Kalfa Sanogo, nouveau maire de Sikasso : « Les Sikassois ont montré au monde que l’argent ne sert plus à gérer les bureaux de vote »

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L’enfant du terroir de Sikasso est en tête et sûr d’occuper dans les prochains jours le fauteuil de maire de la commune urbaine de Sikasso, sa ville. Serein au lendemain du scrutin de l’humiliation pour ses adversaires, Kalfa s’est confié à nous. Comme toujours, la rigueur dans le travail sera la clé de voûte pour amorcer avec tous, le développement tant attendu de Sikasso
Le POUCE : Les décomptes provisoires du scrutin du dimanche 20 novembre place en tête la liste de l’alliance ADEMA, SADI, ASMA, CNID, PMRV MALIKO dont vous êtes le porte drapeau. Qu’est-ce que cela vous fait ?
Kalfa Sanogo : « Sikasso étant la deuxième ville du Mali, être en tête dans les bureaux de vote surtout avec une nette avance sur toutes les autres têtes de listes, cela est moralement réconfortant. C’est réconfortant, puisque les Sikassois ont montré au monde que l’argent ne sert plus à gérer les bureaux de vote. Il y a eu tellement de distribution d’argent et qu’à la limite du scandale c’était honteux. Malgré cette distribution à ciel ouvert et sans retenue de l’argent, les Sikassois ont montré qu’il y a une dignité sikassoise, qu’il y a une fierté sikassoise, qu’il ya une honorabilité sikassoise qu’il fallait respecter. Parce que, l’appel pour venir briguer le poste de maire est venu de Sikasso. Et venant des couches les plus sérieuses de Sikasso, cela me réconforte. Pour joindre l’acte à la parole, ils m’ont désigné et tout le monde a appelé à voter la liste que je conduis, à telle enseigne que c’était presque une élection personnelle. Parce que beaucoup de gens ont dit que ce n’est pas une affaire de parti, mais qu’il s’agit d’un problème de Sikasso. C’est qui fait, on n’a pas beaucoup parlé de mon parti. Sincèrement, je peux dire que je suis moralement satisfait ».
Le POUCE : A quel moment, vous avez cru à la victoire de votre liste ?
Kalfa Sanogo : « Non, je n’ai jamais douté que entre Sikasso et moi, il ya une relation très forte. Je n’ai jamais douté aussi que si je me présentais pour un poste de maire, que ça allait passer comme presque une lettre à la poste. Vous avez été témoin de l’accueil qui m’a été réservé au mois de juin dernier quand je suis venu recevoir la récompense des notabilités pour ce que j’ai pu faire pour ma ville de Sikasso. C’était très clair, l’accueil montrait que j’ai une certaine assise sociale très forte basée sur l’assise morale dans la cité. Je n’ai jamais douté en aucun moment de cette estime sociale des gens de Sikasso à mon égard ».
Le POUCE : En termes de grands enseignements, que peut-on retenir ?
Kalfa Sanogo :« Sikasso sait rester digne. Sikasso sait rester dans l’honneur quand on lui montre le chemin. Contrairement à tous ceux qui pensaient qu’avec l’argent on peut continuer de se jouer de Sikasso, de se jouer de son avenir, de se jouer de son devenir, de se jouer de son développement, ils l’ont appris à leur dépend que Sikasso sait se ressaisir. C’est toutes ces questions que l’on retient. On retient aussi que Sikasso ressent le besoin du développement. Les indices sont là, qu’on ne s’y trompe pas. Ceux qui veulent manipuler Sikasso à des fins politiques ou politiciennes, ont compris que Sikasso n’est plus prête à leur ouvrir la face. Beaucoup pense que Sikasso, c’est la vache laitière, on s’amuse, on la développe pas, on s’en fou de Sikasso, on s’enrichit et on continue son chemin. Cela y compris, des enfants de Sikasso, bons teints. Ils s’en fichent du développement de Sikasso. Tout ce qui les préoccupe, c’est les petites personnes. Et Sikasso a démontré le dimanche que ce n’était plus ça ».
Le POUCE : Au sortir de ces élections, peut-on connaître quelques-unes de vos grandes priorités ?
Kalfa Sanogo :« Il y a tellement de priorités à Sikasso. Malgré qu’elle soit située au sud du Mali, avec une pluviométrie importante, des petits cours d’eaux par ci par là, Sikasso a un réel problème d’eau potable. Sikasso a ce grand problème d’eau. C’est une priorité des priorités. On travaillera évidemment avec la SOMAGEP. Sikasso a un grand problème de voirie. Les rues ne sont pas assez larges. Sikasso est une ville, mais il faut des chemins pour arriver dans les villages qui sont trop éloignés de la commune. C’est infernal. Il ya aussi l’école, comme partout ailleurs au Mali. Des enfants sont entassés dans les salles de classe à plus de cent. Nul enseignement sérieux ne peut se faire dans ces conditions-là. Or, le Developpement de Sikasso comme du Mali commence par l’enseignement à la base. Si ça, ça rate, le tout a raté. Sikasso a des problèmes d’organisation de l’espace économique. La mairie vit des recettes et des taxes municipales. Et ces taxes municipales sont basées sur des activités économiques du grand marché, du petit marché de Médine, de la gare routière. Il ya un besoin d’organisation de ces espaces. C’est, de ces recettes, qu’il faut organiser et amorcer le développement de la ville. Il y a beaucoup de projets, mais voici ceux qui sont les plus prioritaires sur lesquels nous devons mettre l’accent dès le départ. L’électricité aussi est une priorité, fort heureusement, le panneau solaire a élu domicile dans le monde rural. Mais ça n’amorce pas le développement à leur niveau. Mais, c’est déjà quelque chose. La sécurisation des personnes et leurs biens est une affaire générale du Mali. Je pense qu’on n’a pas besoin de citer la sécurisation des biens et des personnes pour encourager les opérateurs économiques et les citoyens à investir pour soutenir l’activité économique. Le problème de sécurisation des personnes et des biens à Sikasso ne se pose pas dans le même terme qu’ailleurs au Mali. Nous y veillerons. Mais, j’avoue que par rapport aux priorités vitales, l’eau, l’école, la voirie, la sécurisation vient. Ça se fait parallèlement avec les autres priorités. Ce n’est pas la toute première priorité. »
Le POUCE : Mr Sanogo, quand vous serez à la mairie, comment vous comptez vous y prendre pour assurer le paiement régulier des taxes et leur recouvrement ?
Kalfa Sanogo : « J’ai toujours dit : aides-toi, le ciel d’aidera. Je ne suis pas naïf. Je crois que c’est l’appui collectif aux mouvements qui va faire sortir notre ville là où elle est. Je suis d’avis qu’il faut organiser l’espace des recettes et des taxes. Alors, évidemment, je ne peux pas d’entrée de jeu en parler, sans savoir quel dispositif est en place. Pour remettre un dispositif en cause, il faut savoir comment il fonctionne pour dire s’il est efficace ou pas. C’est après tout ça que nous pouvons penser à autre chose. »
Le POUCE : Mr Sanogo, et si vous venez à décevoir un jour vos électeurs ?
Kalfa Sanogo : « Si j’ai décidé de faire face à la tâche, c’est parce que je pense que l’expérience aidant, je pourrais rassembler un certain nombre d’atouts pour aller de l’avant. Evidemment, c’est une entreprise humaine qui peut avoir des hauts et des bas. C’est une entreprise humaine qui nécessite une adhésion collective aux initiatives sans lesquelles, il nous serait difficile d’aller de l’avant. Cela fait partie de moi-même, je n’ai jamais aimé les échecs. Je mets tout pour ne pas échouer ».
Le POUCE : Une main tendue à tous les fils de Sikasso pour aller vers un développement durable ?
Kalfa Sanogo : « Evidemment, sans les autres, on ne peut aller de l’avant. Si on se met à exclure, ou à ne pas compter X ou Y, on risque de se mettre le doigt dans l’œil. Comme je l’ai toujours dit lors de la campagne, c’est ensemble que nous allons développer cette ville. Une seule personne ne peut pas gérer Sikasso, c’est ensemble que nous allons le faire. C’est ensemble que nous allons procéder au diagnostic. C’est ensemble que nous allons proposer les solutions. C’est ensemble que nous allons faire en sorte que les priorités soient réellement des priorités. »
Le POUCE : Avez-vous un message à l’endroit de toute cette population des 28 villages de la commune urbaine de Sikasso ?
Kalfa Sanogo : « Les résultats sont pour le moment provisoires. L’écart assez significatif entre la liste que j’ai conduite et la seconde qui me suit, est un acquis global à notre candidature. Je ne peux que remercier Sikasso pour cette manifestation de confiance à l’endroit de ma modeste personne. Sikasso est restée cohérente avec elle-même. Ils m’ont appelé et ils m’ont répondu. C’est un remerciement à tout le monde. Comme dit l’adage Bambara, je leur dit « merci pour vous-mêmes ». Sikasso a répondu massivement et je suis très fier. Je l’ai dit partout. J’ai toujours dit que je suis fier d’être Sikassois. Aujourd’hui, je suis encore conforté dans cette position de fierté. Mettons nous au travail. Il ya des défis liés aux divertissements, les errements dans la gestion communale. La nouvelle gouvernance est notre slogan fétiche de campagne. On va rationnaliser beaucoup plus la gestion de la commune et mettre un peu plus d’ordre pour que les choses changent. C’est que les populations attendent. Je pense qu’on m’a déjà vu à l’œuvre à certains endroits, où les résultats reflétaient la rigueur dans la gestion, la rationalisation des dépenses et des recettes. Je pense que ça sera la même chose. »
Entretien réalisé à Sikasso par Tièmoko Traoré

Source : aBamako

aBamako

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