Les violences basées sur le genre : 7258 cas identifiés au Mali entre 2012 et 2015 et 83% des victimes sont des femmes

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La Radio Klédu (en collaboration avec l’Onu-Femmes) a tenu son 80e club de la presse le samedi 16 juillet 20016 à l’hôtel Mandé. Le thème débattu portait sur “Les violences basées sur le genre “. Cinq experts de différentes structures étaient face à la presse pour développer ce thème qui reste toujours d’actualité. La conférence s’est tenue en présence de Dr. Maxime Winato d’Onu- Femmes qui a remercié radio Klédu pour l’initiative.

La violence, selon Anaye Sagara du Programme national de lutte contre l’excision, peut se définir comme l’utilisation de la force qui entraîne un préjudice d’ordre mental, social, émotionnel et/ou physique. A ce titre, tout acte de violence basé sur le genre est de nature à causer du mal ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques aux femmes, y compris des menaces à travers des actes comme la coercition ou la privation arbitraire de la liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée.

Parlant de l’état des lieux des violences au Mali, M. Sagara témoignera qu’entre 2012 et 2015, 7258 cas de Violences basées sur le genre (Vbg) ont été identifiés au Mali. En 2012, 2 394 cas ont été recensés dont 211 cas de viols, 248 cas de mariages forcés et divers autres formes de Vbg (enlèvements/séquestration) ont été documentés dans la seule partie du Nord du Mali. Et ces actes ont été perpétrés par les groupes rebelles. En 2013, 3 317 cas de violences ont été répertoriés dont 308 cas de viols, 353 cas de violences physiques, 1 114 cas de violences psychologiques et 8 41 cas de dénis de ressources ; 83 % de ces cas ont concernés des femmes et 24 % des mineurs de moins de 18 ans. 70 % des cas de Vbg ont reçu une prise en charge soit psychosociale, soit médicale. Toujours selon ses révélations, en 2014, 90 cas ont été recensés, une réduction faible à cause de la limitation des champs d’enquêtes des Ong au Nord. En 2015, 1468 incidents de Violences basées sur le genre ont été rapportés. Et 95 % des victimes de ces violences sont des femmes et des filles et 5 % des hommes et des garçons ; 31 % sont des victimes de violences sexuelles (viol et agression sexuelle) ; 20 % ont été victimes d’agression physique et de dénis de ressources ; 16 % des survivants ont subi des violences psychologiques et 13 % sont victimes de mariage forcé. “ Les principaux auteurs présumés de ces violences sont les Forces armées maliennes (Fama), le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), les groupes armés, la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et les bandits “, a soutenu M. Sagara.

Dans son exposé, Mme Bouaré Bintou Founé Samaké dira que les femmes sont les principales victimes de ces violences. “Durant le conflit du Nord du Mali, des femmes et des filles ont été enlevées, séquestrées, violées (collectivement), flagellées, lynchées, empêchées de circuler et de parler librement. Durant ce conflit, toutes les formes de violences ont été étalées pour détruire le Mali à travers la destruction des femmes”, a-t-elle fustigé. Pour Zan Fomba, les conséquences de ces violences sont dramatiques. En plus des blessures physiques, les violences entraînent des traumatismes, des dépressions aboutissant à la folie et d’autres complications sur la santé de la victime. A ses dires, ces troubles ont des conséquences incalculables sur la production de la personne agressée et sur l’économie nationale. Car chaque personne violentée est un bras de moins pour la production nationale. Et leur prise en charge coûte très cher à leur famille. ” Donc, la violence ne peut pas être une solution pour résoudre un problème. Seul le dialogue peut prévaloir à cette résolution des conflits”, a-t-il préconisé.

Et quelle stratégie pour la protection des victimes ? En répondant à cette question, Mme Traoré Diénéba Diakité dira qu’avant la crise du Nord, il n’existait pas de loi spécifique pour lutter contre les Vbg. Mais, a-t-elle avancé, des réflexions avancées sont en cours pour élaborer des instruments juridiques nationaux en plus des instruments juridiques internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les conventions et autres protocoles ratifiés par le Mali.

Intervenant au nom de l’Apdf, Mme Diarisso Mariam Traoré affirmera que sa structure se bat quotidiennement pour défendre les femmes et les filles violentées. “Il arrive que nous amenions des “patronnes” devant les juges pour que des aides-ménagères puissent être réhabilitées”, a-t-elle avancé.

Pour Mme Bouaré Bintou Founé Samaké, les pesanteurs sociales nuisent beaucoup à la lutte contre les violences. Car, a-t-elle argumenté, “quand un homme bat sa femme, il n’y a pas de problème mais quand une femme bat son mari, c’est le scandale. Cette femme est indexée, stigmatisée. Un mari ne doit pas battre sa femme comme une femme ne doit pas battre son mari. Mais les choses sont telles que la femme est victime de violence parce que la loi a fait qu’elle soit sous la tutelle de son mari qui est le chef de famille “.

Pour lutter contre les Vbg, plusieurs Ong dont Onu-Femmes et l’Apdf œuvrent aux côtés du gouvernement pour l’exécution des programmes d’assistance pour les victimes, de formation pour les acteurs intervenants dans cette lutte, de sensibilisation et d’information de la population.

Siaka Doumbia

aBamako

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