Assassinat des journalistes de RFI: le point du ministre de la Justice sur l’enquête malienne

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Il y a tout juste trois ans, nos collègues Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient assassinés à Kidal, dans le nord du Mali. Depuis, l’enquête ne progresse que très lentement. Deux procédures sont en cours, l’une en France, l’autre au Mali. Coup de projecteur sur la partie malienne de l’enquête, avec le ministre malien de la Justice, Mamadou Ismaël Konaté. Il est l’Invité Afrique de RFI. Interrogé par David Baché, il annonce l’installation d’une cour d’assises spéciale pour les crimes terroristes.

RFI : La justice malienne mène-t-elle, trois ans après les faits, une enquête pour retrouver les responsables de la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon ?

Mamadou Ismaël Konaté : Bien sûr qu’elle mène une enquête. Elle mène une enquête depuis le jour où ce crime a eu lieu. Elle est intervenue déjà dans le cadre de la coopération policière et c’est ce qui a permis donc de recueillir les premiers éléments de cette enquête avec les services d’investigation judiciaires de la gendarmerie nationale. Un dossier a été transmis au juge. Un certain nombre de numéros de téléphones apparaissaient. Une personne prénommée Baye Ag Bakabo, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt, est celui qui a été aperçu au niveau de Kidal au moment où vos confrères ont été aperçus pour la dernière fois. Bien évidemment, d’autres personnes ont été aperçues à ce niveau-là. Il se trouve que ce Baye Ag Bakabo était déjà connu dans les archives judiciaires du Mali et que ce Baye Ag Bakabo était concerné justement dans le cas d’un enlèvement de véhicule et d’un vol qualifié qui a fait l’objet de poursuites donc auprès du juge Kassogué, qui est le juge saisi dans le cadre de cette affaire. Cette personne-là aujourd’hui fait l’objet d’un mandat d’arrêt qui a été lancé par le juge.

RFI : Justement ce Baye Ag Bakabo, selon l’armée française, serait mort. Il serait même mort deux fois, à deux dates différentes. Est-ce qu’à votre connaissance, Baye Ag Bakabo est toujours en vie ou est-ce qu’il est vraiment décédé ?

Mamadou Ismaël Konaté : Je suis incapable de vous répondre là-dessus. Ce que je sais, c’est que cette personne-là était citée dans le dossier du juge. Le juge d’instruction a bien lancé un mandat au nom de monsieur Baye Ag Bakabo.

RFI : Ce juge d’instruction, le juge Mahamadou Kassogué, il dépend du tribunal de grande instance, et non du Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme. En fait, ce dossier n’a jamais été transmis à ce pôle spécialisé. Pour quelle raison ?

Mamadou Ismaël Konaté : C’est un peu curieux qu’on puisse aujourd’hui regarder un certain nombre d’éléments qui découlent de l’organisation judiciaire interne de la République du Mali pour éventuellement tirer quelques conséquences, indiquant comme si ce dossier n’était pas instruit. Monsieur Kassogué n’est pas de ce Pôle judiciaire spécialisé, monsieur Kassogué est un juge d’instruction réputé et monsieur Kassogué a eu par le passé en charge des dossiers similaires, il les a conduits de la manière la plus parfaite possible. Je ne pense pas que l’on puisse tirer quelques conséquences de sa non-appartenance au Pôle judiciaire spécialisé pour tirer des conséquences négatives comme j’en ai entendues par ci, par là.

RFI : Sans remettre en question ni la volonté, ni le sérieux du juge Kassogué, les moyens qui sont mis à sa disposition ne sont sans doute pas les mêmes que s’il avait ceux dont dispose le pôle spécialisé ?

Mamadou Ismaël Konaté : Ce n’est pas une question de moyens. La difficulté de ce dossier si regrettable, c’est qu’aujourd’hui le théâtre des opérations se situe à Kidal. Il est parfaitement difficile, et cela peut se concevoir pour un juge aujourd’hui, de se déplacer sur le terrain, de récolter des éléments de preuves, d’entendre des témoins. C’est cette situation particulière qui fait que, aujourd’hui, on a l’impression que le dossier traîne. Mais il ne traîne pas. La situation particulière de l’assassinat de ces deux journalistes au Mali est une situation qui a préoccupé beaucoup de personnes, y compris des plus hautes autorités. Il n’y a pas l’ombre d’un seul doute que ce dossier est parfaitement pris en main.

RFI : Est-ce que les ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) qui contrôlent toujours Kidal sont prêts à collaborer avec les autorités maliennes pour faire avancer l’enquête ?

Mamadou Ismaël Konaté : Je ne peux pas vous répondre sur ce sujet, mais simplement pour vous dire aujourd’hui que lorsque les personnes ont fait le choix d’appartenir à la République, elles ne peuvent pas nier la justice. La démarche de justice aujourd’hui est une démarche contre l’impunité, et pour la vérité. Je n’ai aucun doute que le temps viendra où l’on pourra tirer tout cela au clair. Il est nécessaire aujourd’hui et demain que les juges et les enquêteurs puissent se déplacer à Kidal et partout ailleurs au Mali.

RFI : Il est également possible de travailler déjà à Bamako. C’est le cas pour les personnes qui sont emprisonnées à Bamako. Parmi elles, certaines ont été arrêtées par l’armée française, puis remises aux autorités maliennes. Et parmi elles encore, certaines sont soupçonnées d’être liées à l’assassinat de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. Est-ce que la justice malienne a cherché à les interroger ?

Mamadou Ismaël Konaté : Les personnes qui sont emprisonnées, déjà sont des personnes qui sont à la disposition de la justice. Croyez-moi que les juges maliens aujourd’hui mettent tout en œuvre dès lors que les personnes sont à leur disposition et soumises à la justice, il n’y a aucune espèce de raison qu’ils ne puissent pas poursuivre dans le cadre du dossier. De ce point de vue-là d’ailleurs, il n’y a pas de difficulté parce que nous envisageons justement d’installer assez vite une Cour d’assise spéciale pour les crimes liés au terrorisme.

RFI : Le juge d’instruction français en charge de cette affaire, le juge Jean-Marc Herbaut, a-t-il demandé l’autorisation de se rendre au Mali pour enquêter ?

aBamako

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