Le 22 mars 2012-22 mars 2017 : il ya cinq ans déjà !

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Cinq ans jour pour jour, des soldats de Kati manipulés par certains hommes politiques que nous connaissons ont renversé un président démocratiquement élu, à 2 mois des élections présidentielles, plongeant le Mali dans l'incertitude totale. L'armée malienne est engagée depuis le 17 janvier 2012 dans une guerre dans le Nord du pays contre les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad et contre les djihadistes d'Ansar Dine et AQMI. L'armée subit plusieurs revers, elle souffre d'un manque de moyens par rapport aux Touaregs qui bénéficient d'un important matériel et d'armes lourdes récupérées à la suite de la chute de Kadhafi en 2011. Le moral des troupes est au plus bas, les officiers supérieurs sont soupçonnés de népotisme, de favoritisme et de corruption, de détourner l'argent destiné à l'équipement militaire alors que le salaire d'un soldat de base est de 40 000 francs CFA (60 euros) par mois.

Fin janvier et début février, des manifestations de femmes de militaires réclament des «munitions pour leurs hommes». À un mois d'échéance des élections présidentielles, l'autorité du président de la République, Amadou Toumani Touré, qui a annoncé qu'il ne se représenterait pas, est remise en cause. Les sources s'accordent à dire que le coup d'État n'a pas été préparé à l'avance, mais est le fruit d'une escalade d'évènements.

Le 21 mars, Sadio Gassama, ministre de la Défense et des Anciens combattants, et le général Gabriel Poudiougou, chef d'état-major général des armées, se rendent au camp militaire Soundiata Keïta à Kati pour évoquer l’évolution de la situation au Nord du Mali. Ils sont pris à partie par des militaires mécontents, essuient des jets de pierre, leurs gardes du corps tirent en l'air pour pouvoir s'enfuir.

Les militaires en colère se dirigent alors vers l'armurerie et font main basse sur armes et munitions. Ils s'emparent de quatre automitrailleuses BRDM-2 et de deux transports de troupe BTR-60 stationnés à Kati, puis partent vers la capitale. À 15 h 30, ils attaquent la présidence : les bérets rouges, parachutistes qui forment la garde d'Amadou Toumani Touré, résistent jusque vers 21 h où l'enceinte du palais est forcée : les mutins ne peuvent mettre la main sur le président qui a été exfiltré vers 18h, les bâtiments sont alors pillés et partiellement incendiés.

En fin d’après-midi, une centaine d'hommes investissent le bâtiment de l’Office de radiodiffusion télévision malienne (ORTM) au centre de Bamako. La radio nationale suspend ses programmes. En soirée, une mutinerie éclate également à Gao, siège du commandement des opérations militaires contre les rebelles du Nord, des officiers loyalistes sont emprisonnés. Les soldats envoyés au Nord se plaignent des «évacuations préventives» des camps militaires présentées par le gouvernement comme «une stratégie de protection» de la population civile.

Les mutins multiplient les arrestations dans la nuit : Adama Sangaré, maire de Bamako, Modibo Sidibé, ancien Premier ministre, Jeamille Bittar, président du Conseil économique, social et culturel (CESC) et candidat de l’Union des Mouvements et associations du Mali (Umam), le feu général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, Abdoul Wahab Berthé, ministre de la fonction publique, Soumeylou Boubèye Maïga, ministre des Affaires étrangères, Sidiki Konaté, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Agatham Ag Alhassane, ministre de l’Agriculture, Marafa Traoré, ministre de la Justice, Mohamed El Moctar, ministre du Tourisme. Les prisonniers sont conduits au camp Soundiata Keïta de Kati devenus le siège du putsch.

Le 22 mars, les mutins, constitués en Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDR ou CNRDRE), font une déclaration le jeudi matin à 5h à la télévision nationale. Le lieutenant Amadou Konaré, porte-parole du comité, annonce la suspension de la Constitution et la dissolution des institutions de la République. Il justifie le coup d’État par «l'incapacité du gouvernement à donner aux forces armées les moyens nécessaires de défendre l'intégrité de notre territoire national». Il précise que le CNRDR prend «l’engagement solennel de restituer le pouvoir à un président démocratiquement élu dès que l’unité nationale et l’intégrité territoriale seront rétablies».

Amadou Haya Sanogo, chef de la junte, annonce l’instauration d’un couvre-feu à partir du jeudi 22 mars. Dans la matinée, plusieurs responsables de la police, dont le commissaire divisionnaire, contrôleur général de la police nationale et des hauts gradés de l’armée sont arrêtés. À 11 h, Amadou Konaré annonce à la télévision nationale la fermeture des frontières. Il ordonne aux militaires de cesser les tirs de sommation et appelle la population à rester chez elle en attendant la reprise du travail mardi matin. À Kayes, des soldats mutins arrêtent le gouverneur de la région et le commandant de cercle. Des scènes de pillages menées par des soldats ont lieu à Bamako. Le CNRDR diffuse à la télévision un nouveau communiqué.

Amadou Haya Sanogo demande à la «population malienne de rester sereine et de garder son calme» assurant que les dispositions sont prises pour «assurer la sécurité des personnes et de leurs biens». Il précise qu'un couvre-feu est décrété à partir de ce jour à 18h.

Dans un communiqué, le parti Yéléma, de Moussa Mara, fait part de sa «consternation» devant le coup d'État et appelle les putschistes à renforcer le dispositif militaire dans le nord du pays et à réaliser l'unité nationale. Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi) publie, le 22 mars, un communiqué rappelant qu'il demandait la démission du président Amadou Toumani Touré depuis le 9 février, et soutenant le coup d'État. Il se propose «d’accompagner le CNRDR, avec les forces vives progressistes, pour sauver le pays».
F.K

Source : aBamako

aBamako

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