Dramane Dicko, président du Collectif des compressés de l’HUICOMA: «L’Etat malien est un monstre qui dévore ses propres enfants»

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Depuis plus de dix ans, Dramane Dicko et des centaines de ses collègues se battent pour leurs indemnités de licenciement. Les gouvernements successifs, depuis 2007, les roulent dans la farine. Les ex-employés de l’homme d’affaires Aliou Tomota, propriétaire de l’Huilerie Cotonnière du Mali (HUICOMA) dorment à la Bourse du travail, depuis plus d’un mois.

«Les travailleurs de l’HUICOMA ont été victimes d’une machination savamment orchestrée entre le gouvernement malien et Aliou Tomota», se plaint Dramane Dicko, assis sur un banc entouré de ses ex-collègues. «Au moment de la privatisation de l’usine, ce n’est pas Tomota qui a remporté l’appel d’offre. Je peux vous assurer que celui qui a, initialement, remporté le marché a été contraint à l’abandon face aux menaces d’une organisation mafieuse dirigée par Aliou Tomota», révèle le président du collectif.
En 2007, Aliou Tomota, PDG de l’HUICOMA, a signé avec ses camarades du gouvernement un protocole d’accord sans associer l’UNTM (Union nationale des Travailleurs du Mali), explique Dicko. Un plan social a été adopté pour les partants volontaires à la retraite et les licenciés économiques de Tomata. Du jour au lendemain, les travailleurs se sont retrouvés au chômage sans explications et sans indemnités de licenciement. Les compressés de l’Huicoma ont, pour la première fois, occupé la Bourse du travail, en 2009. « Nous avons mis l’occasion à profit pour essayer de trouver les documents de privatisation de l’HUICOMA pour savoir le sort qui leur a été réservé. Nous n’avons rien trouvé. Il n’existe aucun document officiel sur la privatisation de l’usine», indique Dicko.
«Cette année là, le président de la République à l’époque, ATT, nous a donné un peu d’argent et a demandé à ce que quelques personnes restent ici pour suivre le dossier. Nous sommes toujours en attente, près de dix ans après», regrette-t-il. «Nous vivons dans la misère totale. Rien qu’en 2008, dans la seule ville de Koutiala, nous avons assisté à 89 divorces de nos collègues. J’ai vu un collègue mourir avec une ordonnance de 4000 FCFA dans les mains sans pouvoir la payer. Notre Etat est un monstre qui dévore ses propres enfants».
«Je puis vous dire qu’aujourd’hui, si nous avions les moyens de nous battre nous nous battrons contre cet Etat, si nous avions des armes, nous nous engagerons dans la rébellion contre ces vampires qui nous dirigent». « Je me demande aujourd’hui dans quel type de pays je suis. Je me demande si nous sommes vraiment dans le Mali de Modibo Keita. J’ai honte, aujourd’hui de dire que je suis Malien. Nous, ici, ne quitterons pas. Ils nous mettent dans nos droits ou nous mourrons tous ici», conclut le sexagénaire, en sanglots et se pressant d’allumer une cigarette.

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Mamadou TOGOLA

Source : aBamako

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