Procès d’Amadou Haya Sanogo et 18 autres : Accusés cherchent désespérément témoins

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Des faux-fuyants consistant à enliser le procès dans le dilatoire et dans les schémas impossibles. C’est à l’évidence la stratégie et la stratégie sur laquelle repose la ligne défensive mise en avant par les accusés de l’affaire Sanogo et leurs conseils d’avocats menés Me Harouna Toureh. Ils en ont annoncé les couleurs dès l’ouverture de l’audience, mardi dernier à Sikasso : d’abord à travers la polémique inutile sur la qualité du principal acteur de l’événement, Amadou Haya Sanogo; ensuite par le choix mitigé de certaines personnalités en qualité de témoins à décharge. Sur le premier aspect de leur posture, il convient de signaler que ce n’est pas forcément à son avantage que l’ex-chef de la junte revendique une comparution à la barre avec un statut de Général, au regard du risque de conférer à son procès un caractère martial et celui de haute trahison avec le statut d’ancien chef de l’Etat. Les manœuvres pour tourner l’audience en dérision traduisent le désespoir ainsi que le désarroi qui caractérisent une défenderesse ayant préféré s’adosser sur les subterfuges en lieu et place des arguments de droit que recommandent les enjeux et la teneur d’une cour d’assises. Le choix des témoins participe apparemment de la même démarche et des mêmes fuites en avant. Car, hormis le Général Diamou Keïta dont la citation parait pertinente en tant qu’acteur central de l’arrestation des ‘bérets rouges’, la tentative d’impliquer des hautes personnalités comme Ousmane Chérif Madani Haidara et le président de la Transition ne tient que d’une pure vue de l’esprit pour quiconque se retrouve dans les dédales des épisodes ayant jalonné le chemin macabre des 21 commandos parachutistes. Le premier, en l’occurrence le leader spirituel d’Ançar Dine, a certes pu jouer une partition de médiateur pour la libération des détenus, mais son intervention est manifestement intervenue à une étape distincte de celle liée à leur miraculeuse disparition. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a publiquement décliné l’offre et s’est démarqué e tout lien avec un dossier aussi brûlant.

Quant au Pr. Dioncounda Traoré, il était à peine installé dans ses fonctions de président de la Transition lors du clash entre les deux camps, qui est intervenu seulement deux semaine après son investiture.

Vouloir se décharger sur ces deux béquilles revient à tracer des plans sur des comètes mais elle n’est pas pour autant fortuit. Elle pourrait tout aussi procéder d’un choix délibéré d’enliser le procès dans les schémas impossibles, dans le dessein d’entacher d’entrée de jeu sa crédibilité. S’ils n’ont d’autre créneau que celui-ci, autant dire que Sanogo et comparses ne peuvent en vouloir qu’à eux-mêmes. Leur erreur aura été d’avoir contourné l’Accord-Cadre signé avec la Cédéao et d’avoir persisté à tirer les ficelles de l’Etat contre et malgré l’installation officielle des pouvoirs de la transition. Au demeurant, si on parle de contrecoup d’Etat c’est bien parce que la junte de Kati s’est entêtée pour incarner l’autorité l’Etat, défiant notamment les pouvoirs émanant de l’Accord avec la complicité des connexions et ramifications politiques aujourd’hui tapies dans l’ombre ou très peu visibles dans leur rôle d’incitateurs d’hier. Et pendant que ledit accord-cadre devait consacrer un retour systématique à la normalité républicaine, les putschistes et alliés politiques font obstacle à son application à travers une emprise évidente sur le système de commandement et une main-basse sur l’administration et la hiérarchie militaire soumise et assujettie dans sa quasi-totalité. Autant d’agissements manifestement contraires à la normalité et propres à susciter l’indignation chez n’importe quel officier respectueux de son rang et de l’ordre militaire. C’est le cas du commandant Abdine Guindo et compagnons du 33è régiment du Commando parachutistes – dont la réaction s’apparente plus à une révolte, une objection de conscience contre le règne d’une anarchie ambiante qu’à un contre-coup d’Etat ou une atteinte à sureté de l’Etat, la qualification retenue à l’époque contre eux par une justice aux ordres et sous les bottes des vainqueurs du sanglant affrontement entre la junte et les bérets rouges.

Mais à quoi bon faire disparaître des agresseurs déjà hors d’état de nuire ou des innocents nuitamment cueillis à domicile et conduits vers des destinations inconnues – et dont les parents n’avaient aucune information ou sont interdits de leur rendre visite même quand ils ont pu les localiser dans les milieux de détention extra-carcéraux de Kati.

 

 


Source : Maliweb

Maliweb

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