Le Réflecteur : Partage du Mali

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Les amateurs de belles lettres verront tout de suite ici une référence à Paul Claudel, dramaturge, poète, essayiste et diplomate français et son Partage de Midi. Un drame, en trois actes, qui porte partout les marques du haut style tout en mêlant avec la liberté du grand art plusieurs niveaux de langage.

Il est écrit en vers libres, c’est-à-dire, selon Claudel lui-même, des vers qui, “s’ils ne peuvent se scander“, présentent une unité respiratoire, musicale, intelligible, émotive. Ce drame met aux prises quatre personnages : Ysé (seule femme) et trois hommes : de Ciz, son mari ; Amalric, son amant ; et Mesa, sa passion. Partage de Midi, est une œuvre sur la souffrance, l’un des chemins qui mène à Dieu.

Peut-être bien. Peut-être pas.

Je voudrais ici, partager avec vous mes réflexions sur les conclusions de la réunion des responsables politiques et militaires des parties en conflit dans le septentrion malien. En effet, vendredi dernier, tout ce beau monde s’est retrouvé pour partager le Mali entre eux. On apprend ainsi qu’en plus de Kidal, la CMA s’arroge Tombouctou ; la Plateforme prend Gao. Le gouvernement reste avec Mopti, Ségou, Sikasso, Koulikoro, Kayes et bien sûr Bamako et Sébéninkoro.

Quant aux régions nouvellement créées, à savoir Ménaka et Taoudéni, on verra cela après. Peut-être serait-ce la rançon à nos libérateurs occidentaux et spécifiquement la France pour extraire le gaz et le pétrole qui abonde dans le sous-sol ?

La réunion de Bamako qui a ainsi partagé le Mali fait déjà grincer des dents un peu partout. Pour la jeunesse de Gao, il est hors de question qu’une quelconque autorité intérimaire vienne s’installer dans la brave et résistante Cité des Askia sous prétexte que c’est une disposition de l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation.

Leur argument, très solide, est que ces fameuses autorités intérimaires sont prévues là où il n’y a pas l’Etat malien alors que Gao est bel et bien administré par l’Etat central de Bamako.

La jeunesse de Gao est jalousée dans sa réaction forte et défenderesse par leurs cousins de Tombouctou qui pour l’instant n’ont manifesté ni approbation ni désapprobation de cette décision.

Tombouctou qui a pâti de l’occupation jihadiste avec des amputations, des lapidations et autres châtiments publics infligés à ceux qui aux yeux des occupants ne se conformaient pas au diktat des obscurantistes à la barbe fournie et au pantalon court.

La salve la plus féroce vient de la Convention Nationale pour une Afrique Solidaire, le parti de Soumana Sacko qui a rendu publique sa réponse à une lettre du Médiateur de la République l’invitant à le rencontrer pour échanger sur la Conférence d’entente nationale qui, tout semble l’indiquer, fera adopter par les acteurs de la classe politique le partage du Mali, acté dans l’accord d’Alger.

L’ancien Premier ministre se fend ainsi d’un refus poli mais cinglant qui dénonce le partage du Mali en des termes sans équivoque en dénonçant l’Accord d’Alger qui «viole la Constitution de la République du Mali, y compris le caractère républicain, démocratique, unitaire et laïc de l’Etat, mais représente aussi une prime à la rébellion armée, au jihadisme et au crime organisé ainsi qu’une menace grave pour l’unité nationale et l’intégrité territoriale de notre pays».

Dans l’œuvre de Claudel, Mesa, jeune homme en proie aux turbulences de l’amour d’une femme dit ceci : «Il n’y a pas moyen de vous donner mon âme, Ysé. Je sais que vous ne m’aimez pas» ! Ce cri pourra être aussi celui des populations et notamment des jeunes lorsqu’éclateront sans nul doute des mouvements de révolte face aux autorités intérimaires à Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni.

Mais aussi dans l’ensemble du pays puisque le peuple se mettra débout sur les remparts pour dénoncer le partage du Mali et défendre l’unité de la nation.

Olivier Haudet

Source : aBamako

aBamako