Mais lorsqu’elle s’implique dans le pernicieux, dans les calculs d’apothicaire, elle se mue en monstre froid. Attention au péril, il est tout prêt!!!
Voltaire disait : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! » IBK devrait réfléchir à cette maxime et en faire sienne.

Kélétigui Traoré

Source : Maliko-Infos


Africatime

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