Marché du scanner destiné à l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou : La polémique qui cache un scandale financier avorté : le scanner était proposé à 1,5 milliard de Fcfa

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Des informations circulant depuis la semaine dernière accusent le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique de tripatouillage d’un marché public relatif à la fourniture, l’installation et la mise en marche d’un scanner médical. Plus précisément, il est dit que ce marché a été déclaré infructueux uniquement pour l’arracher à un soumissionnaire, en l’occurrence Cissé Technologie, afin de le donner finalement par entente directe à la société Carrefour Médical. Les faits reprochés ainsi au Ministère de la Santé sont graves et nous ont poussés à mener des investigations pour en savoir davantage. Il ressort finalement de nos enquêtes qu’il ne s’agit que d’un procès fait à Mme le Ministre Marie Madeleine Togo dont la vigilance a permis de déjouer un énorme scandale financier. En effet, pour un scanner acheté à moins de 350 millions de nos francs pour l’hôpital Gabriel Touré, on a crié au scandale sur tous les toits. Qu’allait-on dire si Mme le Ministre laissait passer ce scandale de l’achat d’un scanner – qui ne répondait pas aux besoins-  à 1,5 milliard de nos francs ? 

Pour les besoins de nos investigations, nous avons tenu à arpenter les couloirs du Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, avant de nous rendre dans les locaux de Carrefour Médical Mali, une entreprise de droit malien basée à Baco Djicoroni en face des locaux de la société Afribone.  Il ressort des éclairages reçus, que les problèmes sont partis du lancement de l’appel d’offres ouvert n°0129/MSHP-SG du 15 mars 2016, relatif à la fourniture, l’installation et la mise en marche d’un scanner de 128 barrettes. Après acquisition du cahier des charges dans l’intention de soumissionner à cet appel d’offres, Carrefour Médical s’était bien rendu compte que le marché était déjà biaisé au profit d’un seul soumissionnaire car “certaines caractéristiques techniques étaient orientées en faveur de la marque Siemens, représenté par une société concurrente, en l’occurrence Cissé Technologie ” selon notre interlocuteur, un cadre trouvé sur place à Carrefour Médical.

C’est donc tout naturellement que Carrefour Médical, spécialiste de notoriété sous régionale dans le domaine de l’imagerie médicale, parmi tant d’autres volets du matériel médical, avait contesté ce cahier des charges qu’il “estimait comme étant mal rédigé pour la bonne et simple raison que l’objet du marché était l’achat d’un scanner 128 barrettes,  alors que la plupart des caractéristiques techniques renvoyait à un scanner 16 barrettes, moins performant par rapport à celui cité dans le cahier de charges “.

Et notre interlocuteur de brandir plusieurs correspondances relatives aux échanges entre Carrefour Médical et la Direction des Finances et du Matériel ((Dfm) du Ministère de la Santé pour demander des éclaircissements. Mais nous précise-t-on, la Dfm n’a pas voulu prendre en compte lesdites remarques.

Espérant se faire comprendre tant les remarques étaient pertinentes, Carrefour Médical ne s’attendait donc pas à cette obstination et n’a donc pu user des délais de recours auprès de l’autorité de régulation des marchés publics. Il a dû soumissionner le 26 avril 2016, pour ne pas rater le marché. Mais en prenant le soin de proposer un équipement de dernière génération répondant à l’objet principal du marché.

Les offres des soumissionnaires, récapitulées dans un tableau pour les besoins du dépouillement, présentaient la situation suivante : Carrefour Médical moins disant avec 327 966 102 FCFA. Suivent respectivement : Cinzani Trading avec 532 430 000 Fcfa, Mgs (Medical General System) avec 798 000 000 Fcfa, World Fred Sarl avec 870 551 500 Fcfa, Afric Business avec 995 850 000 Fcfa et en dernière position, Cissé Technologie qui proposait 1,5 milliard de francs Cfa.

Selon Carrefour Médical que nous avons approché : “Aucune autre suite n’a été donnée à ce dossier qui fut relancé au mois de juin dernier avec une prise en compte des observations objectives et positives formulées à l’époque par Carrefour Médical, non sans manquer d’écarter les éléments caractéristiques qui remettaient en cause le principe de transparence et d’égalité des candidats, le caractère impersonnel des dispositifs techniques, bref tout ce qui renvoyait de façon claire et précise au fabricant Siemens représenté par la société Cissé Technologie au détriment des autres soumissionnaires “.

Mais Cissé Technologie estime que le Ministère de la Santé a rompu le processus pour lui ôeter le marché dont il était en voie d’être attributaire. Pourtant, le Ministère a eu à préciser que c’est pour réorienter son choix car il s’agissait bien de choisir du matériel qui réponde mieux aux besoins de l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou.

Il nous revient qu’au niveau du Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, on a évité de justesse le scandale avec cette affaire de scanner à 1,5 milliard de francs Cfa car une autre affaire de marché de scanner faisait déjà polémique. Il s’agit de l’achat d’un scanner pour l’hôpital Gabriel Touré. En effet, rappelle notre source, l’acquisition d’un scanner 16 barrettes (avec injecteur de produit) et d’une table radiologique télécommandée pour les montants respectifs de 180 millions et 320  millions de francs CFA a fait beaucoup de bruit.

Au-delà du gré à gré auquel il a été fait recours, c’est le prix et les performances du scanner qui ont été contestés par les techniciens de l’Hôpital qui avaient souhaité avoir un scanner autre que celui commandé et qui est de 16 barrettes, explique notre source, qui ajoute : “Comment voulez-vous dans ces conditions qu’un scanner dont les caractéristiques sont déjà sujettes à polémique puisque renvoyant à un scanner de 16 barrettes puisse coûter 1,5 milliard de Fcfa ? Alors que d’autres peuvent fournir mieux et trois fois moins cher !” affirme notre interlocuteur.

Rappelons cependant que les deux cas ne sont pas comparables car pour le marché de scanner qui fait inutilement du bruit actuellement, l’initiative de passation du marché à Carrefour Médical par entente directe se justifie au regard de la loi car intervenant après deux appels d’offres jugés infructueux. Dans pareils cas, comme le prévoit le code des marchés publics, le Ministère de la Santé n’a pas d’autres choix que de passer le marché par entente directe.

En effet, il y a eu un deuxième appel d’offres lancé avec une prise en compte des observations objectives et positives formulées à l’époque par Carrefour Médical et les éléments caractéristiques qui remettaient en cause le principe de transparence et d’égalité des candidats ont été écartés. En d’autres termes, ce n’était plus un cahier de charges taillé sur mesure d’un seul candidat.

Pour ce 2è appel d’offres, le soumissionnaire Raytec avait proposé 440 468 000 Fcfa (moins disant) ; Carrefour Médical : 448 000 000 Fcfa (2è) ; Cinzani Trading : 819 329 300 Fcfa ; Sopresco : 813 400 000Fcfa ; Cissé Technologie : 929 513 443 Fcfa et enfin Adama Diakité : 904 900 000 Fcfa.

Carrefour Médical se retrouve donc 1er sur 6 soumissionnaires lors du premier appel d’offres. Cissé Technologie, était 6è sur 6 candidats. Lors du 2è appel d’offres, Carrefour Médical était en 2è position avec une soumission d’un montant de 448 000 000 Francs Cfa, tandis que Cissé technologie était 5è sur 6 candidats avec un montant de  929 000 000 Francs Cfa.

La société classée première étant éliminée déjà à l’ouverture des plis pour absence de caution, Carrefour Médical venait ainsi en tête et s’attendait logiquement à avoir le marché car ayant une offre compétitive et “s’étonne du montant anormalement excessif de la soumission du candidat concurrent (Cissé Technologie), d’autant plus que ce genre d’équipement s’acquiert entre 500 millions et 600 millions de F Cfa. Pour preuve, Carrefour Médical a d’ailleurs produit le marché de 597.000.000 Francs Cfa qu’il avait signé à l’époque avec l’Hôpital Principal de Dakar à la date le 28 août 2010 pour un scanner similaire installé en 2011”.

Mais le 1er septembre 2016 le marché a été déclaré infructueux. Pour la deuxième fois ! Mais puisque l’hôpital Niananko Fomba exprime toujours un besoin urgent d’acquisition du scanner, Mme le Ministre de la Santé et de l’Hygiène publique a pris le soin d’adresser une correspondance  à son homologue de l’Economie et des finances pour demander l’autorisation d’attribuer le marché par entente directe à Carrefour Médical, qui précise ne l’avoir appris que par voie de presse.

De toute façon, l’hôpital Nianankoro Fomba est toujours dans l’attente de son scanner et n’oublions pas que dans cette structure médicale sont très souvent soignés des militaires blessés de guerre et d’autres victimes de la situation d’insécurité qui sévit au nord et au centre du pays.  Faut-il encore perdre du temps dans l’acquisition de cet outil précieux d’imagerie médicale ou faut-il, au contraire, l’acquérir à un coût qui ferait trois fois son prix ? C’est aux autorités publiques de choisir en sachant que, déjà, cette affaire étant étalée sur la place publique au grand jour, il est important d’être regardant et sur la qualité proposée et sur le prix car il ne sert à rien de vider les caisses de l’Etat pour du matériel qui sera inutilisable dans peu de temps, comme ces vieilleries et autres quincailleries fourguées aux structures de santé du pays. Vivement donc un audit du secteur de la santé pour se rendre compte de cette hémorragie financière. Une question à laquelle nous nous intéresserons dans le cadre d’une grande enquête.                      

 La Rédaction


Source : Maliweb

Maliweb

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