Assassinat de journalistes de RFI au Mali: l’Etat français « a des informations que nous n’avons pas » (avocat)

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Les Nations unies ont décrété le 2 novembre "journée internationale pour la protection des journalistes" en hommage à la mémoire des envoyés spéciaux de Radio France Internationale (RFI), Ghislaine Dupont et Claude Verlon, assassinés dans le nord du Mali il y a trois ans.

Christophe Deltombe, avocat de la mère de Ghislaine Dupont est membre de l'association des proches des victimes qui a publié mercredi un communiqué intitulé "Le silence d'Etat", accusant les autorités françaises de cacher des informations sur les circonstances et les mobiles de leur enlèvement et de leur mort .

Question: Les familles, proches et confrères des deux journalistes semblent convaincus que l'Etat français ne veut pas dire la vérité, pourquoi se tairait-il dans cette affaire?

Réponse: "Nous sommes en face de déclarations troublantes. D'abord, dans le dernier livre de confidences livrées aux deux journalistes du Monde, (le président français) François Hollande évoque le cas de deux autres Français enlevés au Mali en 2011, Serge Lazarevic et Philippe Verdon, et leur confie le 7 novembre 2013, cinq jours après le double assassinat des journalistes: "On a le cas Lazarevic, sans doute détenu par ceux qui ont tué les deux journalistes et qui auraient tué Verdon". Cette déclaration signifie qu'il a des informations que nous n'avons pas.

Et puis, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, au cours d'une soirée cette année avec l'association déclare à trois reprises: +Les deux journalistes ont été trahis+. L'association lui adresse ensuite une lettre pour en savoir davantage, à laquelle il ne répond pas.

Question: Pensez vous que l'assassinat des envoyés de RFI, dans cette zone de Kidal particulièrement troublée entre trafiquants, rébellions et jihadiste, peut être lié aux prises d'otages et tractations financières qui s'en sont suivies?

Réponse: quand nous demandons à Le Drian s'il y a un lien entre la libération des otages d'Arlit (4 Français enlevés par Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au Niger en 2010), intervenue quatre jours avant les deux assassinats, et ce drame, il répond que non. Comment peut-on être aussi catégorique dans la dénégation et dire que l'on n'est pas au courant de ce qui s'est passé? Nous pensons qu'il sait ce qu'il y a derrière. L'une des hypothèses serait que des négociateurs locaux pour la libération des otages se seraient senti floués, qu'il pourrait s'agir de retombées d'un loupé précédent.

Question: ce mercredi, Francois Hollande publie sur sa page Facebook un message dans lequel il dit notamment que "la vérité doit être faite et (que) c'est le rôle de la justice", qu'en pensez-vous?

Réponse: Il ne dit rien mais il dit! Le fait qu'il parle renforce le malaise sur sa connaissance diffuse d'éléments non soumis à la justice. La centaine de documents déclassée par le ministère de la Défense comporte des pages entières blanchies! Pas quelques passages pour protéger des informateurs, des pages entières! On a aussi un problème dans cette course de vitesse entre la justice et l'armée: car, sur les six présumés suspects (deux commanditaires et quatre assassins), trois ont déjà été tués. Si tous les suspects sont tués, le dossier sera clos! Ajoutez à cela que le juge malien ne fait pas partie du pôle antiterroriste et que les éventuels témoins à Kidal ont peur de parler...

jpc/nou/jh


Source : Africatime

Africatime

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