Regards croisés sur la journée du 8 mars : Honorable Oumar Mariko, député élu à Kolondiéba « Un bilan pas flatteur »

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Le 8 mars c’est cette journée qui a été dédiée aux femmes grâce au mouvement communiste international, un combat qui a eu lieu en Union soviétique. Au Mali, le problème du combat en faveur des femmes s’est posé avec l’Union nationale des femmes du Mali qui vu le jour avant l’UDPM et qui défendait les problèmes spécifiques des femmes a expliqué.

Les femmes ont travaillé énergiquement à l’évènement de la démocratie dans notre pays, mais quand on regarde la situation telle qu’elle est aujourd’hui, les femmes maliennes n’ont pas été mises à contribution à hauteur de souhait. Elles n’ont pas été mises à la place qu’il faut. Quelques retouches ont permis de mettre quelques femmes au gouvernement et à d’autres postes de responsabilités. On s’est enorgueilli mais c’est absolument rien du tout par rapport au combat des femmes. Les politiciens à la recherche des voix les surexploitent.
On s’interroge si l’ère démocratique a été même meilleure aux différentes ères qui l’ont précédée par rapport à la promotion des femmes. Le bilan démocratique sur la promotion des femmes n’est pas un bilan flatteur. On parle plus de folklore que de l’essentiel pour les femmes. L’essentiel pour les femmes, à mon sens, c’est des questions d’eau et d’électricité, scolarisation des filles, d’emploi, d’accès à la terre pour leur autonomisation etc. Aujourd’hui, comment peut-on parler de combat pour la promotion des femmes dans une République où on a peur de parler de l’adoption d’une loi contre l’excision ?
Honorable Coulibaly Maimouna Dramé, secrétaire parlementaires
« Il y a plus en plus de volonté politique en faveur de la politique genre et elle a été concrétisée en 2015 par Loi N° 2015-052 du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives »
Le 8 mars pour moi c’est la journée internationale des femmes célébrée dans le monde entier pour magnifier tous les efforts fournis des femmes, commémorer les acquis et se prononcer sur les perspectives. Une participation accrue des femmes au développement socio-économique de leur pays. Je pense la célébration du 8 mars apporte beaucoup dans la politique genre au Mali. Si on se réfère de l’indépendance à maintenant, beaucoup de choses ont été faites. De plus en plus les femmes aussi bien que les hommes prennent d’avantage conscience du rôle éminemment important des femmes, la place qu’elles occupent ou qu’elles doivent occuper dans le tissu social de notre pays.
Aujourd’hui, les femmes occupent plus des postes de responsabilités. Il y a plus en plus de volonté politique en ce sens et elle a été concrétisée en 2015 par Loi N° 2015-052 du 18 décembre 2015 « instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives ». Cette loi donne 30% aux femmes sur toutes les fonctions ci-indiquées. Elle vise à réduire les inégalités de représentation aussi bien des femmes que des hommes et constitue une étape importante franchie pour accroître de manière significative le nombre de femmes dans les sphères de décision.
Cette loi a favorisé l’émergence des femmes les listes des partis politiques lors des élections communales de novembre 2016. Donc on peut dire que c’est une avancée considérable par rapport aux élections de 2009. En 2009, les femmes élues étaient de 8,3% et avec l’entrée en vigueur de la loi 052, en 2016 les femmes occupent 25,6%. C’est une avancée notoire à saluer et à encourager. Ensuite il y a eu 33,4% de taux de participation des femmes aux élections communales de 2016.
Mme Touré Oumou Dao, chef de service local de la promotion de la femme et de l’enfant et de la famille en commune IV : « Aujourd’hui, c’est un grand engouement autour de la célébration du 8mars ».
« Le 8 mars est une fête internationale, qui se célèbre dans tout le monde. Ici au Mali, nous avons commencé à le fêter depuis 1994. Au début ça ne pas été compris par les femmes en grande partie. Elles refusaient de venir le célébrer dans des manifestations organisées à cet effet. Mais, au fil des années, nous constatons qu’elles se mobilisent en nombre autour de cette célébration. Chose qui leur a permis de connaitre leurs droits et de les défendre.
Vu l’engouement suscité autour de la célébration du 8 mars, à impliquer toutes les associations féminines dans l’organisation, non pas par mauvaise volonté, mais un débardage. Ce que nous avons recherché jadis longtemps, dans la célébration de la femme malienne, à travers cette journée est en train de se réaliser. Puisse qu’aujourd’hui beau nombre de femmes maliennes se battent pour leur propre développement et épanouissement. Ce fait que nous une certaine émergence d’elles dans la vie socio-économique du pays ».
Ousmane Kouyaté, de la direction régionale de la femme, de l’enfant et de la famille du District de Bamako : « La célébration du 8 mars a beaucoup contribué à révolutionner la vie de la femme »
« Le 8 mars est un évènement très important dans la vie des femmes. C’est une activité qui marque une certaine révolution dans l’histoire des femmes. Du fait qu’il est célébré dans tous les pays, explique son importance et surtout son caractère sacré. C’est une occasion pour elles de faire le bilan des activités menées, tout en mentionnant les forces et les faiblesses. Egalement, à travers sa célébration, les femmes jettent des bases en termes des perspectives, allant en droite ligne de leur promotion ».
Mariam Coulibaly, pharmacienne : « je pense que notre pays doit faire des efforts dans la lutte contre les violences faites aux femmes »
« Le 8 mars est une journée spécialement dédiée aux femmes à travers le monde. Ce qui est une initiative vraiment salutaire car nous les femmes africaines souffrons beaucoup en silence. La journée doit être une occasion de parler et de débattre de tous les maux dont souffre la femme. Notre pays fait un peu d’effort en la matière. Car depuis quelques années déjà, les plus hautes autorités ont crée un ministère consacré à la femme et à l’enfant. Mais il reste beaucoup à faire.
Et nous restons encore confrontés à des pratiques anciennes qui font souffrir les femmes. Et du coup peuvent être considérés comme des violences. On est un vieux pays très rattaché aux traditions. Chose qui n’est pas mauvaise en soi, sauf que même les traditions ont des bons cotés comme des cotés dépassées aussi. Nous devons revoir ces pratiques afin de conserver le coté qui nous arranges. Je pense que notre pays doit et peut mieux faire dans la lutte contre les violences faites aux femmes ».
Moussa Mariko, professeur de Lycée : « la femme est la mère de l’humanité, on lui doit amour et protection »
« Dans un monde ou l’on côtoie de plus en plus la violence, la célébration de cette date est une grande opportunité pour chacun de nous pour protéger la femme et la petite fille. La femme est la mère de l’humanité, on lui doit amour et protection. Je trouve qu’on n’en fait pas assez pour elles quand on voit à travers le monde toutes ces femmes et tous ces enfants qui souffrent sur les théâtres de conflits et parfois même en tant de paix sans que personne ne lève le petit doigt.
Chez nous, la question des violences faites à la femme n’est pas assez débattue à cause des raisons que tout le sait. Il faut que l’Etat s’assume. On ne peut pas s’engager à travers la signature des documents dans le sens de la protection de la femme et ne pas pouvoir mettre ça en pratique. Il y a de grands efforts à faire de ce coté. Par ailleurs, la protection de la femme, c’est du rôle de chacun de nous. Soit on le fait de plein gré ou on sera un jour obligé de le faire pour protéger un proche. Au fait c’est juste une question de jour souvent ».
Promotion de la femme : Quand le folklore masque l’essentiel
Selon l’honorable Oumar Mariko, on ne peut pas parler du combat pour la promotion des femmes dans une République où on a peur de parler de l’adoption d’une loi contre l’excision
En prélude de la journée du 8 mars célébrée chaque année, nous avons rencontré l’honorable Oumar Mariko à l’hémicycle. Il nous a donné ses impressions sur la question de la promotion de la femme au Mali. Dans un entretien à cœur ouvert, Dr Oumar Mariko nous explique le symbolisme de la journée du 8 mars, les tares dans la promotion du genre, l’incohérence des chefs religieux sur la question de l’excision, l’instrumentalisation de la promotion des femmes par les politiques, entre autres. Lisez plutôt.
Le 8 mars, dira l’honorable Oumar Mariko, c’est cette journée qui a été dédiée aux femmes grâce au mouvement communiste international, un combat qui a eu lieu en Union soviétique. Dans ce combat, selon lui, qui a été magnifié par des combats en faveur des femmes en Europe et aux Etats Unis, les Etats africains n’avaient pas figuré, mais plus tard chaque pays a essayé de se consacrer à la promotion des femmes, étant donné que c’est une journée consacrée aux femmes dans le monde entier. C’est à l’époque de l’union soudanaise RDA que les femmes avaient été mises relativement à contribution. Au Mali, le problème du combat en faveur des femmes s’est posé avec l’Union nationale des femmes du Mali qui vu le jour avant l’UDPM et qui défendait les problèmes spécifiques des femmes a expliqué.
L’honorable Oumar Mariko reconnait que les femmes ont travaillé énergiquement à l’évènement de la démocratie dans notre pays, mais déplore tout de même que quand on regarde la situation telle qu’elle est aujourd’hui les femmes maliennes n’ont pas été mises à contribution à hauteur de souhait. « Elles n’ont pas été mises à la place qu’il faut. Quelques retouches ont permis de mettre quelques femmes au gouvernement et à d’autres postes de responsabilités. On s’est enorgueilli mais c’est absolument rien du tout par rapport au combat des femmes. Les politiciens à la recherche des voix les surexploitent », a indiqué Oumar Mariko.
Un bilan pas flatteur : L’élu de Kolondiéba s’interroge si l’ère démocratique a été même meilleure aux différentes ères qui l’ont précédée par rapport à la promotion des femmes. Le bilan démocratique sur la promotion des femmes, selon lui, n’est pas un bilan flatteur. Oumar Mariko estime qu’on parle plus de folklore que de l’essentiel pour les femmes.
L’essentiel pour les femmes, selon lui, c’est des questions d’eau et d’électricité, scolarisation des filles, d’emploi, d’accès à la terre pour leur autonomisation etc. Il soutient qu’il y a plus de débats que du concret pour la promotion des femmes en fustigeant qu’on a même peur de parler de la lutte contre l’excision en République du Mali.
Selon lui, on ne peut pas parler du combat pour la promotion des femmes au Mali quand on a peur de parler de l’interdiction de l’excision au Mali dont l’amalgame est fait tantôt avec la tradition, tantôt avec la religion musulmane. A en croire Oumar Mariko, le phénomène n’est rien d’autre que la tradition qui n’est même pas respectée dans ses fondements mais qui se ramène aujourd’hui uniquement à la question de la mutilation. Il dit retenir que la question de l’excision est une question purement traditionnelle et loin d’être religieuse.
Si elle est religieuse, dira-t-il, la religion musulmane est venue trouver que la pratique de l’excision existait bel et bien dans certains milieux. Il dénonce l’incohérence de certains leaders religieux qui, en prônant la pratique en constituent l’obstacle à son interdiction dans notre pays. « Je pense qu’on doit examiner la question d’un point de vue traditionnel et d’un point de vue de la connaissance. Après avoir appris de la science ce qu’est la mutilation génitale féminine, comment peut-on prôner la pratique avec ses méfaits », s’est-il interrogé.
L’honorable Oumar Mariko s’en prend également aux politiques. Pour lui, la question de l’excision est devenue un combat de positionnement politique et social dans notre pays. « Tous ces gens qui se mobilisent pour la question de l’excision, pour l’excision, contre l’excision, tu ne les vois jamais lorsqu’on retire à des familles entières leurs terres et les femmes tombent dans la déchéance. Personne n’en fait un problème », fustige-t-il.
Pour lui, on a décrété ici la gratuité de la césarienne, mais il n’y a plus de gratuit dedans. Selon lui, la césarienne sans la prise en charge de la CPN qui peut donner l’indication chirurgicale ce n’est plus la peine. Il préconise des mobilisations pour l’accès des femmes à des centres de santé dans les zones rurales, des efforts pour des consultations prénatales, sans lesquelles, évidement la femme va mourir de sa belle mort sans attendre sa césarienne.
Discours sans contenu : Par rapport à la commémoration de la journée du 8 mars dans notre pays, Oumar Mariko dira que c’est une journée de folklore pour quelques femmes dites émancipées qui entretiennent le système politique. « Ce n’est pas un 8 mars pour les femmes ouvrières, ce n’est pas un 8 mars pour les femmes paysannes, les femmes chômeurs, les femmes analphabètes, mais un 8 mars d’instrumentalisation de celles-ci par une élite de femmes au service du système politique actuel » souligne-t-il, avant de préciser que le 8 mars pour le Mali, c’est un non-sens puisque c’est ramené à une dimension folklorique qui n’édifie pas les femmes, qui ne les aide pas, qui ne les élève pas.
« C’est pourquoi, nous au parti SADI, nous avons décidé de donner un contenu au 8 mars. Le 8 mars passé, nous avons mobilisé à peu près 500 femmes et nous avons fait un exposé sur les problèmes auxquels elles sont confrontées. Nous allons parler de la vie d’Awa Keita, les réalités du 8 mars, planter des idées à l’assaut de la citadelle actuelle qui malheureusement est garantie par les décideurs. C’est pourquoi, il existe, chez nous, une ligue des femmes appelée ligue Awa Keita des femmes du parti SADI.
Cette année nous allons célébrer le 11 mars et comptons mobiliser plus 2000 femmes. Et c’est des femmes qui ne s’intéresseront pas à la tenue du 8 mars pour commémorer cette journée. Nous au parti SADI on est à l’abri des querelles de tenue du 8 mars. Le 8 mars, les femmes doivent être debout, elles doivent cesser d’être des éternelles porteuses d’eau. Il faut que des efforts soient faits pour des forages, des adductions d’eau. Elles doivent dire non aux facteurs qui le maintiennent dans les conditions difficiles. Il faut que les femmes aient accès aux terres. Il faut que les filles aillent à l’école. Pourquoi ne pas décréter que toutes les filles aillent à l’école à la charge de l’Etat. Pourtant cela est bien possible.
Ensuite qu’il ait de l’emploi pour les femmes, des centres de santé pour les femmes. C’est des revendications comme cela que les femmes qui organisent le 8 mars doivent mettre à l’honneur plutôt que de faire des discours sans contenu. C’est injuste de maintenir certaines couches de femmes dans les conditions où elles se trouvent aujourd’hui. Il faut faire un tour dans les quartiers comme Dialakorodji, dès le mois d’avril de 20h à 03 h du matin elles sont au bord du puit. Dans d’autres milieux c’est pareil. Dans ces conditions, le gouvernement malien doit avoir honte de célébrer le 8 mars, la classe politique doit avoir honte », a conclu Oumar Mariko.
Daniel KOURIBA

Source : aBamako

aBamako

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