Pour tout dire : Les doigts de la main

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Quelque part là-bas dans les montagnes, ou peut-être bien dans la savane (on ne s’en souvient plus avec exactitude), un village existait qui se différenciait des autres par un état de la vie politique des plus tumultueux. En effet, il était un conglomérat de diverses tribus qui, chacune en son sein, arboraient des clans aux us et coutumes dont les ressemblances étaient insignifiantes, comparées aux antagonismes. Chacun des divers clans de ces diverses tribus avait fini par oublier ce qui avait été à la base de cette riche société qu’ils ont hérité des pères fondateurs. Ces ancêtres qui, bien que venus d’horizon variés, avaient réussi, par la force de l’union guidée par la sagesse, à faire de ce trou perdu un havre de paix et de prospérité.

Passée donc l’ère de ces dignes sages, il n’a fallu qu’une ou deux générations d’héritiers pour galvauder les valeurs fondatrices. On avait commencé par stigmatiser les nouveaux venus comme étant des oiseaux de mauvais augure. «Ce sont eux qui ont apporté la misère chez nous», disait-on. Après quoi, ils en étaient arrivés à se classifier les uns les autres en termes de tribu d’origine et de tribu d’adoption. Deux d’entre ces tribus, les Hum et les Han, se livraient une vraie guerre faite de coups bas et de conflits ouverts. Les Hum qui géraient le village depuis huit ans, s’offrait la part du lion chaque fois qu’un bonheur matériel visitait le village. Les Han qui avaient les plus riches commerçants et paysans, se disaient défavorisés et réclamaient un partage plus avantageux à leur endroit. Sans jamais s’asseoir pour discuter afin d’arrondir les bords, ces deux tribus en étaient arrivées aux armes avec des pertes en vies humaines.

Pendant ce temps, les autres tribus qui se disaient loin du conflit, ne firent rien pour ramener le dialogue, tremplin d’une paix toujours possible quelque soit le niveau d’escalade de la violence. C’est alors que les Hum et les Han firent venir des mercenaires qui, au milieu de leur mission macabre, se livraient au pillage et autres formes de dérive contre les tribus qui se disaient hors du conflit. Tout le village se trouva donc embrasé et les plus chanceux se laissèrent emporter par la vague d’exil vers d’autres contrées. En lieu et place d’un havre de paix et de prospérité, il n’y avait que ruine et corps décomposés à ciel ouvert. Seuls les mercenaires sont restés et ont fait du village leur résidence, en exploitant ses ressources. Leurs descendants y sont toujours, à ce qu’il parait.

C’est arrivé là-bas dans les collines ou peut-être dans la forêt (on se souvient toujours exactement des faits). Ce village ressemble fort bien à notre «Maliba» car on observe l’expectative en disant que notre crise est un conflit des gens du Nord.

Pour tout dire, il faut que les autres régions du pays s’impliquent activement dans la résolution de la crise dans le Nord si on ne veut pas finir comme les Hum, les Han et les autres tribus de ce village à jamais perdu. Car dans une nation, les régions sont comme les doigts d’une main.

Par Abdoulaye Konaté

aBamako

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