Nouhoum Sarr, résident du FAD : « Si l’alternative ne marche pas en 2018, notre pays ira à l’abime !»

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Jeune acteur politique, Nouhoum Sarr est surtout connu pour ses interventions révolutionnaires. Révolté par l’attitude des leaders religieux, Nouhoum Sarr rêve d’un Mali à l’heure des indépendances. Se réclamant d’une opposition centriste, ses opinions le classent dans une guerre politique contre la gouvernance d’IBK.
Figaro du Mali : Bonjour Mr, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Nouhoum SARR : Je suis Nouhoum Sarr, Président du Front Africain pour le Développement, un parti de jeunes qui a été mis en place il y a de cela sept (7) à huit (8) ans et qui fait son chemin malgré les difficultés dans l’arène politique nationale.
F D M : Un jeune malien dont l’emblème du parti affiche l’Afrique, quel message ?
N S : Merci beaucoup pour cette question, tout d’abord, à la création de ce parti, les jeunes leaders maliens qui se sont retrouvés ont estimé que les défis auxquels le Mali est confronté, ce sont les mêmes défis auxquels les jeunes de l’Afrique fait face. Je vous rappelle qu’en 2008, quand on réfléchissait à la création de ce parti, tout comme aujourd’hui, c’était le défi de l’immigration. Les jeunes maliens et africains, sénégalais, nigériens, de tous les pays africains, avaient perdu espoir et ont décidé de se lancer à la conquête des mers pour rejoindre, ce qu’ils estiment, je pense à tort, comme eldorado européen. Nous avons estimé qu’avant d’être maliens, nous sommes d’abord africains. Cela s’inscrit aussi dans la vision des pères fondateurs du Mali qui n’ont ménagé aucun effort pour l’unité africaine. Donc le FAD est un parti qui se bat non seulement pour le Mali, mais pour l’ensemble de l’Afrique. Il reste fidèle à la volonté des pères fondateurs des nations africaines : kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Modibo Keita, j’en passe, de réaliser l’unité africaine, même au prix de la violation de la souveraineté de notre pays.
F D M : Pourquoi le jeune que vous êtes prend comme modèle le Premier Ministre Dr Zoumana Sacko, un homme que le peuple ne comprend pas et qui semble avoir sa carrière politique derrière lui ?
N S : Ehhhh, merci encore une fois, je vous dis que quand on s’engageait en politique, nous avions bien entendu observé la scène politique, observé le passé récent de notre pays, nous avons compris que Zoumana Sacko a joué un rôle éminemment important par rapport à l’avènement de la Démocratie dans notre pays, par rapport à l’avènement d’un véritable état de droit, par rapport à la lutte contre l’une des dictatures les plus féroces de l’Afrique, celle de Moussa Traoré. Il a été selon nos parents, selon l’histoire, ministre des finances et c’etait un libérateur. Cet homme qui, à une période où la plupart des fonctionnaires étaient clochardisés, quand il a été nommé pour servir son pays et non servir un homme ou son régime, il a accepté et il a libéré ces fonctionnaires qui étaient, à la limite, clochardisés par le système dû à la corruption.
Nous choisissons cet homme politique comme modèle parce que c’est un travailleur, c’est un homme d’une intégrité irréprochable, c’est un homme qui croit au Mali, qui croit au travail et qui partage avec nous les valeurs fondatrices du Mali, les valeurs de 1960 et les valeurs de la révolution de Mars 1991. Donc pour nous, nous l’affirmons sans nous tromper, c’est quelqu’un qui fait partie de la majorité morale de ce pays et quelqu’un qui a les compétences requises pour diriger ce pays. Nous le prenons en modèle et nous continuons à avoir pas seulement lui, beaucoup d’autres, l’ancien procureur général Daniel Théssogué, Malick Coulibaly, beaucoup d’hommes, de maliens qui sont reconnus pour leur probité, leur intégrité, leur sérieux, leur dévouement à la cause de la nation malienne. Donc pour nous, c’est un modèle. Zoumana Sacko, le seul tort qu’il a commis, c’est d’être en avance de mille ans sur son peuple. Aujourd’hui certes, il demeure incompris, mais c’est l’un des hommes politiques maliens qui semblent avoir compris les enjeux et les défis de notre pays.
F D M : Vous revendiquez, comme beaucoup de politiques, l’héritage de Modibo Keita, est-ce une manière de fédérer plus de maliens autour de vous ?
N S : Oui, vous savez il y a certains qui revendiquent parfois l’héritage de Modibo Keita mais qui, dans leurs comportements de tous les jours, rament à contre-courant de cet héritage. Nous ne sommes pas de ces gens-là, nous revendiquons les valeurs fondatrices du Mali, les valeurs du 22 septembre 1960 et le président Modibo Keïta a joué un rôle éminemment important à l’avènement de l’Etat du Mali, la conquête de notre souveraineté nationale et internationale et surtout dans l’élaboration d’une politique nationale de progrès et de prospérité du Mali dans son ensemble. Pas lui seulement, il appartenait à une équipe telle qu’Amadou Djicoroni, tel que Seydou Badian Kouyaté, Mamadou Gologo, tel que président Jean Marie Koné qui, à une époque de l’existence de notre nation, ont su rassembler les énergies positives pour consolider un projet politique pour notre mali qui, malheureusement a été brutalement interrompu par une soldatesque dirigée en son temps par le dictateur Moussa Traoré. Donc nous ne revendiquons pas par plaisir mais tout simplement parce que nous sommes convaincus que cet homme a incarné un projet politique, un projet qui est toujours d’actualité.
F D M : Vous avez des liens étroits avec des jeunes pour qui le coup d’Etat de 2012 a été salutaire, pourtant vous l’avez condamné vigoureusement, est à dire que vous les avez compris aujourd’hui ?
Dans la vie politique, dans l’existence même des hommes, il peut arriver qu’on commette des erreurs, nous considérons que ces jeunes qui ont soutenu le putsch de 2012, ces jeunes s’étaient trompés. Ils étaient dans l’erreur et nous osons croire qu’aujourd’hui que c’était une erreur et qu’il faut mettre cela au compte du passé et regarder l’avenir avec un œil. Vous le savez, nous avons condamné avec la plus grande fermeté le coup d’état du 22 Mars 2012 conduite par l’ex-junte au pouvoir. Nous nous sommes opposés à cette prise du pouvoir parce qu’une fois de plus, c’est la manifestation de notre conviction. Nous condamnons toute prise du pouvoir par les armes ou par la manipulation des élections. Ce ne sont que des principes que nous avons défendus, ce n’étaient pas des principes destinés contre un quelconque individu que ce soit.
F D M : Mr Sarr, vous semblez ne pas mesurer l’influence qu’ont les leaders religieux sur l’opinion nationale, dans un discours l’année passée, l’imam Mahamoud Dicko a fustigé et même accusé les politiciens qui, selon lui, ont humilié le Mali ?
N S : Cette conviction n’a pas changé parce que pour ma personne et le combat politique que je mène avec les camarades, nous sommes convaincus que les leaders religieux ne doivent pas s’immiscer dans le champ institutionnel politique. C’est antidémocratique, c’est contre le principe de la laïcité, c’est contre même le bon sens parce que le leader religieux, c’est un homme respectable qui se tient à équidistance de toutes les forces politiques et qui donne son opinion dans le cadre d’un état de droit et qui dit la vérité quand il faut dire la vérité. Mais quand un leader religieux, comme beaucoup le constatent, se met dans une posture qui dénote d’une volonté de vouloir contrôler l’Etat, nous ne l’accepterons pas et nous les affronterons à visage découvert. Nous avons dénoncé la création du ministère des affaires religieuses, aujourd’hui force est de constater que nous avions raison. C’est un ministère sans contenu qui ne cesse d’errer et qui, aujourd’hui, à part l’organisation du Hadj, donne l’impression de ne même pas exister. Il n’y a pas d’alternative à la démocratie, ceux qui pensent que le moment est venu de passer à un état islamique, ils se trompent. Et les propos du président du haut conseil islamique que je respecte beaucoup, parce que d’abord c’est un oncle, c’est un père, c’est un grand frère à certains camarades, ensuite nous ne partageons le fait de dire que le Mali est dans un trou de la faute des hommes politiques. Cela constitue davantage à décrédibiliser la chose politique, chose que nous n’accepterons pas. Je suis homme politique, je n’ai pas contribué à mettre le Mali dans cette situation parce que je n’ai pas été associé, ni de près ni de loin, à l’exercice du pouvoir politique comme le président du haut conseil le prétend. Je pense qu’il faut avoir de la retenue et de la mesure dans les propos. Dire que les hommes politiques sont responsables de la situation du Mali, bon, c’est peut-être dire une conviction, dire un point de vue, mais ce sont des propos qui sont souvent mal inspirés qui ne méritent pas de venir d’une personnalité aussi respectable que le Président du Haut Conseil Islamique.
F D M : Vous êtes un jeune entrepreneur, vous avez envie de vous prendre en compte, de changer des choses et vous étiez même présent au forum des jeunes en marge du sommet Afrique-France, comment les jeunes peuvent-ils se prendre en compte ?
N S : J’ai d’abord été très déçu par ce forum, l’essentiel des discours qui ont été présentés, dans aucun de ces discours, je n’ai entendu le mot énergie parce que pour moi l’entrepreneuriat n’a pas de sens sans l’énergie. On ne peut pas créer une entreprise sans électricité. Et je pense que l’ensemble des politiques publiques doivent sortir des déclarations de circonstances ou de déclarations d’intention pour rentrer dans un véritable processus de construction de projets de développement de l’ensemble des pays africains et du Mali en particulier. Vous savez l’énergie est le ciment, le soubassement du développement. Vous n’êtes pas sans savoir que notre pays est un des plus déficitaires en terme d’électricité, en terme d’énergie. Je crois que le forum, pour moi a été une déception parce que j’ai comme l’impression que c’était une retrouvaille mais pas pour dire les choses qui devraient être dites. Bon je n’attends personnellement rien, que ce soit ce forum des jeunes ou du sommet Afrique-France, je n’attends rien de ça.
F D M : La loi électorale a été modifiée, la constitution aussi bientôt, est-ce une initiative que vous soutenez ?
N S : Nous dénonçons, nous nous mobiliserons contre cette révision constitutionnelle parce que pour nous, une constitution ce n’est pas une chemise qu’on change quand on veut. Le Président de la République a justifié cette révision constitutionnelle par les besoins de la mettre en conformité avec l’accord pour la paix et la réconciliation que nous avons dénoncé et que nous continuons de combattre. Pour nous la constitution de la République du Mali est une chose assez serieuse pour être changée juste pour faire plaisir à une bande de rebelles qui ont pris la lourde responsabilité d’engager les armes contre la Nation. Nous ne disons pas que la constitution c’est le Coran ou la Bible et qu’il ne faut pas la changer, nous sommes d’accord qu’il faut amender cette constitution. Elle a besoin d’être amendée mais je crois que le problème du Mali, ce n’est pas la constitution. Le problème de nos institutions, ce n’est pas la constitution mais ce sont les hommes qui sont chargés d’animer ces institutions qui ont failli à un moment donné et qui ont perdu toute crédibilité. Changer la constitution pour nous n’est pas la meilleure méthode, c’est une très mauvaise inspiration et nous pensons que le Président de la République aura la sagesse de revenir sur projet de révision constitutionnelle qui n’est pas l’urgence du jour. L’urgence c’est recouvrer l’ensemble du territoire, c’est faire en sorte que la réconciliation puisse être une réalité, c’est lancer un vaste projet de relance de l’économie afin que la jeunesse malienne puisse sortir de cette situation de chômage et de précarité totale.
F D M : Pendant la transition de 2013, nous avons vu que cette constitution avait montré ses limites. Toutes ces modifications peuvent quand même se justifier ?
N S : Il n’existe pas de constitution parfaite au monde. Ne ce reste qu’un problème dû au temps, si cela devait justifier un changement, tous les pays du monde, chaque année, allaient changer de constitution. La constitution américaine, qui est l’une des plus vieilles au monde, a été amendée mais elle n’a pas changé. Par rapport à la crise de 2012-2013, mais la cour suprême a réglé le problème au moyen d’un avis. La question de l’intérim a été réglée par la cour suprême. Je pense qu’il faut qu’on sorte de ces considérations qui ne grandissent pas la nation malienne. Il faut laisser cette constitution tranquille, il faut lui foutre la paix, elle n’a rien fait.
F D M : Si IBK vous faisait appel au nom de la République, l’accepteriez-vous ?
Non ! je vais être très affirmatif avec vous. Non parce que la vision actuelle de ce régime n’est pas ma vision. Le régime s’est inscrit dans un registre dans lequel je ne me reconnais pas. C’est un régime qui a opté pour le tâtonnement, pour l’improvisation, pour déni de réalité, ehhhh ! bon, ce n’est pas moi qui vais changer cela du jour au lendemain. Je ne suis pas dans cette disposition parce que le Président de la République est certes un homme respectable, mais qui, de mon point de vue politique, de mes convictions politiques, n’est pas l’homme avec lequel je peux cheminer parce que tout nous oppose je pense. En dehors de notre appartenance au Mali, tout nous oppose du point de vue politique.
F D M : Un dernier mot ?
N S : Le dernier mot c’est à l’endroit de la jeunesse malienne. Je voudrais dire à cette jeunesse de sortir des considérations claniques, de considérations de clivages partisans pour se retrouver au sein d’une grande organisation pour opérer la mobilisation générale qui fera en sorte que la vraie jeunesse prenne son destin en main. Le dernier mot est adressé également aux forces opposées à la gouvernance actuelle. Je vais leur dire que le moment est venu de sortir des calculs personnels pour opérer le grand rassemblement afin de pouvoir avoir une candidature unique des forces opposées à la gouvernance actuelle pour 2018 et faire face à ce régime qui est entrain de conduire notre pays vers un mur de feu. Donc que les forces opposées, je parle à l’opposition parlementaire et extra-parlementaire, je parle à la société civile opposée à la gouvernance actuelle, qu’elles se retrouvent afin d’élaborer un projet politique qui sera une alternative en 2018. Si l’alternative ne marche pas en 2018, notre pays ira à l’abime et ce n’est pas ce que nous souhaitons.
F D M : Merci
N S : c’est moi qui vous remercie
Interview réalisée et transcrites par ABC

Source : aBamako

aBamako

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