Crise du pain : L’angoisse des distributeurs à moto

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A l’approche de la fête, on avait monté un plan pour colmater les brèches. Les vraies solutions étaient programmées pour l’après Tabaski. Mais rien ne bouge. Les temps sont durs pour  tout le monde au Mali, mais les distributeurs de pain, les motos, on va les appeler, étaient jusqu’ici à l’abri : bon an, mal an, on mange du pain. Mais, le tour de grosses motos qui filent à cent à l’heure pour nous faire manger du pain couvert de poussière, de fumée et  même de boue a provoqué une volte-face inexplicable des boulangers.

En gros, une moto gagnait au minimum  300 000 francs CFA par mois en percevant 50 francs sur chaque gros pain vendu. Ce n’est pas l’eldorado dans le pays d’IBK mais il faut avouer que c’est correct. Par rapport à la hausse du prix du pain en 2007, la situation des boulangers était des meilleures : le prix de la farine a fortement baissé. Celui du carburant aussi. Leurs bénéfices sont donc montés en flèche. Le prix du pain devrait même baisser.

Mais d’un coup sec et à la grande surprise …, les boulangers ont décidé de créer une situation. Ce sont eux qui ont imposé la grève de trois jours aux motos, afin de faire d’une pierre deux coups : augmenter le prix du pain (de 250 à 300 francs CFA le gros) et en divisant par deux les gains des motos. Les boulangers ont tablé sur le fait que le gouvernement est faible, que les motos sont encore plus … et que les maliens sont mollassons (donc incapables de réagir).

Et c’est en début du mois de Septembre, mois de la tragédie du Word Trade Center que les boulangers ont voulu exposer les motos et abattre le consommateur malien. Ils ont gagné la première manche et s’apprêtaient à conclure l’essai quand la Tabaski a pointé du nez le 12 Septembre. Il a été alors décidé d’observer un temps mort pour digérer les moutons et apaiser les esprits. Et ce pour dire que le … n’est pas terminé et qu’une reprise s’impose sur la corde raide.

La situation acquise arrange les boulangers, les pouvoirs et les consommateurs ont l’air de << s’en foutre >>. Tel n’est pas le cas pour les motos qui goûtent aux affres de la division par deux de leurs gains (de 300 000 en moyenne à 150 000 francs CFA/mois). Leurs dépenses pour placer le pain restent intactes (2 000 francs CFA de carburant/jour). Et s’ils voulaient augmenter leurs marges en vendant encore plus de pain, ils devront consommer plus de carburant (donc augmenter les coûts) rouler encore plus vite (augmenter le danger) et plus long (augmenter la fatigue et l’usure de la moto).

Sans oublier la concurrence farouche que cela va exacerber entre eux. Il faut savoir que les motos vont déposer le pain deux fois par jour dans les boutiques, puis reviennent deux fois aux mêmes boutiques pour encaisser les sous et emporter les invendus. Leur travail commence avant l’aube et finit tard le soir à la boulangerie où ils vont déposer la recette du jour, ramener le pain invendu et faire le point du jour.

Les motos se sont réunis après la fête pour examiner leur nouvelle situation qui ampute leur gain et fragilise leur position de groupe face aux boulangers. D’après les témoignages, ils ont décidé que gagner 25 francs sur le gros pain << ne faisait pas leur affaire >>. Ils attendent donc la reprise des négociations. «La chèvre va-t-elle souffler sur leur bouche ?» Dans ce cas, quel serait la réaction de ce corps trop fragile ?

Tientiguiba Danté

 


Maliweb

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