Ça bouillonne au nord du Mali : La légitimité de l’accord pour la paix en cause

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De plus en plus des voix dénoncent l’insuffisance de l’accord pour la paix et la réconciliation dans la résolution de la crise malienne. Plusieurs leaders d’opinion souhaitent une concertation nationale sur cet accord avec le risque de compromettre tout le processus. Un retour à la case de départ.

L’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du Processus d’Alger n’a jamais fait l’unanimité. Après les récents événements douloureux de Gao, la vague de protestations liées à la mise en place des autorités intérimaires, les 12 points de réserve du gouvernement sur l’accord, ceux des parties signataires (CMA et Plateforme), on peut légitimement souligner l’inanité du processus.

La quasi-totalité des leaders d’opinion, les partis politiques et même les analystes sont aujourd’hui convaincus que l’accord porte des germes de partition du pays. Pour certains, il y a eu moins d’explication des points inscrits dans le document et d’autres estiment qu’il est truffé de zones d’ombre.

Pour redresser la barre et réorienter le processus, l’opposition exige une concertation nationale. Mais, pour quelle résolution ? Allons-nous réviser tout le document ? Les groupes signataires s’inscriront-ils dans cette logique ? Qui seront les participants et les représentants du peuple à cette concertation ? Seront-ils légitimes ? Autant d’interrogations sur une concertation nationale qui nous ramènerait à la case de départ.

L’accord est issu du Processus d’Alger. Or, certains opposants faisaient partie de la délégation malienne à Alger (soit gouvernementale, soit de la société civile, avec prise en charge par le gouvernement). L’Etat et la CMA ne devraient pas avoir de réserves dans ce document à ce stade, car ils ont fait plusieurs allers et retours à Alger avant de valider le document. A l’époque, malgré des critiques de l’opposition, l’accord a été signé à Bamako.

Il a fallu les récents événements de Gao pour relancer le débat. Le gouvernement s’est obstiné à vouloir mettre en place des autorités intérimaires qui ne feront pas l’unanimité au sein de la population. En paraphant un document dit d’entente avec la CMA par rapport à ce processus, il a déçu les populations des localités concernées. Pis, le lancement du processus de mise en place des autorités intérimaires dans les cinq régions du Nord à la hâte a créé l’émoi au sein de la population.

Le DDR aussi…

Au rythme où vont les choses, ce sont tous les points inscrits dans l’accord qui risquent d’être mis en cause par la population. A commencer par le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).

Les activités du DDR doivent s’inscrire dans le cadre du renforcement de la sécurité et de la stabilité. Par conséquent, elles doivent se faire dans un cadre plus général de gouvernance du secteur de la sécurité. Or dans le cas de notre pays, on a l’impression que le gouvernement veut faire simplement plaisir à certains groupes d’individus.

Dans le cadre plus large, le processus de DDR est directement lié à la réforme du secteur de la sécurité (RSS) tout entière. Il préconise des politiques et programmes qui impliquent les acteurs de la sécurité publique et privée, y compris les militaires et les ex-combattants sans oublier les groupes responsables de leur gestion et contrôle. Les décisions liées au DDR contribuent à la définition des principales composantes par rapport à la taille et à la composition du secteur de la sécurité d’un pays.

La RSS peut aboutir à la réduction des effectifs des institutions chargées de la sécurité et le besoin consécutif pour la réintégration. Et plus important encore, tenir compte de ces questions ensemble peut faire en sorte que les programmes de DDR reflètent les capacités, objectifs et valeurs nationaux dans le cadre d’une vision plus générale de la sécurité nationale.

A défaut de tenir compte de ces questions ensemble, l’on peut faire face au développement d’institutions non durables et irresponsables chargées de la sécurité incapables de faire face aux besoins sécuritaires de l’Etat et de ses citoyens.

Présentement, bien que des dispositions ont été prises pour reformer le secteur de la sécurité, mais l’on n’enregistre aucune avancée sur le terrain. Les partenaires de l’Etat comme l’EUTM et la Minusma contribuent à la réforme. Toutefois, les acteurs principaux comme la jeunesse de Gao, les mouvements d’auto-défense doivent être impliqués dans le processus DDR et de réforme de l’Etat.

Le gouvernement ne doit pas prioriser seulement les groupes de la CMA sinon c’est le retour à la case de départ avec le risque de revivre un Gao-II. Touchons du bois.

Sory I. Konaté


Africatime

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