14 mois après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation : L’escalade de la violence continue au Mali

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14 mois après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, la paix n’est pas de retour au Mali. Les attaques terroristes, les conflits interethniques et le grand banditisme rendent la situation sécuritaire très volatile dans le pays. De juillet à début août 2016, plus de 70 personnes sont mortes à cause de cette situation de ni paix ni guerre au Mali, soit plus de deux morts par jour. La dernière en date est la mort d’un jeune homme par un individu armé, dans la matinée du lundi 08 août 2016 à Gossi, lors d’une soirée de spectacle. Un jour plus tôt, le dimanche 07 août 2016, un véhicule de la Minusma a sauté sur une mine à Kidal. Bilan : un casque bleu tué et 4 blessés. L’attaque a été revendiquée hier par Ansardine. Cette situation d’impasse exige, selon plusieurs hommes politiques maliens et analystes, la tenue de concertations nationales.

L’insécurité persistante dans de nombreuses zones du pays continue d’entraver le processus de paix au Mali. Les jeunes de la commune de Gossi, cercle de Gourma-Rharous et région de Tombouctou, ont passé une très mauvaise nuit hier lundi 08 aout 2016. Leur soirée de spectacle au foyer des jeunes a très vite viré au cauchemar quand un individu armé a fait irruption dans la salle pour leur tirer dessus. Les tirs de l’individu armé ont fauché un jeune et fait plusieurs blessés. Un nouvel acte terroriste ? La procédure en a tout l’air.

A Kidal, après des combats sanglants entre les Imghad et les Iforas, respectivement représentés par la Plateforme et la CMA, deux groupes signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, un casque bleu de la Minusma a trouvé la mort dans l’explosion des mines au passage de deux convois de la force onusienne le dimanche 07 août 2016. «Ce matin, vers 06h50, un véhicule de la Force de la MINUSMA faisant partie d’une escorte d’un convoi logistique a heurté un engin explosif improvisé (EED) ou une mine à environ 11 km au sud d’Aguelhoc, sur l’axe Aguelhoc-Anefis, dans la région de Kidal. Peu après, vers 9h15, un autre EED ou mine a explosé au passage d’un véhicule de la Force en patrouille, à 2km à l’Est du camp de la MINUSMA à Kidal, causant uniquement des dommages matériels », a déclaré, dans un communiqué, la Minusma.

Ban Ki moon, le Secrétaire général des Nations Unies a condamné fermement cette attaque qui a coûté la vie à un casque bleu et en a blessé quatre autres. « Elle fait suite à une attaque similaire perpétrée le 5 août, ayant blessé un casque bleu dans les environs de la ville de Kidal…Le Secrétaire général rappelle que la paix demeure la responsabilité primordiale des parties maliennes. Il exhorte toutes les parties à continuer d’œuvrer pour l’application intégrale des dispositions de l’accord de paix et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour prévenir ces attaques», a indiqué, dans une déclaration, le secrétaire général de l’ONU. L’attaque a été revendiquée hier, lundi 08 aout 2016, par le groupe terroriste Ansardine du djihadiste malien Iyad Ag Ghaly.

En un mois, de juillet à début août 2016, l’insécurité au Mali a fait plus de 70 morts. Les conflits interethniques, les enlèvements, les attaques de bandits armés et les attentats terroristes sont légion dans le pays, quatorze mois après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation. Le comité de suivi de l’accord, peine à résoudre les problèmes d’insécurité qui frappent de plein fouet le Mali. Le Comité national de coordination pour la mise en œuvre de l’accord crée en janvier passé et présidé par le Premier ministre Modibo Keita peine aussi à poser des actes allant dans le sens de la paix au Mali.

« Nécessité d’une concertation nationale »

L’ex ministre de la défense du Mali Soumeylou Boubeye Maïga et non moins président du parti ASMA CFP, un parti de la majorité présidentielle, vient grossir le rang de ceux qui militent pour la tenue des concertations nationales pour sortir le Mali de l’impasse. « L’accord signé entre l’Etat du Mali et les groupes armés n’est pas un accord de paix et de réconciliation mais plutôt un accord pour la paix et la réconciliation. De ce fait, il devrait y avoir un débat, un consensus national sur certains de ses aspects…La Conférence d’entente nationale est une très bonne chose, pour permettre aux uns et aux autres de s’impliquer davantage, de s’approprier la mise en œuvre, car l’inaction de l’Etat rend difficile la mise en œuvre de l’accord», a déclaré, le samedi passé, Soumeylou Boubèye Maïga à la presse.

L’ancien ministre de la Défense fait ainsi écho aux nombreux appels de l’opposition malienne qui ne cesse de demander au gouvernement de tenir des concertations nationales. Au lendemain de la répression de la manifestation de Gao dans le sang, les responsables des partis politiques de l’opposition malienne, lors d’une conférence de presse le samedi 16 juillet 2016, ont réitéré leur appel à tenir des concertations nationales.

L’honorable Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition et non moins président de l’URD, la deuxième force politique du Mali, a indiqué : « l’opposition estime que notre pays doit à présent entamer une dynamique nouvelle, par un dialogue inter-malien fécond visant à forger un consensus national autour de la restauration de la paix et de la stabilité sur l’ensemble du territoire. Il sera le lieu d’une appropriation nationale, d’une “MALIANISATION” du processus de paix et de réconciliation. Ce dialogue national inter-malien doit s’étendre à tous les acteurs maliens de l’intérieur et de l’extérieur ».

Selon Cissé, la signature de l’accord ne doit nullement occulter la situation sécuritaire inquiétante dans le nord et le centre du pays dont la résolution requiert le nécessaire dialogue entre les différentes composantes de la nation. «L’immense campagne de sensibilisation organisée par le gouvernement autour de l’accord n’a eu aucun effet bénéfique pour le pays. Bien au contraire, on assiste impuissant à une recrudescence de la violence avec son cortège d’attaques meurtrières contre les forces armées du Mali, les forces de la Minusma et les populations civiles au nord et au centre du pays. La situation sécuritaire est hélas de plus en plus préoccupante », a précisé le chef de file de l’opposition.

Madiassa Kaba Diakité

aBamako

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