Crise du football malien : Une prise en otage qui ne dit pas son nom !

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La récente décision du Ministre des Sports en date du 08 mars de retirer la délégation sportive au bureau de la fédération malienne de football, donc à sa dissolution fait couler beaucoup d’encre et la secousse a été  ressentie jusqu’au sein de l’instance internationale la FIFA. Les conséquences d’une telle décision risquent d’être très lourdes et catastrophiques pour le football malien, qui peuvent aller jusqu’à une suspension de toutes compétitions par les instances internationales, la CAF et la FIFA.

Quels sont donc les dessous de la décision du Ministre des sports de dissoudre la Femafoot à quelques mois de la fin du mandat du bureau fédéral en octobre de 2017 en toute connaissance des règles de la FIFA, des décisions déjà prises par l’instance internationale et du camouflet à lui infligé par le même organe il y a à peine quelques mois?

En se posant les bonnes questions, on trouvera les bonnes réponses, sans passion, ni parti pris, du moins lorsqu’il s’agit de défendre l’intérêt général, l’intérêt supérieur du football malien; on parle de CRISE DU FOOTBALL MALIEN, bien sûr, une crise créée et entretenue par la conspiration du silence pour faire main basse sur l’argent de la fédération qui doit servir à développer le football malien, les infrastructures des clubs, oui c’est de cela dont il s’agit et rien ne nous empêchera de le dire!

2018 approche et pour satisfaire des intérêts partisans, le Ministre est prêt à sacrifier le football malien et cela avec l’aval silencieux, mais complice et lourd des plus hautes autorités à des fins non avouées et cela est inadmissible!

Avant d’évoquer la genèse et l’évolution de ce qui est devenu une CRISE PROVOQUÉE ET ENTRETENUE, il convient d’apprendre à connaître le bilan de la fédération malienne de football entre Octobre 2013 et Mars 2016:

 

DES PERFORMANCES AU PLAN SPORTIF

– Le bilan, il est globalement et largement positif, le meilleur d’une fédération si l’on prend en compte les performances de l’ensemble des sélections nationales:

– qualification à  toutes les phases finales des compétitions 2015- 2017 africaines avec des fortunes diverses (Aigles du Mali A, Aigles du Mali U20); les performances de ces deux sélections nationales ont été décevantes en 2017;

– Vainqueur de la coupe d’Afrique des Nations 2015 U17 au Niger, finaliste, vice-champion de la Coupe du monde au Chili la même année (une première mondiale) avec le titre de meilleur gardien de but attribué à Samuel Diarra;

– Troisième place coupe du Monde U/20, avec le titre de meilleur joueur attribué à Adama Traoré;

– Finaliste CHAN 2016,

– Finaliste tournoi UEMOA à 2 reprises;

– La sélection nationale U17 est actuellement qualifiée pour la Coupe d’Afrique des Nations 2017, elle a également été Vainqueur de différents tournois des jeunes…

– La sélection nationale féminine des Aigles du Mali a participé à la CAN 2016 au Cameroun;

 

DES RÉALISATIONS D’INFRASTRUCTURES

– De 2013 à 2016, les terrains des stades municipaux de Kati, de Kita, de Barouéli, du stade de l’AS SABANA de Mopti ont eu des pelouses gazonnées, la clôture du Stade de Kolondieba a été effectuée; donc ce sont les ligues régionales de Football de Koulikoro, de Kayes, de Segou, de Mopti et de Sikasso qui ont bénéficié du programme d’investissement de la Femafoot sur les ressources financières du sponsoring et des droits télévisuels;

– Les terrains des complexes sportifs suivants ont été electrifiés afin de permettre aux clubs de ligue 1 d’améliorer leur temps d’entraînement afin d’être plus compétitifs dans les compétitions africaines, le constat a été fait que nos équipes pêchent souvent à un certain niveau de compétition par manque de fraîcheur physique:

Complexes sportifs Fousseyni Diarra de Sotuba (Stade Malien de Bamako), celui de Heremakono  (Djoliba AC), de l’AS RÉAL de Bamako, des Onze Créateurs de Niarela, de l’ASB;

– Dans le cadre du programme GOAL sur financement de la FIFA,

à hauteur d’un montant de 1.200.000.000 de fcfa (1milliard deux cent millions de fcfa) les stades de trois régions du Nord du Mali devraient bénéficier de gazon synthétique de dernière génération dont celui de Tombouctou déjà réalisé, celui de Gao en cours et celui de Kidal en attente en raison de la situation  sécuritaire sur place.

Pour tous les observateurs avertis, une tendance se dessinait lors de l’émission FORUM DE LA PRESSE de l’ORTM du 3 janvier 2016, lorsque le Ministre des Sports fut interpellé à propos de la crise du football malien;

Que fallait-il retenir de cette intervention de l’autorité de tutelle lors de cette émission?

Des contradictions, une indécision qui frisait le ridicule sous couvert de pourparlers entre les parties.

– Contradiction lorsque le ministre lui-même reconnaissait le comité exécutif de la Femafoot comme la seule instance décisionnelle et en même temps affirme que l’État prendra ses responsabilités en cas de défiance d’un côté comme de l’autre!!! Il se trouve que le comité exécutif avait décidé de la reprise du championnat national à l’époque, la logique aurait voulu que l’État accompagnât cette reprise dans le sens de l’intérêt général, hélas non!

Il est également permis de douter lorsque le ministre affirmait qu’il était neutre dans cette affaire; encore que neutralité n’est pas synonyme d’irresponsabilité lorsque c’est l’argent du contribuable qui est utilisé pour financer les fédérations nationales; de ce point de vue, il appartient à l’État à travers le ministère de tutelle qu’est le département des Sports de préserver et sauvegarder l’intérêt général et l’ordre public. Il était désespérant d’entendre le ministre des Sports marteler qu’il était neutre dans la prise de décisions alors qu’il reconnaissait dans le même temps le comité exécutif comme seule instance représentative jusqu’à preuve du contraire, Allez-y comprendre quelque chose!!!

– Oui ou non, il existe un bureau fédéral élu pour un mandat de quatre ans avec un comité exécutif qui est l’instance décisionnelle en matière de compétitions sportives?

– Oui ou non ce comité exécutif fonctionne selon des textes?

– Oui ou non des clubs et des personnes ont été sanctionnés en application de ces textes après un vote dans les règles?

– Oui ou non la FIFA est déjà intervenue pour trancher le litige qui était porté devant ses instances et qui a bien validé  les sanctions prises par le comité exécutif?

Le ministre parlait de conflits d’intérêt sans préciser de quoi il s’agissait exactement…

Par la suite, Le Ministre des Sports s’est déplacé jusqu’au siège de la FIFA dans le but de retirer la délégation de pouvoir au président de la FEMAFOOT;

Cela avait été décidé après une communication verbale du ministre sur ce sujet lors du Conseil des  ministres du 18 octobre dernier en ces termes:

… “Pour éviter tous les désagréments au football malien, qui connait du reste des résultats probants ces dernières années, le département des Sports suggère le retrait de la délégation de pouvoir conformément à l’article 49 du Décret N°98-215/P-RM du 2 juillet 1998 régissant les activités physiques et sportives et l’article 5 de l’Arrêté N°98-1574/MS-SG du 28 septembre fixant les conditions d’attribution et de retrait de la délégation de pouvoir aux fédérations sportives”.

Mal lui en a pris, il aurait dû réfléchir avant de se lancer dans cette aventure périlleuse, honteuse, ridicule: Non seulement il n’a pas été reçu avec ses conseillers dans un premier temps par la FIFA, de plus, il eût fallu que l’instance suprême demandât au président de la FEMAFOOT s’il voulait qu’elle reçut le ministre, à la condition que ce dernier fut présent;

 

Le ministre des sports eut ensuite la désagréable surprise de s’être vu infliger une fin de non-recevoir pour toutes ses doléances et une mise en garde sans ambiguïté de la part de la FIFA de suspendre immédiatement le Mali de toutes les compétitions dès l’instant où le ministre décide de retirer la délégation de pouvoir au président de la FEMAFOOT!!!

Ce déballage devant l’instance du football mondial en appelle à des questions:

1- Qu’est-ce qui pousse le Ministre des sports à vouloir s’acharner contre le bureau fédéral dont le mandat court jusqu’en octobre 2017?

2- pour qui roule Housseini Amion Guindo dans cette affaire après l’épisode de l’intervention du président de l’assemblée pour trouver un arrangement et un apaisement des tensions qui persistaient et prenaient le football malien en otage? De celui très récent du président du Haut Conseil Islamique?

3- Un ministre de la République défend-t-il l’intérêt général, une fédération qui a été élue ou s’occupe d’intérêts personnels, de situations personnelles (cas des dirigeants suspendus) de contestataires, de protestataires, qui n’ont aucun mandat pour nier la légitimité du bureau fédéral en place? Où est l’État de Droit?

 

GENÈSE ET ÉVOLUTION DE LA CRISE CRÉÉE ET ENTRETENUE AU SEIN DU FOOTBALL MALIEN

Pour savoir et comprendre, il faut rappeler que l’actuel comité exécutif de la Fédération Malienne de football avec à sa tête le Général Boubacar Baba Diarra a été élu dans les règles selon les voies démocratiques au mois d’octobre 2013 à Mopti dans la Venise malienne et ce, en présence des représentants de la Confédération africaine de football et de la FIFA;

Depuis cette élection qui n’était pas du goût de certains dirigeants, des manœuvres  ont été entreprises pour mettre des bâtons dans les roues du comité exécutif; sans faire de parallèle,  tout se passe comme si l’opposition républicaine cherchait à renverser le Président de la République élu pour un mandat de 5 ans ou demandait sans cesse sa démission  par un harcèlement constant, en y arrivant pas, elle s’auto proclame gouvernement à la place de l’exécutif légitime.

 

Une première crise évitée au mois de novembre, soit 1 mois après la mise en place du bureau de la Femafoot, lorsque 6 présidents de Clubs de ligue 1 ont menacé de se retirer du championnat à partir de la 2ème journée; dans leurs doléances, ils réclamaient pratiquement le doublement de la subvention que le sponsor Orange Mali allouait aux clubs, de 16 à 30 millions de FCFA et des mesures sécuritaires pour assurer le déplacement des équipes qui devaient aller jouer à Tombouctou;

D’autres actes de déstabilisation ont été posés par les perdants: des accusations de détournements de fonds, de fraudes, de surfacturations par le Président du CS DUGUWOLOFILA qui a demandé la destitution du président de la fédération;

Ce dernier, convoqué pour apporter les preuves de ses accusations et n’ayant pas répondu aux différentes convocations a été sanctionné par le comité d’éthique de la fédération; par la suite une intervention du Ministre des Sports a permis la levée de cette sanction;

Les accusations portées devant le tribunal de la commune III et après des investigations menées par la Brigade spécialisée du pôle économique ont été classées sans suite car les preuves n’ont jamais été apportées;

La crise atteint une nouvelle escalade lors de l’assemblée générale du 10 janvier 2015, lorsqu’une partie des délégués présents a quitté la réunion pour se retrouver dans une autre salle dans le but de constituer un comité exécutif parallèle et qui décide de saisir la FIFA après en avoir informé le Ministre des Sports qui ne dit rien;

On connaît la réponse de la FIFA qui a infligé un camouflet cinglant  à ce bureau auto proclamé et qui ne reconnaît que le comité exécutif présidé par Boubacar Baba Diarra.

 

À partir de là, les frondeurs, protestataires et contestataires se radicalisent, poursuivent et entreprennent d’autres manœuvres de déstabilisation; des clubs refusent de jouer les matchs de championnat et tombent sous le coup de l’application de l’article 38 du règlement spécial du championnat national de Ligue 1:

“Tout club ayant déclaré trois forfaits, consécutivement ou non, en championnat national sera déclaré forfait général. Tout Club déclaré forfait en première phase est automatiquement relégué en division inférieure.

Ce règlement spécial avait été rédigé et sa validation actée par tous les secrétaires de toutes les équipes de ligue 1;

Ainsi, le Djoliba AC, le COB, le CSK et l’avenir Club de Tombouctou tombaient sous l’application de l’article 38 du règlement spécial et étaient relégués en 2ème division.

La suite, ce sont des actes de défiance, de bravade de l’autorité de l’État, d’occupations illégales des locaux de la Femafoot, de procès et de recours devant la FIFA et le Tribunal arbitral des Sports; Des personnes ont décidé de prendre ce football en otage pour des intérêts sordides et égoïstes, dans un mépris total des textes et règlements en vigueur et c’est dommage;

La FIFA a fixé un ultimatum au Ministre des sports pour rétablir la Femafoot, WAIT AND SEE!

Sory Ibrahim Sakho

 


Source : Maliweb

Maliweb