6è Edition de la journée mondiale de la Radio: L’URTEL dénonce « l’intrusion sauvage dont le secteur fait l’objet »

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La Maison de la Presse du Mali et l’Union des radios et télévisions libres du Mali (URTEL) ont organisé, dans le cadre de la sixième édition de la journée mondiale de la radio, une conférence-débats sur le thème : « rôle de la radio dans la consolidation de la cohésion sociale ». Co-animé par Thiona Mathieu Koné et Martin Faye, coordinateur du Studio Tamani, la conférence a enregistré la présence des responsables de l’URTEL dont le Président, Bandiougou Danté et ceux de la Maison de la Presse, Dramane Alou Koné, sous l’œil vigilant du représentant du ministre de l’Economie numérique et de la communication, Gamer Dicko.
Pour le Président de l’URTEL, si le Mali a gagné le pari de la quantité, celui de la qualité des productions radiophoniques reste encore à relever. En termes de nombre, Bandiougou Danté, le Mali peut aujourd’hui être classé en tête de classement en Afrique. Mais le défi à relever est de réussir la bataille de la qualité pour une radio responsable. Il a appelé les acteurs de la radio à plus de professionnalisme et invité le gouvernement et les partenaires à aider le secteur à se professionnaliser davantage. Bandiougou Danté qui estime que le radio ne devra plus rester un dépotoir d’illettrés et de déscolarisés scolaires, dénonce « l’intrusion sauvage dont fait l’objet notre secteur ». La radio ne doit pas servir de « bouche-trou », ajoute Daouda Mariko, vice-président de l’URTEL.
Le représentant du ministre de l’Economie numérique et de la communication, Gamer Dicko, a salué l’initiative et rappelé la disponibilité du gouvernement à accompagner les organisations et responsables de radio en matière de formation des acteurs du secteur et ce, malgré des moyens limités. Il a rappelé en exemple l’ouverture prochaine de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication de Bamako, qui mettre l’accent sur la formation professionnelle des journalistes en général et ceux des radios en particulier.
Ancien Directeur de la Communication de la Présidence, sous Moussa Traoré et celui de la société Energie du Mali, Thiona Mathieu Koné, qui a aussi été journaliste à l’ORTM et coordinateur du groupe Kledu, a d’abord retracé l’historique de la pratique radiophonique au Mali, de Radio Soudan (1956) à la libéralisation des ondes ayant permis l’éclosion du pluralisme médiatique avec radio Bamakan, en passant par la Radio Mali puis l’ORTM. Pour celui qui a aussi été responsable de la communication du représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Angola, « quelle que soit la thématique, la radio reste le principal moyen de communication de masse dans le monde. Le besoin en électricité n’est pas le souci de la radio. Elle est un outil très simplifié, le plus rapide moyen de diffusion, le plus proche et le plus accessible pouvant couvrir un large rayon de diffusion. »
Afin de jouer pleinement leur rôle dans la consolidation de la cohésion sociale, Thiona Mathieu Koné conseille aux acteurs de la radio de mettre davantage l’accent sur la formation et la responsabilisation pour gagner la bataille de la qualité. Pour Thiona Mathieu Koné, en effet, la radio a des « avantages et des inconvénients si on s’en sert sans conscience et sans formation. »
Le responsable du studio Tamani, qui promeut la paix au Mali, le Sénégalais Martin Faye, abonde dans le même sens que son cadet malien. Pour lui, la radio a été un moyen de « formatage des citoyens aux lendemains des indépendances et a permis de susciter l’adhésion sincère des populations et a servi de ferment du tissu social. » Il a rappelé le rôle salutaire joué par une radio de la ville de Yanfolila au Mali au fort moment de la crise ivoirienne pour promouvoir le vivre-ensemble entre les populations autochtones et les réfugiés venus de la Côte d’Ivoire, notamment en sensibilisant sur la gestion des terres et des ressources. Pour M. Faye, « la radio doit être un outil de cohésion sociale. L’animateur ou le journaliste ne doit pas attiser un conflit mais calmer plutôt les esprits. Quand il y a crise, la première chose est de se tourner vers la radio pour avoir des infos crédibles. » Il a invité les journalistes à plus d’humilité et de modestie.
Pour ce qui est de la mainmise de l’Etat sur les médias publics, décriée par nombre d’auditeurs et de téléspectateurs, Martin Faye qui a longtemps travaillé à la Radio et Télévision Sénégalaise, est catégorique : « on ne nous oblige pas à adopter une ligne éditoriale favorable au régime du jour, c’est nous-mêmes qui voulons faire plaisir au prince du jour. »
Elgoly Kassogué

Source : aBamako

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