Justice au Mali: Il y a une justice pour les rebelles Touaregs et une justice pour les autres

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Dans un communiqué, le procureur général près la Cour d’appel de Bamako a annoncé vendredi dernier ‘’l’ouverture le 30 novembre 2016 d’une session d’assises au cours de laquelle sera évoquée l’affaire Amadou Sanogo et plusieurs autres accusés d’enlèvement de personnes, assassinat et complicité d’assassinat’’. Mais, les parents des victimes restent sur le qui-vive et mettent en garde contre un ‘’procès bâclé’’.
Le général Sanogo est inculpé avec 6 autres de ses compagnons pour complicité d’enlèvement de personnes. Les six compagnons de Sanago sont Amassongo Dolo, Oumar Sanogo dit Kif-Kif, Blonkoro Samaké, Simeon Keïta, Seïba Diarra et Christophe Dembélé.
Ils sont donc accusés d’atteinte grave aux droits de l’homme lorsqu’ils étaient membres du Comité National de Redressement qui a fait le Coup d’Etat le plus stupide au monde selon Djiguiba Keïta du PARENA, Parti d’opposition. Dans les différentes dépositions, on constate l’existence de deux camps opposés.
Ceux qui se disent avoir obéi à l’ordre du général Sanogo, sans hésitation, ni murmure. Dans ce cas de figure, le donneur d’ordre en est le responsable, selon le code militaire. Et ceux qui ont donné l’ordre, après avoir muri l’acte. Dans ce camp, les donneurs d’ordre semblent se barricader dernière l’argument qu’ils n’étaient au courant de rien. Ses premiers responsables semblent être le général Sanogo et le colonel Blonkoro Samaké. La crainte des défenseurs des droits de l’homme au Mali est que l’administration judiciaire pourra-t-elle respecter les délais de citations. Ces délais sont incompressibles. Et si c’est le cas, le procès sera renvoyé à une date ultérieure. Cela n’arrange personne, si ce n’est peut-être le Président IBK dont l’incarcération de Sanogo pourrait arranger.
Mais dans tout cela, ce qui nous préoccupe est le fait que la justice travaille avec deux poids deux mesures. Depuis 2012, les auteurs de la rébellion Touareg ont commis plusieurs crimes. Ils n’ont jamais été inquiétés, malgré qu’il y a eu des mandats d’arrêts internationaux. Même ceux qui avaient été incarcérés pour des faits purement criminels ont été relâchés ou échangés contre des otages français à l’époque.
Ensuite, ils sont invités au Palais pour diner avec le Président de la République, il sont sous bonne garde, et à leur retour, au moins chacun a une centaine de millions en poche, histoire d’aller entretenir leurs bases.
Les dirigeants font les yeux doux aux auteurs des rebellions successives malgré leurs cortèges de crimes, parce que dans les régions du nord, l’Etat n’est pas seul à disposer de la force légitime et régalienne, les rebelles eux aussi en ont, au même titre que l’Etat. Ceci explique cela alors.
Si l’on constate que les simples marches, et les dénonciations des actes de corruption dans l’administration et dans l’armée à l’image de RAS BATH sont punies avec la dernière rigueur, cela nous fait dire que dans cette histoire de justice malienne, il y a deux poids et deux mesures à l’image de la CPI.
Cette institution a été créée en 1998 et adopter par le statut de Rome. Elle est la première et la seule juridiction permanente et universelle. Cent vingt-deux pays sur cent quatre-vingt-treize. Le constat est que sur les dix affaires actuellement instruites par la cour, neuf sont africaines à savoir : l’Ouganda, la République Démocratique du Congo, la République Centrafricain deux fois, le Darfour, le Kenya, la Libye, le Mali et la Côte d’Ivoire. Les dirigeants africains ont donc raison de reprocher à la CPI, sa politique de deux poids, deux mesures. Les pays qui ont manifesté leur volonté de la quitter sont : l’Afrique du sud, le Kenya, la Gambie et le Burundi.
L’Union Africaine n’a pas manqué elle-même de critiquer ouvertement la CPI pour ses agissements jugés de raciste. L’éventualité du retrait des 34 Etats africains a été même évoquée en fin 2015 à Addis-Abeba. Nous donnons la même image à la justice malienne qui agit seulement contre les populations du sud, en épargnant celles du nord.
Aucun rebelle touareg n’est en prison au Mali, pour rébellion ou atteinte aux droits de l’homme tel que les viols et autres exactions. Dieu seul sait combien de femmes, de jeunes filles ont été violés au cours de la rébellion de 2012. Et dans tout ça, quel sera le sort de nos soldats (116) qui se sont sacrifiés et dont le résultat a été le massacre d’Aguelhok le 24 janvier 2012. Ou en est-on avec l’arrestation et le jugement de ces bandes de criminels qui ont commis cet acte.
Il est vraiment temps, que l’on puisse parler de cette justice à deux vitesses qui continue à fragiliser l’Etat malien.

Seydou DIARRA

Source : aBamako

aBamako

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