Industrie : Les industriels proposent un remède de cheval

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Dans le livre blanc qu’ils viennent de publier, les industriels soulignent le rôle de l’industrialisation dans le développement. Ils suggèrent aussi
comme mesures de relance notamment la redynamisation des structures techniques chargées de la lutte contre la fraude et la concurrence déloyale.

« Le développement sans industrialisation est impossible ! » L’Organisation patronale des industries (OPI) affiche sa conviction dans le livre blanc qu’elle vient de publier. Et donne un exemple pour l’étayer. Pour produire 1000 tonnes de sucre, il faut près de 1000 personnes. Mais, pour importer 1000 tonnes de sucre, il faut seulement deux personnes : un acheteur et un magasinier, ajoute l’ancien président (2003) de l’OPI – Mali, Mamadou Moctar Ba, pour attirer l’attention sur le rôle indéniable et évident de l’industrialisation dans le développement d’un pays.
Des efforts sont certes consentis depuis quelques années : instauration des contrats de performance, création d’un département dédié au développement industriel et d’une agence des petites et moyennes entreprises, mise à disposition d’un fonds de garantie pour le financement du secteur privé… Mais bien des obstacles se dressent encore sur le chemin. Et le Mali est beaucoup en retard. Les statistiques sont alarmantes et interpellent à plus d’un titre. Notre pays ne compte que 800 entreprises industrielles contre 4000 au Sénégal et 6000 pour la Côte d’Ivoire. « Ces deux pays possèdent respectivement 5 et 8 fois plus d’industries que le Mali », constate le libre blanc version 2016 de l’OPI.
Nos professionnels du secteur sont convaincus que le Mali peut figurer parmi les nations africaines les plus industrialisées. Mais à condition. « La redynamisation de notre industrie doit être un pilier majeur pour atteindre cet objectif », suggère le livre blanc. Qui interpelle : « Des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana l’ont fait. Pourquoi pas le Mali ? »
Les potentialités existent pour atteindre ce but. Pays agropastoral, le Mali dispose de potentiels et de potentialités énormes. Deuxième producteur de coton de l’Afrique, il transforme moins de 3% de sa production. Le cheptel est exporté en masse et sur pieds vers les pays voisins sans valeur ajoutée. Les mangues, les oranges, les tomates, les oignons… pourrissent dans les champs. La liste de produits à valoriser et à transformer est loin d’être exhaustive.
Or, la transformation de ces produits par des unités industrielles pourrait renverser certaines statistiques et faire de notre pays l’un des plus attractifs de la sous-région et d’Afrique. Le taux de croissance annuelle de notre Produit intérieur brut (PIB) est de 5,3% en 2015. Pour l’OPI, il est en deçà du minimum de 7% nécessaire pour amorcer une croissance inclusive afin de stopper l’avancée de la pauvreté (près de 3/4 de la population vit sous le seuil de pauvreté) et résorber efficacement le chômage, surtout des jeunes (le taux de chômage est supérieur à 30%).
Le développement industriel pourrait aussi réduire la balance commerciale du Mali. Selon les statistiques de la BCEAO, la balance commerciale a enregistré un déficit d’environ 400 milliards de Fcfa en 2015. L’une des causes principales serait l’importation massive de produits industriels. Le Mali importerait à titre d’exemple plus de 3 millions de tonnes de ciment par an. Cette importation massive hisse malheureusement le Mali au premier rang des pays importateurs de la zone l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Et également, la dépendance à l’aide budgétaire qui représenterait, selon l’OPI, 40% des ressources de l’État.

23 filières porteuses. C’est compte tenu de ces paramètres que l’organisation patronale entend améliorer le poids de l’industrie manufacturière qui contribue actuellement à hauteur de 5% dans le PIB (INSTAT 2015). La contribution de la manufacture, déplore-t-elle, se situe en moyenne à 11% pour l’ensemble de la CEDEAO. Il faudrait, pour ce faire, octroyer plus de commandes aux industries maliennes. Ce qui augmenterait le taux d’utilisation des capacités de production qui est d’environ 33%, soit 8h sur 24h. « Nous voulons amener l’industrie malienne à un niveau normal : porter sa contribution au PIB à un taux compris entre 10% et 20% », font savoir les industriels, qui ajoutent qu’une industrie forte permet de créer des richesses et des emplois, et donc d’améliorer durablement le niveau de vie des citoyens.
L’organisation patronale a, pour la concrétisation de cette ambition, formulée, dans son livre blanc, des propositions « pour faire de notre industrie le fer de lance d’un développement économique solide ». L’OPI plaide ainsi pour des mesures d’accompagnement politique : « Nous pensons que 40% de l’effort pour soutenir l’industrialisation de notre pays doit être supporté par les PTF. Par conséquent, nos réflexions nous ont conduit à concevoir la politique des « 4P » (Partenariat Public – Privé – PTF) ».
Selon les industriels, cette politique des « 4P » a pour objectif de favoriser la création de nouvelles unités de production dans les 23 filières porteuses et propices au développement industriel. Pour eux, la pertinence de la politique des « 4P » réside dans l’engagement, au sein d’une même entreprise, de trois acteurs (partenaires) essentiels à savoir : le Public, pour apporter la terre et garantir le sérieux ; le Privé, pour gérer l’entreprise et racheter les parts des autres acteurs lorsque l’entreprise atteint un niveau de maturité durable et les PTF, pour apporter l’assistance technique et financière.
L’Organisation patronale des industriels, faut-il le rappeler, avait proposé un total de 24 mesures pour relancer l’industrie malienne. L’édition 2016 du livre blanc comptabilise un bilan de 6,5 mesures en application. Il s’agit entre autres de la relecture du décret 299/P-RM du 3 juin 2002 portant sur la répartition des produits amendés, confiscations, pénalités, frais de poursuite et de primes sur les recettes budgétaires ; la mise en œuvre de l’étude portant sur le rôle de la DNCC en 2011, financée par la banque mondiale ; l’application rigoureuse des valeurs de référence aux produits non originaires de l’UEMOA et de la CEDEAO. Certaines de ces mesures concernent la redynamisation des structures techniques chargées de la lutte contre la fraude et la concurrence déloyale ; l’implication de l’OPI dans le processus d’attribution des parcelles à usage industriel via le conseil d’administration de l’AZI et accélérer la mise en place d’un fonds de garantie et d’un fonds d’investissement national pour les entreprises industrielles. Quatre d’entre elles sont déposées au niveau du gouvernement. Elles portent sur la réduction de 5% de la TVA (uniquement pour les produits manufacturés et non importés) ; la suppression de la Taxe sur les activités financières (TAF) ; l’application du Tarif extérieur commun (TEC) aux produits frauduleusement originaires de l’UEMOA et de la CEDEAO dont l’agrément TPC est contestable et l’institution d’un comité de conciliation fiscale pour les entreprises individuelles.
Au nombre des mesures à initier pour exécution se trouve la recherche, dont le partenariat est à rechercher auprès des partenaires techniques et financiers, la création d’un Observatoire malien de l’industrie du Partenariat public privé et PTF (PPPP). Les industriels vont demander le changement de pays de perception des droits sur les matières premières des produits industriels originaires de l’UEMOA. Pour eux, les droits doivent être perçus dans le pays de consommation et non dans le pays de production du point de vue juridique et éthique (cf. le traité sur les règles d’origine). Ils entendent aussi militer pour la création d’une fédération des industriels de l’hinterland (pays sans déboucher sur la mer), avec le Burkina Faso et le Niger, dans le but de faire valoir l’industrialisation des pays enclavés (étude en préparation, dossier en cours).
Les manufacturiers plaident pour la limitation de l’entrepôt privé des produits non fabriqués au Mali et la création d’un tarif d’électricité pour les entreprises industrielles. Les dossiers sont en cours de préparation pour demander d’orienter la commande publique vers les industries nationales.
Synthèse
C. M. TRAORé

aBamako

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