Régime-IBK : On achève bien les ministres

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Dur, dur d’être ministre. Cela vient d’être confirmé par le dernier remaniement gouvernemental.
De par son caractère autoritaire, IBK n’a jamais accordé grand crédit à ses ministres, ne prêtant l'oreille qu’à son entourage immédiat et à quelques amis de longue date, souvent désignés comme conseillers de « la famille d’abord » (Abdoulaye Idrissa Maïga, Hamadou Konaté, Boubou Cissé, Mahamane Baby). Il les reçoit rarement, n’hésitant pas à blâmer des ministres en plein Conseil des ministres, quand carrément il ne met pas fin à leurs fonctions en pleine réunion. Il n’a pas épargné des hommes qui lui ont témoigné à longueur d’années d’une fidélité à toute épreuve, parfois à la limite de l’obséquiosité (le Dr Bocari Tréta) et même des amis de longue date (Mahamadou Diarra). IBK peut garder des ministres à leur poste pendant une année ou plus (Abdel Karim Konaté dit Empé, Tiénan Hubert Coulibaly, Me Bathily) comme il peut les limoger en une année. Pour les uns par souci de momifier un secteur, pour les autres par volonté de neutraliser une pression clanique.
Qu’importent le bilan, le travail effectué, les contraintes. Ainsi, on ne voit pas quelle responsabilité possède l’ancien ministre de la Réconciliation Nationale, Zahabi Ould Sidi Mohamed, dans la profonde crise dans laquelle se débat le pays alors qu’elle est liée à deux facteurs : la non application de l’accord de paix sur le terrain et la mauvaise gestion des préoccupations des groupes armés, en temps de paix, par les autorités politiques.
Quelle autre mesure anti crise pouvait-il prendre ? Celle que Zahabi a assumées — le rapprochement des groupes armée rivaux pour mettre fin aux attaques des civils dans le Nord— s’est révélée audacieuse mais a buté sur les pesanteurs sociales et avait surtout besoin de temps. Et ça sera la même chose pour son successeur, EL Moctar qui a hérité d’un secteur divisé et dominé par des groupes armés qui multiplient toujours les attaques et les victimes.
Madame Sanogo Aminata Mallé, ancien ministre de la Justice et des Droits de l'Homme, Garde des Sceaux, avait commencé à mettre de l’ordre dans son secteur, mais les résultats ne pouvaient être immédiats tant le secteur est lourdement hanté par la corruption. Les successeurs de ces ministres ne feront ni mieux ni pire ; ils seront, comme leurs prédécesseurs, soumis aux aléas d’une crise exécrable entretenue par ses belligérants et aux caprices de la MINUSMA qui, fait aggravant, ne maîtrise pratiquement plus rien depuis un certain temps sur le terrain.
La déstabilisation des ministres a été en outre alimentée par les retombées des guerres de clans au sommet du pouvoir. Publiquement, le président IBK dressent des couronnes ou vouent aux gémonies des ministres, sans parler du RPM. Il lui arrive d’imposer des hommes au PM dans les équipes gouvernementales — le successeur de Frankaly à l’Énergie et de l’Eau, Malick Alhousseini.
Par magie ? Ou simplement par son appartenance au clan présidentiel le plus dominant. Mais il arrive malgré tout que des ministres s’imposent et laissent même leur nom dans l’histoire, à l’image de Me Mohamed Ali Bathily qui n’a pas hésité à affronter le PM et son entourage dans l’affaire de démolition pour imposer sa réforme du foncier. Un de ses dignes collègues aujourd’hui est Abdel Kader Konaté dit Empé, qui partage avec lui la compétence, la passion du métier et le courage d’affronter les puissants du système et surtout l’ordre établi.
C’est un miracle qu’il soit conservé actuellement à son poste de ministre, chance que n’a pas eu Choguel Kokala Maïga auquel IBK n’a pas laissé le temps de poursuivre sa réforme de la communication au Mali. De celui-ci, le chef de l’État ne voulait pas entendre parler, privilégiant la mise au pas des communicants et de leurs outils, tâche confiée à Me Tall, l’actuel ministre, qui tente de l’exécuter parfaitement.
Dans les équipes gouvernementales successives du régime IBK, de grands ministres (comme de grands commis de l’État) ont laissé leurs traces, mais de bien médiocres ont sévi, faisant de lourds dégâts. Rarement ces derniers ont rendu compte à la justice ou au peuple. Il faut dire, à la décharge de tout le monde, que la responsabilité première incombe au système politique qu’ils ont servi, soit par conviction, soit par obligation. Ce système de « la famille d’abord » qui fait le malheur du Mali.
Jean Pierre James
Source: Nouveau Réveil

aBamako

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