Violence et confusion prospèrent dans les failles de l’accord de paix au Mali

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Bamako, - Des groupes jihadistes qui s'enhardissent, des dissensions qui s'étalent au grand jour entre communauté internationale, gouvernement et factions rivales: le Mali s'enfonce dans la confusion, rançon d'un processus de paix auquel les acteurs croient de moins en moins, selon des
analystes.

La semaine dernière, des jihadistes ont brièvement pris le contrôle de Banamba, localité à seulement 140 km au nord-est de la capitale, Bamako, vidant la prison et s'attaquant à la gendarmerie et à une banque.

Quelques jours auparavant s'était ouverte la campagne des communales du 20 novembre. Ce premier scrutin dans le pays depuis l'élection du président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2013 risque de ne pouvoir se tenir dans une partie significative du territoire.

"On est à nouveau, comme à plusieurs reprises depuis 2013, à un moment charnière", estime Jean-Hervé Jézéquel, spécialiste du Sahel à l'International Crisis Group (ICG), en référence au lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, de l'intervention pour chasser les jihadistes qui occupaient le nord du Mali.

"Il y a eu des avancées sur l'application de l'accord de paix" souligne-t-il, citant en particulier la nomination en octobre, après de nombreux retards, des membres des autorités intérimaires, qui devront gérer les cinq régions du Nord.

Cet accord signé en mai-juin 2015, visant à isoler définitivement les jihadistes de l'ex-rébellion à dominante touareg, prévoit la création dans le Nord d'Assemblées régionales dotées de pouvoirs importants, élues par la population.

"La situation est un peu confuse", remarque M. Jézéquel, avec d'un côté certaines avancées politiques, mais de l'autre "une configuration politico-militaire préoccupante", marquée par l'extension du champ d'opération des jihadistes vers le centre du pays.

Face aux blocages persistants, la communauté internationale laisse éclater son impatience, notamment envers le gouvernement.

"Je répète régulièrement au président Ibrahim Boubacar Keïta qu'il faut prendre les initiatives nécessaires pour assurer l'intégration des peuples du Nord dans la communauté malienne", a lâché le 6 novembre le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

"L'unité doit aller de pair avec la lutte contre le terrorisme", a répliqué un ministre malien, dénonçant la situation à Kidal (nord-est), bastion de l'ex-rébellion, où l'Etat est pratiquement absent.

- 'Cocher des cases' -

Pour un ancien responsable du renseignement français, "tous ceux qui croient en une réconciliation avec le Nord dans ce pays ne connaissent rien au Mali".

Selon Jean-Hervé Jézéquel, "l'accord de paix a avancé, la paix n'a pas progressé. Pour l'essentiel, on se contente aujourd'hui de cocher des cases: nomination des autorités intérimaires, éventuellement patrouilles mixtes" (armée/groupes signataires).

L'accord "a été largement imposé par les partenaires du Mali", où aucun des protagonistes "ne croit vraiment que cet accord est capable de changer quoi que ce soit de significatif", précise l'analyste.

"Chacun essaye de jouer ses cartes: si le dossier politique avance un peu, on va voir ce qu'on peut en obtenir" tout en s'efforçant de perdre le moins de terrain possible militairement, conclut-il.

Aussi minces que soient les progrès, les groupes jihadistes tels Ansar Dine du Touareg malien Iyad Ag Ghaly ou celui de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, rallié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), sont déterminés à les étouffer dans l'oeuf, selon les spécialistes.

"Des groupes ne veulent pas appliquer l'accord, c'est clair", affirme une source de sécurité au sein de la Mission de l'ONU (Minusma), soulignant les liens persistants, notamment tribaux ou familiaux, entre "groupes armés signataires" et "groupes armés terroristes".

A chaque ébauche d'application de l'accord, "ça reprend, ils actionnent leurs alliés jihadistes. Ces derniers ne voient pas également du tout d'un bon oeil les avancées du processus de paix, qui sont pour eux un danger", selon cette source.

Les experts minimisent en outre l'idée de concurrence entre jihadistes, y compris entre Mokhtar Belmokhtar et Adnan Abou Walid Sahraoui, qui a fait dissidence pour prêter allégeance au groupe Etat islamique (EI).

"Quand on parle de rivalité entre Adnan et Belmokhtar, ça me fait sourire", confie un responsable de formation armée pro-gouvernementale anciennement proche de jihadistes, "chacun a suivi sa route".

Une source de sécurité sahélienne conclut même à une division du travail, considérant que "ces groupes s'entendent pour mener des actions, séparées certes, mais en même temps coordonnées".
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Source : aBamako

aBamako

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