Portrait : Amy KANE, gouverneur courage

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Aussitôt promue à la tête de l’exécutif de la capitale malienne, la « Dame de fer » de la Police a engagé une vigoureuse opération de libération des voies publiques encombrées par des installations anarchiques. Gros plan sur le parcours d’une femme intrépide qui aime commander sans complexe.

« Bravo Mme le Gouverneur de Bamako ! Vous avez mon soutien total et massif. Il est temps que nous sortions Bamako de cette situation de ville sale. Merci Mme le Gouverneur ! Comment ne pas vous faire confiance pour d’autres défis à relever ! » C’est par ces mots enthousiastes teintés de fierté et de reconnaissance que le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, a magnifié l’opération de démolition des installations anarchiques qui se déroule actuellement, partout à Bamako.

En recevant les participantes au Forum économique de la Diaspora malienne, le lundi 1er août, au palais présidentiel de Koulouba, le chef de l’Etat a tenu à saluer la courageuse opération destinée à débarrasser la capitale de ses encombrements nuisibles.

C’est le 21 juillet dernier que l’opération de déguerpissement a été lancée par Amy Kane, elle-même en personne. Comme un commandant de troupes au front, elle donne ordres et consignes à l’équipe d’engins lourds mobilisés pour détruire les équipements encombrant les alentours du cimetière de Niaréla. Beaucoup n’y ont pas tout de suite pas cru leurs yeux en raison de l’échec cuisant de précédentes opérations similaires qui ne sont pas allées à leur terme. Mais avec Amy Kane, partout où ont pu passer les bulldozers, la casse a été totale. Des camions-bennes chargés d’évacuer les gravats ont immédiatement agi, sans tarder ni faiblir.

« L’opération Amy Kane » (désignation journalistique) s’avère très robuste et très différente des précédentes actions de désengorgement. Après une diligente campagne d’information et de sensibilisation menée auprès des notabilités coutumières et religieuses, des associations de jeunesse et de femmes, des opérateurs économiques concernés, Mme le Gouverneur est vite passée aux actes.

Très rapidement, les Bamakois se sont rendus compte que la « Dame de fer » de la Police est déterminée à raser sans ménagement boutiques de fortune, kiosques, étals et autres hangars illégalement érigés sur les voies publiques. Résultat : en dix petits jours, les avenues et le centre ville ont été débarrassés de nombreuses installations anarchiques.

Le coup est très dur à supporter pour des commerçants et étalagistes désemparés. Avec l’énergie du désespoir, certains d’entre eux ont protesté et continuent d’opposer une certaine résistance. L’affrontement de certains de ces résistants avec les agents démolisseurs a transformé le samedi 30 juillet en une journée d’émeute urbaine au Centre commercial. On y a enregistré, tout bilan confondu, une dizaine de manifestants et de policiers blessés. Deux jours plus tard, Mme le Gouverneur convie, d’urgence, en concertation de mise au point, les leaders d’opinion et les délégués des commerçants et artisans. Dès l’entame, elle présente ses excuses « pour ce qui s’est produit » mais reste ferme sur son initiative : « tout est négociable, sauf l’arrêt de l’opération de libération du domaine public ».

PAS QUESTION DE RECULER. Après un tour de table, l’unanimité est faite sur le bien-fondé de l’opération. Cependant, certains participants déplorent un déficit de communication préalable et suggèrent des mesures d’accompagnement en termes de reclassement des déguerpis. Mme le Gouverneur prend note et exhorte avec insistance les uns et les autres à soutenir l’opération qui se poursuivra car, dit-elle, elle est faite « pour le bonheur des commerçants et de nous tous ». Pas question de reculer, ordonne-t-elle. Et, les démolitions se sont poursuivies avec une intensité accrue. Après les Communes I et II et une partie du Centre commercial, les équipes de libération des voies publiques sont ainsi montées à l’assaut des installations impropres dans les Communes V et VI.

Tout étant consciente de l’immense douleur et colère suscitées par l’opération, Madame qualifie le bilan « globalement positif au bout de 14 jours d’intervention ». Les actions n’épargneront aucun cas illégal, nous indique avec fermeté une Amy Kane très à l’aise dans son spacieux bureau rectangulaire. Elle y prend tous les coups de fil qui lui sont destinés, et cela sans aucun tri. Et en Elle répond à nos questions d’une voix calme, égrenant des chiffres assez détaillés sur la disponibilité de quelque 2000 places prêtes à accueillir les « déguerpis » dans différents marchés de plusieurs quartiers de la ville de Bamako.

Impeccable dans sa tenue kaki de commandement territorial, Madame le Gouverneur répond aux questions avec convictions et argumentations. La gestuelle est mesurée, le regard un peu promeneur derrière des verres aux grosses montures rougeâtres, la mine serrée. « Je ne souris pas quand je travaille au bureau », lance-t-elle à notre reporter photo quand celui-ci lui propose différentes postures de pose. Elle exige à être photographiée avec son képi soigneusement vissé sur une chevelure bien amassée.

En se prêtant volontiers aux interviews ou à la lecture des messages radiotélévisés en français et en bamanakań, Mme le Gouverneur accepte une exposition médiatique que lui imposent les circonstances. Son message est clair et net. Pas de phrases ampoulées, ni de formules à l’emporte-pièce, elle tient un langage simple mais perçant. Même si elle est souvent tentée de faire dans l’exhaustivité de l’argumentaire, elle reste posée et ferme.

Elle s’affiche concentrée sur le sujet car elle veut réussir l’opération qu’elle vient de lancer. Pour ce faire, elle compte sur l’adhésion des populations à l’opération mais aussi aux initiatives à venir. Ses priorités se résument à l’atteinte de l’objectif primordial de rendre son lustre d’antan à la capitale malienne. D’où l’application des mesures indispensables d’assainissement et de désengorgement des trottoirs, artères, avenues et boulevards. Pour y parvenir, Mme le Gouverneur se montre ouverte à toutes les idées ou appui-conseil. « Toutes les suggestions d’amélioration sont les bienvenues au gouvernorat », propose-t-elle sans aucune gêne.
Les actions en cours ont-elle un lien avec la tenue en janvier prochain du Sommet Afrique-France ?

Nécessairement, « Bamako ne devrait pas offrir à nos hôtes l’image d’une ville insalubre », souligne Mme le Gouverneur qui s’empresse d’ajouter que l’assainissement doit être un comportement de tous les jours, « J’ai beaucoup visité et je ne suis pas d’accord que Bamako soit très insalubre comparativement à des capitales de nos pays voisins », regrette Amy Kane. On peut ainsi comprendre sa détermination à mener sans concession l’œuvre de salubrité publique engagée. En moins d’un mois de sa promotion à la tête de l’exécutif de la capitale malienne, la « Dame de fer » marque ainsi des points en mettant en œuvre une vigoureuse mais salutaire opération de libération des voies publiques encombrées par des installations anarchiques.

La manière musclée utilisée dans cette opération démontre à nouveau la méthode forte employée par Amy Kane tout au long de son parcours professionnel. L’usage incontournable de la force basée sur la loi est le credo de l’officier de policier, qui fait montre d’un sens de commandement rigoureux sans aucun complexe. Elle fait preuve de l’incarnation d’une femme courageuse dans le respect de l’autorité de l’Etat. Une autorité sérieusement malmenée ces dernières décennies à Bamako à cause de l’incivisme, de l’insécurité et de l’insalubrité. Le tout sur fond d’impunité.

Les Bamakois peuvent désormais compter sur leur nouveau gouverneur. Le 1er juin dernier, à la grande surprise générale, le conseil des ministres procède à la nomination du Contrôleur Général de Police Mme Sacko Amy Kane au poste très redoutable de Gouverneur du District de Bamako. Nomination actée par un décret présidentiel rapidement signé une semaine plus tard. La nouvelle promue devient le 13ème chef de l’exécutif de la capitale malienne qui a été érigée en District en 1977. Amy Kane est aussi la seconde femme à occuper ce haut poste du commandement, après le passage (1991-1993) de Mme Sy Kadiatou Sow, une devancière tout « Dame de fer »et pasionaria du Mouvement démocratique au Mali.

Amy Kane, nouveau Gouverneur du District de Bamako, c’est une agréable surprise pour nombre de ses compatriotes. Lors de la solennelle cérémonie de prestation de serment, avant l’entrée en fonction de la nouvelle promue, le 29 juin, le procureur du Tribunal de la Grande instance de la Commune IV, Boniface Sanou s’adresse à elle dans un réquisitoire circonstancié et très expressif : «En vous nommant Gouverneur du District de Bamako, le Président de la République a, sans doute, étonné ceux d’entre nous qui, malgré tout, imaginent difficilement de telles responsabilité entre les mains d’une femme, surtout quand elle a été appelée en dehors de la maison».

Effectivement, c’est au sein de la police qu’Amy Kane, de par ses actions d’éclat, sera révélée au commun des Bamakois saluant « son efficacité », se rappelle le Procureur Sanou avant de noter que l’officier de police a ainsi «construit sa vie sur des valeurs d’excellence, de rigueur, d’intégrité, de discrétion, de modestie et de patience». À la suite du procureur Sanou, le président du Tribunal, Moussa Aly Yattara, lance à Amy Kane ces mots admiratifs : “au regard de votre expérience, vous allez relever le défi de la sécurité, de la salubrité et de l’incivisme à Bamako”.

HAUTS FAITS POLICIERS. Une expérience acquise au fil de 40 années de métier. Cela débute en juillet 1976, après avoir obtenu son Bac (Série sciences biologiques) au Lycée des Jeunes filles de Bamako, Amy Kane accède sur titre à l’Ecole Nationale de Police d’où elle sort en 1978 avec le grade d’inspecteur.

Elle y est avec deux autres camarades lycéennes, Hawa Sidibé (l’actuelle directrice de la Sécurité publique) et Bintou Diaw, présentement en détachement aux Entrepôts du Mali à Abidjan. Au cours de sa formation initiale, Amy Kane obtient, en 1977, le brevet militaire de parachutisme au camp de Djicoroni-para. Patiemment, elle gravit les échelons des grades de la police. Elle commence inspecteur, puis devient lieutenant de police (1978-1992). Suite à la démilitarisation du corps de police en 1993, Amy Kane devient successivement Commissaire (1994), Commissaire principal (1997), Commissaire divisionnaire (2003) et Contrôleur Général de Police (2008).

Au registre des fonctions occupées, elle sert comme adjointe au Commissariat du 7e Arrondissement de Bamako, ensuite adjointe à l’Interpol, puis adjointe au Commandant de la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ). Après ces postes de secondes responsabilités, la hiérarchie lui fait confiance en la nommant Commissaire en charge du 1er, puis du 11ème Arrondissement de Bamako. C’est l’époque maudite par la pègre bamakoise dont la tranquillité est troublée par une lutte sans merci menée contre le grand banditisme.

En effet, Commissaire Amy Kane réussit des hauts faits policiers en surmultipliant les opérations coups de poing. Lors des sorties nocturnes inopinées, elle s’attaque de front aux nids criminogènes, pourchasse les hordes de malfrats jusqu’a leurs repaires malfamés. Elle organise la chasse aux redoutables caïds réputés invincibles. Elle arrive à mettre hors d’état de nuire des bandes de criminels endurcis. Marquant ainsi les esprits des paisibles citoyens qui lui collent, malgré elle, le sobriquet de « Dame de fer » des commissariats bamakois.

Toujours sur le terrain, elle conduit encore en personne les équipes de patrouilles nocturnes lorsqu’elle est portée au commandement de la Brigade chargée de la protection des mœurs et de l’enfance, de 2004 à 2014. Ce fut dix longues années interminables pour les adeptes de la pédophilie, du proxénétisme et de la prostitution clandestine. Sans répit, Commissaire Amy Kane sème la terreur dans les milieux socialement dangereux.

À partir de 2014, le Contrôleur Général de Police se retrouve commandant en chef de la Direction de la Police Judiciaire qui englobe 5 structures très sollicitées, soient la Brigade des Mœurs, la BIJ, Interpool, la Brigade des stupéfiants et la nouvelle entité Police technique et scientifique. C’est de là que les plus hautes autorités de l’Etat ont fait appel à Amy Kane pour lui confier le gouvernorat du district de Bamako. Une nomination de rupture, constatent des observateurs, car durant ces 15 dernières années l’exécutif districal a été dirigé par des administrateurs civils blanchis sous le harnais (Mamadou Issa Tapo, Natiè Pleah, Ibrahima Fèfè Koné, Souleymane Diabaté et Mamadou Hady Traoré).

Ce nouveau poste va certainement peser sur les activités associatives de Mme Sacko Amy Kane. Elle est membre active de l’Association des femmes policières et épouses de policiers. Elle préside « Cri des mères », une ONG dédiée à l’assistance aux enfants abandonnés des filles-mères. Elle dirige Danayaso (la maison de confiance), un centre d’accueil et de placement des enfants victimes des violences physiques et morales. Le centre a quelquefois contribué dans la prise en charge de la réinsertion socio-économique des prostituées reconverties.

22 FOIS À LA MECQUE. Cet engagement associatif traduit la détermination de l’officier de police à se rendre utile à une société dominée par des pesanteurs culturelles qui influencent souvent les femmes chefs de services. Forte de cela, Amy Kane s’évertue à rester exemplaire. Elle fait siennes les qualités de loyauté et de franchise. Elle déteste le mensonge et l’hypocrisie. Elle préfère exercer ses compétences sur le terrain avec rigueur et intrépidité sans laisser aucune marge au laxisme et au laisser-aller. Elle refuse le désordre et ne transige pas avec la loi. Des qualités qui lui ont valu les encouragements, les félicitations ainsi que les témoignages de reconnaissance de plusieurs ministres en charge de la Sécurité et de tous les directeurs généraux de la police nationale.

Mieux, elle est récipiendaire de nombreuses distinctions honorifiques dont les médailles de Chevalier de l’Ordre National du Mali (2005), de Chevalier de la Légion d’honneur de la France à titre étranger (2012) et de « Women of Excellence » de l’ambassade des USA au Mali (2015). Auparavant, elle avait reçu de décorations citoyennes : la Médaille de mérite de la Commune V de Bamako (2002) et le Prix Chaba Sangaré (2003). Le 1er août courant, Mme le Gouverneur Amy Kane s’est vu distinguée par un encourageant Prix Ciwara (symbole de l’abnégation au travail chez les Bambara) à elle décerné par le Collectif des Associations de Bamako (CABA) qui regroupe une vingtaine d’associations dont celles des griots et des artisans avec la caution morale des Familles fondatrices de Bamako. Celles-ci manifestent tout leur soutien à l’actuelle opération d’embellissement de la capitale.

« Je ne m’attendais pas à ce trophée du CABA. Il constitue pour moi une charge supplémentaire. Je ne peux plus baisser les bras. Je n’ai plus droit au découragement », s’engage Amy Kane visiblement très réconfortée par les multiples formes de soutien à ces actions.
Le moral remonté, l’officier de police veille sur le maintien de sa forme par la pratique des exercices physiques. Elle le fait en étant consciente qu’elle n’a plus la vigueur de la lycéenne athlète en saut en hauteur et de l’ancienne basketteuse qu’elle fut au début des années 1970. À cette époque, elle jouait au Djoliba AC dont la suprématie d’alors dans le basket féminin malien était de notoriété, avec notamment la génération de feues Aminata Fofana dite La Panthère et Salamatou Maiga dite Bébé, sans parler des Penda N’Diaye Pimpin et Adiza Diarra.

aBamako

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