Bamako n’a jamais été une ville coquette et ne le sera jamais !

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Ce n’est pas la peine de commenter cette histoire de déguerpissements à Bamako. Gros village quasi-électrifié à l’image effrayante, la ville le restera pour longtemps encore. Elle n’est plus baignée par le DjoliBA, mais par le DjoliDENI, c’est-à-dire qu’elle baigne dans sa propre pisse et dans ses propres déchets qui donnent une odeur nauséabonde.

Les Maliens crient «changement» mais les Maliens ne veulent jamais changer eux-mêmes. Tout est sur le bout des lèvres. La conscience et les habitudes sont toujours des plus mauvaises, à l’état primitif. 16 millions «d’experts», tout un tas d’intellectuels et de grands patriotes qui ont la bouche grandement ouverte ; le changement ne vient pas cependant. Parce que le cœur des Maliens, leur conscience et leurs agissements quotidiens ont toujours trahi leur bouche.

Il n’y a presque pas de routes à Bamako, ne parlons même pas du reste du Mali. Sur des chaussées d’une seule voie, parfois d’une demi-voie, recouverte d’une très fine couche de bitume que le moindre coup de vent fait partir, c’est tout le monde qui est là : voitures antiques et sales, ferrailles de Sotrama, charrettes, ânes, moutons, piétons, marchands ambulants, pousse-pousse, Jakarta, preneurs de thé… Même les fous et les poules y sont aussi. Chacun y laisse ses ordures partout. Après, on dit qu’il y a embouteillages dans la ville.

Embouteillages, c’est lorsqu’il s’agit de voitures et non de toute la merde qui se trouve sur les chaussées ! Pour se frayer un chemin, il faut être un acrobate de première génération. Dès que vous sortez sur les routes, vous y voyez toute la merde de ce pays de merde. Quand Batilly a démoli des constructions illégales à Bamako, bien des voix d’indignation se sont fait entendre, sachant bien que ces maisons n’étaient pas conformes à la Loi. Comme quoi, laissez les gens construire où ils veulent et comment ils veulent. Même si c’est dans le lit du fleuve, pour que la moindre inondation fasse des victimes. Même si c’est sur les caniveaux, pour empêcher les eaux de s’échapper de la ville. Ces démolitions, beaucoup de Maliens les ont condamnées. Il y a la Loi, il y a aussi nos vilaines habitudes. Nous vivons sur les dernières. Nous sommes donc les premiers des derniers.

Nous sommes un pays très désordonné, Bamako est le symbole même de ce désordre. Des maires qui vendent des terrains ou délivrent des autorisations, selon leur propre vouloir, sans rendre de compte à qui que ce soit, sans penser aux Textes, ni aux conséquences ; des gouverneurs, des ministres et un président qui sont dans leur République de salon, des politiciens qui sont sur les ondes de radios ou dans les journaux à crier dans le vent, sans aucune conviction ; des intellectuels et de grands patriotes qui parlent toujours bien pour pouvoir plonger la bouche dans la soupe républicaine et se taire ensuite.

Il n’existe pas de corrélations, de liaisons entre les différentes structures étatiques, entre les éléments de la société. Plutôt, nous sommes comme une horde de bêtes. Chacun court dans sa direction. Nous sommes un miroir brisé en mille morceaux. Nous avons beau les rassembler, les fissures restent. Nous sommes une charrue tirée dans les quatre sens par des bœufs. La moisson ne viendra jamais parce que les champs ne peuvent être cultivés de la sorte. Nous sommes une Nation de grands gueules, les actes ne se posent jamais.

Quoi qu’il en soit, à travers Ami Kane, IBK ne reculera pas. Il lui faut préparer son Sommet Afrique-France auquel il tient plus qu’à la paix au Mali. Il lui faut préparer l’arrivée de son «ami», de son Président Hollande, puisqu’IBK est Français aussi. S’il le faut, c’est tout Bamako qui sera écrasé pour le plaisir de Paris. Après ce Sommet, tout reviendra dans la norme primitive malienne. Toutes les chaussées seront rechargées de la même merde quotidienne et habituelle. On n’en reparlera plus. Tous ces déguerpissements, c’est du bruit pour rien. Hollande viendra et repartira. La bêtise malienne restera toujours.

Sékou Kyassou DIALLO

aBamako

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