Chronique satirique: comment les bandits armés ont transformé l’Etat en vache laitière

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S’il y a quelqu’un qui adore se payer la tête des Maliens, c’est bien la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA). Ce regroupement de bandits armés (il paraît que ces mots ne conviennent plus en période de réconciliation nationale) prétend gérer l’Azawad alors qu’il ne saurait même pas, en cas de besoin, gouverner un enclos de chèvres. La raison ? Simple comme bonjour: ces gens-là ne savent rien faire de leurs dix doigts et préfèrent vivre sur le dos des autres. Ils ont trouvé en l’Etat malien un client docile à souhait qu’ils se sont hâtés de transformer en vache laitière. Pourquoi se fatiguer à cultiver la terre ou à creuser des puits sous le chaud soleil quand il suffit de secouer le turban pour que l’Etat accoure avec du gâteau au miel et du pain au raisin? Pour illustrer mon propos, il me suffira de signaler le cas d’Algabass Ag Intallah: cet ancien ami du chef terroriste Iyad Ag Ghali est aujourd’hui le grand manitou de la CMA. Lui et ses hommes interdisent Kidal à l’administration et à l’armée malienne au motif que cette ville sert de capitale à l’Etat indépendant de l’Azawad. Fort bien. Mais par quelle magie le même compère jouit-il de la qualité et des avantages de député du Mali ? Et ce n’est pas tout!

Quand approchent les fins d’année, Algabass et les siens inventent, comme l’an passé, un soi-disant Forum de Kidal. Et qui paie les frais de ce grand bavardage? L’Etat laitier du Mali, pardi! Et à coup de centaines de millions, s’il vous plaît ! A la place de notre ami Algabass, qui voudrait la fin de la crise du nord ?

Rappelez-vous une belle disposition des accords dits de paix: quand ils aboutiront, le trésor public malien devra verser bon an mal une pluie de milliards sur l’Azawad en vue, selon les mots convenus, de « réduire le retard de développement de ces zones sur le reste du pays ». Comme si à Ségou ou Kayes, on vivait de nectar concentré !

Ma conviction est faite depuis longtemps : les accords de paix ne sont que de la poudre de perlimpinpin. Qu’elle les ait signés ou ou non, la CMA ne désarmera pas ni ne se laissera cantonner par qui que ce soit. Son programme de base consiste à inscrire le processus de paix dans l’éternité et, en attendant, de transformer le doux Etat malien en vache laitière. Tenez! La CMA tire la moitié de ses revenus de la taxe perçue sur les convois de drogue qui traversent le désert malien. L’autre moitié provient de la protection armée qu’elle offre aux narcotrafiquants. Moyennant quoi, ses combattants sont payés à prix d’or et rubis sur l’ongle. Cerise sur le gâteau, ces derniers viennent de prendre leurs quartiers dans l’ancien camp militaire malien de Kidal dont les locaux ont été transformés en habitations gratuites. Dès lors, comment convaincre ces bienheureux combattants de déposer les armes pour se contenter du maigre salaire de policier, de garde ou de soldat malien?

On me répondra que par le passé, des accords de paix ont été conclus avec ces braves gens qui sont « Maliens comme tout le monde ». Fadaises ! Que sont donc devenus ces fameux accords de Tamanrasset et compagnie? Et si ces bonshommes sont vraiment des « Maliens comme tout le monde », pourquoi se réclament-ils de l’Etat de l’Azawad ? Pourquoi fêtent-ils, chaque année, l’anniversaire de l’offensive lancée contre les troupes maliennes en janvier 2012 ?

J’entends les poètes romantiques de l’ONU raconter que les animateurs de la CMA sont de paisibles bergers avec lesquels le Mali devrait dialoguer, mais que tout dialogue est exclu avec les « groupes terroristes ». Discours bidon! Je m’en vais vous dire une bonne chose : entre la CMA, le groupe Ançar Eddine et AQMI, il existe depuis toujours un réseau de vases communicants très perfectionné. Le Ag ou le Ould Machin que vous voyez sous le drapeau de la CMA le matin est celui-là même qui, la nuit venue, attaque Nampala ou Diabaly au nom des « terroristes » d’AQMI ou d’Ançar Eddine. Pour entretenir la confusion, nos compères se sont entendus pour maintenir théoriquement en vie le Front de Libération du Macina alors que le prétendu chef de ce Front, le prédicateur Amadou Kouffa, est mort de sa belle mort depuis la nuit des temps. Blague à part, comment feriez-vous la différence entre le bon et le mauvais homme enturbanné dans une zone où il n’y a ni Etat ni pièce d’identité ? Dans un désert où tout le monde est berger le jour et tireur d’élite la nuit ? A moins de jeter des cauris… Or, à ma connaissance, il n’y a pas d’institut de divination sous nos tropiques!

Alors, quelle solution? Nous devons dire adieu aux accords de paix pour reconquérir de force les deux tiers Nord du pays. A cette fin, il nous faut forger une nouvelle armée et obliger notre pléthore de généraux et de colonels à s’installer au nord. Ladji Bourama devrait aussi réhabiliter la loi martiale et faire pendre quiconque abandonne le champ de bataille. Eh oui! Pour mettre fin aux désertions massives de ses troupes face aux puissantes hordes hitlériennes, Staline a fait liquider 37.000 soldats déserteurs russes. Pour couronner le tout, Ladji Bourama devrait ériger Gao ou Tombouctou en capitale du Mali et y transférer les services publics. En un mot comme mille, Ladji Bourama doit décréter la « mobilisation nationale », une expression que la Constitution n’a pas mentionnée mais qui signifie ce qu’elle signifie.

Tiékorobani

Source : aBamako

aBamako

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