Afrique : Pour les terroristes, tous les chemins mènent au Mali

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Une superficie de plus de 1,2 million de km², entouré de sept pays en "situation vulnérable" avec "des frontières très mal contrôlées", le Mali offre un tableau "complexe" alliant données géopolitiques, économiques et sociales.

A mesure que les terroristes sont chassés des zones de conflits en Afrique, ils trouvent refuge au Mali, a déclaré dans un entretien avec Anadolu, la porte-parole de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), Radhia Achouri.

Ce constat repose sur un tableau "complexe". Septième pays africain par sa superficie (1 241 238 km²), le Mali est limitrophe de sept pays qui se trouvent, pour la plupart, en "situation vulnérable" avec "des frontières très mal contrôlées", a précisé la fonctionnaire onusienne.

Fragilisé, un temps, par une guerre s'appuyant sur des "revendications socio-politico-économiques", le Mali est lui-même devenu un foyer de tension terroriste, dans la mesure où il a bénéficié, selon des observateurs, d'anciens réseaux radicaux en Algérie et des flux des anciens combattants de la guerre de Libye (2011).

Par ailleurs, on observe "sur le terrain [malien], [...] des alliances, des complicités, entre ceux qui ont un agenda radical religieux et (..) ceux qui ont un agenda purement pécuniaire", distingue Achouri, en ajoutant un élément d'attraction pour les terroristes concernant la possibilité de leur "financement à travers les trafics d'armes, de drogues ou trafics humains".

Dans cette situation où il est souvent "difficile de savoir qui est qui", un état décrit comme "ni de guerre ni de paix" s'est installé, comme le rappelle Achouri. Une situation propice à l'accueil des terroristes qui sont aux portes du pays. "Des conflits régionaux, la [situation d'insécurité qui perdure en] Libye, la présence de Boko Haram [au Niger frontalier]. Tous ces éléments ont beaucoup contribué à faire du phénomène terroriste au Mali un défi de plus en plus présent. Plus on chasse les terroristes [d'autres zones de conflit], plus ils trouvent refuge au Mali".

Autant de raisons qui font de la résolution de la question sécuritaire "un défi, non seulement pour le Mali mais pour toute la région du Sahel", poursuit la porte-parole de la MINUSMA.

De ce "radicalisme actif" et de "la présence néfaste et agressive des narco-trafiquants", le Conseil de sécurité des Nations-Unies a récemment "tiré les leçons". Le 29 juin dernier, il prorogeait d'un an le mandat de la MINUSMA en lui enjoignant d'agir avec plus de "robustesse".

"La vocation de la mission n’a pas changé. Le Conseil de Sécurité n'a fait que rappeler qu’il avait autorisé la MINUSMA dans le cadre de son mandat à avoir recours à la force (...) surtout pour la protection de la population civile [en agissant] avec plus de robustesse". Un besoin qui découlait, aussi, du "bilan assez macabre" enregistré par cette mission, depuis son déploiement en 2013, avec près d'une centaine de morts parmi les Casques bleus.

"Recalibrer" le mandat de la MINUSMA offre, par ailleurs, la possibilité de mieux "assister l’armée malienne pour qu’elle se déploie progressivement et coupe la voie à tous ces groupements qui sont le véritable défi non seulement pour la stabilité du Mali mais pour celle de la région", réitère Achouri.

Toujours au titre de la lutte contre le terrorisme, même si "la vocation de la MINUSMA n'est pas d'établir des stratégies" en la matière, elle identifie les besoins maliens et les communique au quartier général (QG) de l'Organisation des Nations unies (ONU). Celle-ci intervient ainsi souvent, à travers ses institutions, comme l'Equipe spéciale de lutte contre le terrorisme (CTITF) "pour discuter avec les responsables maliens dans quelles mesures elle peut les assister dans l'établissement de leur propre stratégie."

"Il y a plus de deux semaines, il y a eu une visite du Quartier Général de New-York au Mali. Elle a eu lieu après une grande réunion organisée à Bamako regroupant des experts maliens, les ministères concernés, la société civile, des responsables régionaux et les partenaires de la communauté internationale pour épauler le Mali" dans sa stratégie antiterroriste.

Comme "la solution au terrorisme n’est pas exclusivement militaire", la porte-parole de la MINUSMA a insisté sur l'activation "d’urgence" de la mise en œuvre de l’accord de paix d'Alger, signé et paraphé l'été dernier entre Bamako et les groupes armés de Nord. Cela passe par le rétablissement de la confiance entre les partenaires politiques, un obstacle de taille à la concrétisation de l'accord de paix entre des groupes, "qui étaient, il y a peu de temps, en train d'enterrer leurs morts respectifs". Restituer la confiance, est donc "un processus qui requiert du temps."

La mise en oeuvre de l'accord était ainsi, et jusqu'à il y a quelques semaines, bloquée. Le Gouvernement et les groupes armés du Nord exprimaient des divergences sur la question de savoir "par quel bout de l'accord de paix fallait-il commencer ?" rappelle Achouri. Un bras de fer s'est alors engagé, les groupes armés soutenant l'installation, d'abord, d'autorités intérimaires dans les régions du Nord, Bamako étant, de son côté, partisan de l'activation du dossier sécuritaire. "En définitive on a signé une entente [en juin dernier]. Il n’y a aucune raison pour qu’on pense qu’ils n’ont pas agi de bonne foi. Je crois que tout le monde a senti l’urgence."

La mise en oeuvre de l'accord de paix permettra la neutralisation des groupes armés du Nord, "avec leurs assises et bases d’appui" en permettant le redéploiement des forces de sécurité et de l'armée malienne reconfigurée selon l’accord" pour être plus "représentative". Elle s'accompagnera du "retour des services de base et des dividendes de la paix", dans un pays où la jeunesse est majoritaire (75%), désoeuvrée et dépourvue de toute perspective. Elle constitue, à ce titre, un terreau pour les terroristes et autres forces négatives, alerte Achouri.

"On [les terroristes, i.e] peut vous payer 100 USD en échange du dépôt d'un engin explosif improvisé. Parfois, on ne sait même pas ce qu'on dépose. Il y a des coins au Mali ou l’on se demande comment les gens arrivent à survivre", a illustré Radhia Achouri, ajoutant que certains finissent par rejoindre les groupes terroristes ou de narcotrafiquants en raison du "désespoir."


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