Primature: Tiéna Coulibaly s’invite dans le festival des folles rumeurs

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Les rumeurs se suivent et se ressemblent : toutes sont mensongères. En effet, si l’on devait énumérer les personnalités citées à un moment ou à un autre comme possibles voire probables futur Premier ministre, il resterait sûrement peu de l’équipe gouvernementale actuelle. Les noms cités récemment étaient Ag Erlaf, ministre de l’Administration Territoriale, et Soumeylou Boubèye Maiga, Secrétaire général de la présidence. Le dernier nom en date est celui de Tiéna Coulibaly, ex ministre des Finances, actuel ambassadeur aux Etats-Unis et auprès des Institutions de Brettons Woods. Peut-on accorder du crédit à cette énième rumeur ? Pas plus qu’aux autres certainement. La question serait plutôt : Pourquoi lui, pourquoi penserait-on à lui comme successeur de Modibo Keïta ? Parce que tout simplement ‘’ça ne va pas du tout’’ alors ‘’pas du tout’’ ? Et le service qui fait les frais de cette situation de crise, c’est la Douane. Ses objectifs sont constamment revus à la hausse, sans qu’elle en ait toujours les moyens. La Douane n’est pas faiseur de miracles. Elle ne peut s’appuyer que sur les commerçants. Or, il se trouve que ces partenaires incontournables broient du noir depuis quelque temps. Pour la simple raison que les Maliens ne consomment plus, où plutôt ne consomment que le strict minimum pour pouvoir survivre. Les destins, comme on le voit, sont plus que jamais liés. C’est dans ces circonstances plus qu’incertaines que l’imagination fertile de l’opinion se transporte vers des gens ‘’faiseurs de miracles’’. Du genre ‘’Soumano Sacko’’ ou Tiéna Coulibaly, tous deux repérés à une certaine époque par le général Moussa Traoré. Lequel, quoi qu’on puisse lui reprocher, savait certainement reconnaître les compétences. ‘’Compétences morales’ ’, dirions-nous, car le problème, au Mali, ne se pose pas en termes d’école, ou de compétences intellectuelles. Pour revenir à Soumana Sacko et Tiéna Coulibaly, on sait qu’entre le premier et IBK, ce n’est certainement pas la lune de miel. Soumana Sacko n’avait pas apprécié le rapprochement suspect entre le candidat IBK et un certain milieu islamiste, dans le seul but d’accéder au pouvoir. Depuis, les deux personnalités se sont rencontrées, mais uniquement dans le cadre de rencontres politiques protocolaires. Ce qui n’est pas de nature à cicatriser la blessure qui devait être celle d’IBK, apparemment doté d’une mémoire d’éléphant : ça ne s’oublie jamais. Il faut dire aussi que Sacko n’est pas près de courir après des strapontins, lui qui a déjà été Premier ministre, et que son ambition, ce n’est pas pour un poste, un fauteuil, mais pour le Mali. Cela, il l’a prouvé à maintes reprises. Dans ces conditions, un Tiéna Coulibaly pourrait faire l’affaire. Etre Premier ministre serait une promotion. Il a des atouts dans le domaine financier. Sous la Transition, sous la direction de Cheick Modibo Diarra, il a pu maintenir les caisses de l’Etat à flot, rassuré tous les fonctionnaires et l’armée quant aux salaires et à l’équipement militaire. On ne pouvait mieux dans un contexte aussi difficile, marqué par la suspension de la plupart des programmes d’aide et de coopération. Il a pu maintenir les prix des denrées de premières nécessités à un niveau acceptable. Prix qui vont prendre l’ascenseur avec le nouveau régime, celui d’IBK. Par ailleurs, tout le monde l’a su, il avait quitté le gouvernement par la suite en raison de certaines manigances qu’il n’était pas prêt à laisser passer. Paraît-il qu’il disait que ‘’ ce n’est pas maintenant que lui, irait en prison pour détournement’’. Tiéna Coulibaly a aussi et surtout la confiance des partenaires. C’est d’ailleurs cet argument qui a dû motiver le choix porté sur lui pour représenter le Mali auprès des institutions financières (Banque Mondiale, FMI) qui avaient mis la pression maximale sur le régime suite aux marchés frauduleux de l’équipement de l’armée, de l’achat de l’avion présidentiel, entre autres. Il y a un ‘’mais’’ toutefois. Tiéna, ministre des Finances pourrait-il être aussi efficace en tant que Premier ministre ? Rien n’est moins sûr. Et pour cause. Tout d’abord, pour être véritablement efficace, un Premier ministre doit disposer des pouvoirs conséquents. Cela n’est pas gagné d’avance avec un IBK jaloux de sa prétendue légitimité de 77% des Maliens (1 million et poussière de Maliens en vérité). Ensuite, lorsqu’on voit l’interférence de la famille dans la gestion des affaires publiques, aucun Premier ministre n’aurait les coudées franches. En effet, même Premier ministre, Tiéna n’aurait aucun contrôle sur un Boubou Cissé, ministre des Finances, puisque ‘’ça c’est la famille, on n’y touche pas’’.

Sory Haïdara

Source : aBamako

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