Mali : Calme précaire à Gao après les manifestations de mardi

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Des manifestations de jeunes mardi à Gao ont fait au moins quatre morts. Des discussions entre des représentants du gouvernement et des manifestants ont permis de rétablir le calme. Mais les problèmes de fond ne sont pas résolus.

Trois jours après les manifestations survenues à Gao, au nord du Mali, lors d’une manifestation interdite en raison de l’état d’urgence, le bilan des violences reste incertain. Selon le témoignage d’un lycéen à l’APS, qui dit s’être rendu à l’hôpital «pour voir les blessés», ce sont «quatre personnes» qui ont été tuées. Selon le témoignage d’un employé des urgences de l’hôpital de Gao, rapporté à El Watan Week-end, il y aurait «cinq décès et 34 blessés». Les manifestants voulaient dénoncer la création d’autorités intérimaires, une disposition de l’accord censé ramener la paix.

Mi-juin, le gouvernement malien et les groupes armés signataires de l’accord de paix de mai-juin 2015 s’étaient entendu sur la création d’autorités intérimaires dans les cinq régions administratives du nord du Mali, dont le déploiement est prévu à partir de vendredi, en remplacement des collectivités territoriales. Le président de chaque autorité intérimaire deviendra «le chef de l’exécutif local» et leurs décisions seront exécutoires immédiatement, leur légalité n’étant contrôlée par le représentant de l’Etat qu’a posteriori. Une disposition rejetée par plusieurs organisations politiques et de la société civile maliennes, qui dénoncent la non-représentativité ou la non-légitimité de ces dirigeants temporaires.

Mardi, des manifestations, qui ont rassemblé des centaines de personnes, ont été réprimées par les forces de sécurité qui ont utilisé gaz lacrymogènes et balles réelles. «Nous avons voulu manifester pour dénoncer l’insécurité sur la route Bamako-Gao, pour réclamer aussi notre recrutement au sein de l’armée et pour dénoncer la mise en place des autorités intérimaires», a déclaré à l’AFP Oumar Maïga, de l’Association des jeunes de Gao, parmi les initiateurs de la manifestation. «On a toujours les mêmes revendications depuis 2012.

On a toujours crié, mais on n’est jamais entendu. Et cette fois-ci, on est décidé à aller jusqu’au bout. Nos revendications initiales, c’est la réinsertion socioprofessionnelle des mouvements de résistance civile, c’est-à-dire des jeunes qui ont résisté en pleine crise. Nous disons aussi non aux autorités intérimaires parce qu’elles sont en train de mettre notre région aux mains des bandits, des gens qui ont violé ici, des gens qui nous ont pillés, des gens qui nous ont tout pris», a expliqué Boncana Touré, coordinateur du Mouvement de résistance civile, à RFI.

Doléances

L’opposition, au nom de son chef de file, Soumaila Cissé, «tient le gouvernement seul responsable des morts et des blessés», a-t-elle déclaré pour sa part dans un communiqué. Elle a notamment dénoncé «le passage en force de la loi sur les autorités intérimaires». En plus des autorités intérimaires, l’accord de paix de 2015 prévoit aussi un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion des groupes armés pro-Bamako et de l’ex-rébellion.

La Plateforme, une coalition de groupes pro-gouvernementaux, affirme quant à elle n’être «impliquée ni de près ni de loin» dans ces événements et condamne fermement une marche qui n’a pas été autorisée par les «autorités compétentes pour cause d’état d’urgence». «Aujourd’hui, Gao a retrouvé son calme après la rencontre de la délégation gouvernementale (arrivée mercredi et menée par le ministre de l’Administration du territoire Abdoulaye Idrissa Maïga, ndlr) avec les manifestants. Les représentants du gouvernement ont promis aux manifestants d’examiner leurs doléances», rapporte à El Watan Week-end Almouner Ag, un habitant de Gao.

Leurs exigences : le départ du gouverneur, du chef de la police de Gao et du chef de la Garde nationale, qu’ils tiennent pour «responsables» des victimes de mardi. Depuis la signature des accords de paix, la situation sécuritaire et économique au nord du Mali ne s’est pas améliorée. Malgré la présence militaire, des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, y compris de la force de la Minusma, qui a enregistré une recrudescence d’attaques ayant fait une trentaine de Casques bleus tués en un an.

Cinq Casques bleus togolais avaient été tués le 29 mai dans une embuscade, à 30 km à l’ouest de Sévaré, dans la région de Mopti. Fin juin, l’ONU a renforcé le mandat et les effectifs de la Minusma (de 12 000 à 14 500 policiers et militaires), lui fixant désormais pour priorité stratégique d’aider le gouvernement malien à appliquer l’accord de paix de 2015, à rétablir son autorité sur le Nord et le Centre et à organiser des élections crédibles. Les attaques djihadistes se sont étendues depuis 2015 vers le centre, puis vers le sud du pays.

Un élu d’une commune dans la région malienne de Mopti (centre) a été «abattu» lundi dans son champ par des «terroristes» ont déclaré des sources de sécurité et municipale maliennes. «C’est dans le même secteur que les soldats togolais de la Mission de l’ONU (au Mali, Minusma) ont été récemment tués. Il est donc urgent de renforcer la sécurité des populations dans cette partie du Mali», a indiqué une source anonyme à l’AFP.

Mel. M.

aBamako

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