Les habitants de Bamako ne reconnaissent plus leur ville, transfigurée par le sommet Afrique-France

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Bamako, - Déploiement massif de forces de l’ordre, contrôles systématiques sur de nombreux axes, routes fermées à la circulation: si le Mali s’enorgueillit d’accueillir le sommet Afrique-France, les habitants de Bamako ne reconnaissent plus le coeur de leur ville, transformé en "bunker".

"Nous sommes fatigués aujourd’hui. Nous ne pouvons circuler nulle part", se plaint le chauffeur de taxi Ali Coulibaly, près de l’hôtel de l’Amitié, un des sites abritant une des réunions du sommet dans la capitale du Mali, déjà sous état d’urgence quasiment sans interruption depuis plus d’un an.

"Nous perdons de l’argent parce que nous n’avons pas de client du tout", ajoute-t-il, alors que des hommes en armes lui intiment l’ordre de s’arrêter.

Sur le chemin menant au Centre international de conférence de Bamako (CICB), principal site du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, des personnels de sécurité armés quadrillent le secteur.

A quelque deux km du CICB, un conducteur est contraint de rebrousser chemin avant de dire au passager de ne pas payer. "Je ne l’ai pas conduit jusqu’à destination", explique-t-il.

Même des participants sont obligés de descendre de voiture pour marcher sur une longue distance.

Des gendarmes en tenue anti-émeutes, casque, gilet, genouillères notamment et tenant une arme, procèdent à une fouille minutieuse.

"C’est difficile aujourd’hui", renchérit Gothia Amadou, un autre conducteur, dans le Quartier du fleuve, près de barrières métalliques délimitant une zone interdite à la circulation.

"C’est désolant que pour un sommet pareil, on prive les gens de déplacement", affirme une dame, devant un hôtel.

Seuls les véhicules accrédités ont le droit de circuler dans certaines zones et la route entre l’aéroport et le centre de conférence a été réservée aux cortèges officiels.

Car les autorités ont décidé de ne prendre aucun risque, instruites par l’expérience de l’attentat jihadiste du 20 novembre 2015 à l’hôtel Radisson Blu (20 morts, outre deux assaillants tués), pourtant considéré comme l’un des établissements les plus sécurisés de la capitale.

Plus de 10.000 personnes ont été mobilisées pour veiller à la sécurité du sommet, dont 700 affectées à la protection des personnalités.

- ’Honneur pour le Mali’ -

Compte tenu des attaques et des menaces "des groupes terroristes contre notre pays, que tous ces partenaires étrangers africains acceptent que cette rencontre se tienne ici, c’est un pari important", a souligné vendredi le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop.

Mais les ONG réunies pour un "sommet des peuples" à la veille de cette réunion ont reproché aux dirigeants français et africains de se barricader.

"Les responsables de la société civile n’ont pas été autorisés à remettre une déclaration", a déploré Laurence Ndong, une militante gabonaise. "Nous n’avons ainsi pu accéder à leur bunker".

Malgré les perturbations qu’elles provoquent dans leur vie quotidienne, de nombreux habitants disent comprendre la nécessité de ces mesures.

"Les habitants de Bamako ont été prévenus au moins depuis un mois" de ces restrictions de circulation, affirme Mamadou Fofana, qui se présente comme un chauffeur dans l’administration. "C’est lié à des raisons de sécurité. C’est normal", estime-t-il.

Son collègue Mamadou Doubouya approuve par un mouvement de la tête: "C’est seulement les endroits où les chefs d’Etat doivent passer" qu’il y a des restrictions. "Cela ne me gêne pas", dit-il se réjouissant que la journée de vendredi ait été exceptionnellement "chômée et payée".

Pour Bala Traoré, "ce sommet est un honneur pour le Mali. Tous les Maliens doivent en être contents".

Un autre habitant fait part d’une émotion esthétique. "Les militaires et les policiers maliens portent de belles tenues et sont vraiment équipés. Ce n’était pas le cas auparavant".
mrb/sst/ms

Source : aBamako

aBamako

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