Des brouillards à l’horizon 2018 !

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La situation politique au Mali connaît actuellement un certain attentisme. En attendant les élections locales et régionales prévues respectivement pour les 28 mai et 9 juillet 2017, les états-majors politiques ajustent leur loupe pour mieux décrypter les signes et nouent des contacts ponctués de rencontre bilatérale. A moins d’un an et demi de l’élection présidentielle de 2018, beaucoup de brouillards empêchent de voir clair l’horizon. La majorité présidentielle manque cruellement de locomotive. L’opposition, minée par des querelles personnelles, peine à s’imposer comme une alternative crédible. Les centristes semblent être en panne de leadership pour se frayer un chemin. La grande inconnue pour 2018 est sans doute l’état de santé du commandant en chef. A 74 ans l’année prochaine, le Président aura-t-il l’énergie nécessaire d’aller à la rencontre de ses compatriotes pour leur vendre son nouveau projet de société ?

Deux options s’offrent au Président de la République. La première option consiste à renoncer de briquer un nouveau mandat et consacrer le reste de son quinquennat à poser les bases d’une République solide à travers des réformes courageuses et des choix de personnalités connues pour leur intégrité. En prenant une telle décision certes difficile, le Président Ibrahim quittera le pouvoir en 2018 la tête haute en dépit de quelques échecs ayant émaillé son quinquennat. Dans le contexte malien où de nombreux acteurs politiques lient leur destin à celui du Chef de l’Etat, l’hypothèse d’une non- candidature d’IBK est la moins probable.

La seconde option qui s’offre à lui est de solliciter à nouveau le suffrage de ses compatriotes. A la différence de 2013 où il a bénéficié des ralliements sans conditions, le Président candidat devra négocier dans les détails près les ralliements cette fois-ci. Le désir de ratisser large dès le 1er tour va donner lieu à des conciliabules politiques. Un problème pourra se poser cependant, le rassemblement va-t-il se faire autour du Président IBK ou de son Parti le Rassemblement pour le Mali (RPM). De nombreux partis de la majorité présidentielle se sentent plus liés au Chef de l’Etat qu’au RPM. D’où la volonté de traiter directement avec le Président IBK. Les démarches en cours des Tisserands en direction de certaines formations politiques mettent à mal cette volonté des alliés. Une analyse plus fine du fonctionnement de l’appareil d’Etat depuis 2013 ne permet pas d’affirmer que le parti tire les ficelles du pouvoir.

Ce même désir de réussir le Takokélé comme l’avait fait le général Amadou Toumani Touré en 2007 va amener les partisans d’un second mandat à tout mettre en œuvre pour isoler le chef de file de l’opposition, Président de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), Soumaïla Cissé, vu jusque là comme un redoutable challenger. Comme si la menace ne peut pas venir d’un autre. En Gambie, Yaya Jammeh n’avait pas vu venir Adama Barrow qui l’a battu dans les urnes à la surprise générale. Au Mali, Oumar Mariko, Modibo Sidibé, Cheick Modibo Diarra ou encore Moussa Mara peuvent se révéler aussi menaçants que Soumaïla Cissé.

Le prochain remaniement ministériel, plusieurs fois annoncé par la presse, peut être un baromètre sérieux pour jauger la ligne politique du Président de la République. Selon l’hebdomadaire français ‘’L’express’’, le Président Ibrahim Boubacar Kéïta détient, au sud du Sahara, la recette du singulier cocktail de «marier la grandiloquence gaullienne, la duplicité tacticienne d'un François Mitterrand au zénith et la bonhomie vacharde d'un Edgar Faure ! ».

Source : aBamako

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