Démocratie au Mali : Et si nos opposants pouvaient grandir un peu

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Pour justifier sa marche du 21 mai 2016, l’opposition politique malienne avait avancé, comme l’une des raisons justifiant cette initiative, le refus du président de la République de privilégier le dialogue politique. Et curieusement, elle organise une nouvelle marche quelques jours après que le Chef de l’Etat ait pris l’initiative de l’ouverture, du dialogue en rencontrant des partis (opposition et majorité) et organisations de la société civile. Que veulent donc les opposants au pouvoir ? Sans doute que le pays sombre dans une nouvelle crise politique sans se préoccuper des conséquences d’une telle aventure pour un pays qui a encore du mal à se relever de sa déstabilisation institutionnelle et sécuritaire.

«Ils ont encore battu le pavé comme à leur habitude en mobilisant les désœuvrés et les insouciants de la République. Ils ont marché préoccupés par leur carrière politique et indifférents aux défis réels auxquels le pays fait face» ! Cette lecture d’un enseignant nous a donné matière à réflexion sur la marche initiée par l’opposition malienne, dite démocratique et républicaine, le samedi 1er octobre 2016.

«Aujourd’hui le peuple malien a répondu présent et a une fois de plus montré que, malgré les diffamations à notre égard, il a compris», a osé publier sur les réseaux sociaux l’URD, le parti du Chef d’orchestre de cette opposition qui n’incarne que ses propres illusions et rêves.

En effet, si ceux qui ont marché avec les amuseurs de galerie le 1er octobre dernier représentent le peuple malien, c’est qu’il faut réellement s’inquiéter pour ce pays. Et cela d’autant plus que les raisons avancées pour justifier cette sortie politicienne ne résistent pas à l’analyse  objective.

Le Chef de l’Opposition divague réellement quand il ose défendre que la nouvelle loi électorale «porte de germes préjudiciables à la démocratie de notre pays. S’il est promulgué en l’état actuel, ses méfaits exposeraient le pays à beaucoup d’incertitudes».

C’est comme cette responsable d’association qui courtise les politiciens,  parce qu’en quête de crédibilité et de sa popularité d’antan, et qui disait que le nouveau code trahit la mémoire des Martyrs de la démocratie !

Et c’est aussi faire preuve d’une incroyable mauvaise foi politique que de dire, «c’est une loi électorale qui vise à exclure les femmes…». Comment un régime peut oser une telle discrimination après avoir bravé les préjugés sociopolitiques et religieux pour doter le pays d’une loi instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives ?

Aujourd’hui, les femmes doivent bénéficier d’un quota de 30 % au moins pour les nominations dans les institutions de la République ou dans les différentes catégories de services publics au Mali par décret, arrêté ou décision.

Et pour les prochaines communales, les listes qui ne seront pas conformes à cette disposition vont être recalées. C’est pourquoi les mêmes partis, qui étaient dans la rue le samedi 1er octobre 2016, font des communiqués pour appeler leurs bases à s’y conformer.

Quant à la censure à l’ORTM, c’est un disque rayé parce qu’utilisé du parti unique à la démocratie. De 1992 à nos jours, quelle est cette opposition qui n’a pas chanté la même chanson, porté la même accusation contre le parti au pouvoir ? Nous prenons à témoin Modibo Sidibé, leader des FARE, quand il était Premier ministre si l’ORTM était plus ouverte à ses opposants qu’aujourd’hui ? Et d’ailleurs pourquoi se focaliser sur la seule télévision publique en cette ère de pluralité ?

Et nous sommes dix fois plus nombreux, que ceux qui ont marché à souhaiter le retour du président Amadou Toumani Touré au bercail. Et cela pour l’honneur du Mali et l’image de notre démocratie et non en faire un fonds de commerce politique.

Beaucoup se battent aujourd’hui pour le retour du Général pas pour lui, mais dans l’espoir de retrouver leurs privilèges perdus. Aiment-ils réellement ATT ? Qu’ont-ils fait pour lui éviter les erreurs politiques qui ont conduit au putsch du 22 mars 2012 ? Rien ! Absolument rien.

Ils veulent juste continuer à profiter d’un Général dont le patriotisme frise souvent la naïveté.

Mettre fin à la banalisation de l’élection présidentielle

Les députés de l’Assemblée nationale ont adopté la nouvelle loi électorale le 9 septembre 2016 à une large majorité (78 voix contre 28) après une centaine d’amendements.

Selon des dispositions de cette nouvelle loi, il faut être parrainé par dix députés, cinq conseillers nationaux et la caution de 25 millions FCFA pour prétendre à la magistrature suprême.

La loi adoptée maintient donc le parrainage d’une candidature aux présidentielles par 10 députés, comme dans la précédente, au lieu des 15 proposés dans le projet de loi. Quant à la caution pour chaque candidat à la présidentielle, elle passe de 10 à 25 millions de francs CFA. Le projet de loi avait raisonnablement proposé 35 millions de francs CFA.

Ce sont en réalité les deux dispositions qui ont estomaqué l’opposition. Mais, comme cette position n’est plus défendable, ces animateurs changent le fusil d’épaule en se perdant davantage dans la démagogie.

Mais, qu’ils se rappellent que nous ne sommes plus en 1992 ni dans les années 2000 ! Nous sommes en plein 21e siècle et les Maliens ne veulent plus d’une démocratie au rabais. Tout comme il est temps de mettre fin à la banalisation de la fonction présidentielle convoitée par même des politiciens qui n’ont pas de chapelles.

Elle ne doit pas être à la portée de n’importe quel aventurier. Est-ce que le candidat d’un parti ou d’une coalition qui ne parvient pas à mobiliser une caution de 35 millions mérite vraiment de diriger notre pays ?

Si nous avons bonne mémoire, le budget de la campagne présidentielle d’un parti politique de la place a été évalué en 2013 à plus de 2 milliards de F CFA. Que Soumy Champion nous dise combien il a dépensé en 2013 pour se retrouver au second tour de la présidentielle?

Déterminés à plonger le Mali dans une nouvelle crise politique

Le vrai dessein de l’opposition est visiblement de plonger le Mali dans une crise politique. Sinon comment comprendre qu’elle marche aujourd’hui quelques jours seulement après que le président de la République ait décidé de privilégier le dialogue politique et social afin de mieux baliser et relever les défis de l’heure ? Les rencontres avec le Chef de l’Etat n’étaient-elles pas des opportunités pour discuter des motifs avancés pour justifier cette marche ?

C’est curieux alors d’entendre le Chef de file de l’opposition démocratique et républicaine (???) déclarer, «nous sommes là parce que ça ne va pas… Il n y a aucun signal du pouvoir pour nous faire comprendre qu’il a compris la situation désastreuse du pays». Cette série de rencontres est pourtant la preuve que le Chef de l’Etat a enfin compris qu’on ne peut pas gouverner un pays en crise en tournant le dos aux autres forces vives.

Et le même leader (???) de l’opposition avait déclaré à la presse, à sa sortie d’audience à Koulouba, être  très satisfait de cette ouverture entamée par le président de la République envers l’opposition afin de mieux communiquer pour un Mali apaisé sans rumeur mais avec la participation de tous ses fils dans la construction de l’édifice national.

Visiblement, nos opposants voient toutes les reformes actuelles en terme de personnes et non de nation qui a besoin de se moderniser aussi bien au niveau économique qu’institutionnel.

Tout ce que le pouvoir entreprend comme reformes viserait ainsi à leur barrer la route de Koulouba. Ainsi, certains d’entre eux n’ont pas eu honte de dire que la nouvelle loi électorale vise à empêcher Modibo Sidibé de briguer la présidence en 2018.

La loi, une fois adoptée, s’applique à tous. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ne le sont pas pour l’éternité. Les dirigeants se succèdent, mais les institutions demeurent.

Auraient-ils fait mieux qu’IBK ?

L’alternance politique est un acquis démocratique même si cela ne se passe pas dans la règle de l’art puisque ce sont les mêmes qui se succèdent dans l’opposition et la majorité. A notre connaissance, l’ADEMA est certainement le seul parti politique malien qui n’a jamais voulu connaître les méandres d’une opposition.

Pour les autres griefs de nos opposants Républicains, peu de Maliens croient qu’ils auraient pu mieux faire en héritant d’un pays en crise comme l’actuel locataire de Koulouba. Et cela d’autant plus qu’ils ont tous eu à assumer des responsabilités dans ce pays avant crise.

Qu’ont-ils pu réellement prouver à ce peuple ? Pas grand-chose !

Et pourtant IBK doit être un exemple pour l’opposition actuelle à ce titre qu’il n’a été ni un opposant radical ni un opposant alimentaire.

Il dénonçait l’action gouvernementale avec la conviction que les actions engagées ou les décisions prises pouvaient être préjudiciables au pays. Et il a toujours salué les décisions et actions pertinentes engagées ici et là. Empêcher ATT de gouverner n’a jamais été son attitude. N’est-ce pas cela une opposition objective ?

L’opposition veut-elle réellement contribuer à la consolidation de la démocratie au Mali ? Si oui, les opposants doivent alors grandir un peu pour élever le niveau du débat politique national. Sinon, ils finiront par se noyer dans les caniveaux où à s’égarer dans l’arène politique à force de… marcher !

Hamady Tamba

 


Maliweb

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