La conférence d’entente nationale : La montagne accouche d’une souris

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Tenue du 27 mars au 2 avril 2017 à Bamako dans la capitale malienne, la Conférence d’entente nationale, dans laquelle a été injectée la somme d’un milliard et demi de FCFA, n’a servi à rien. La montagne a tout simplement accouché d’une souris.

Si dans son objet, cette conférence dite celle de l’entente de la nation malienne, devrait réunir toutes les sensibilités du Mali autour des questions brulantes de l’heure dont la crise au Nord, la connotation du mot Azawad, la gestion sociopolitique du pays et bien d’autres, finalement et vu la conduite des débats tout s’est presque relevé décevant. Aussi les parties prenantes de ladite conférence d’entente nationale n’ont pas pris le train ensemble.

A l’ouverture des travaux de la Conférence d’entente nationale, le président de la Commission d’organisation, Baba Hakib Haidara et le président de la république du Mali, Ibrahim Boubacar Keita ont surpris plus d’un avec leurs discours. Il a été possible de comprendre que cette conférence allait dévier sa trajectoire. Le premier a tout simplement démontré qu’il s’agit désormais d’une rencontre au cours de laquelle un processus de conciliation allait être lancé entre les parties signataires de l’Accord pour la paix, issu du processus d’Alger. La question de la gouvernance sociopolitique ne devrait plus figurer à l’ordre du jour. Le second pour fustiger l’opposition va dénaturer le sens même de la rencontre et penser que certains sont mêmes des apatrides. Il s’agit de l’opposition malienne. IBK a affirmé cela compte tenu du fait que la bande à Soumaila Cissé a refusé de prendre part aux travaux. Cela va être médiatisé de façon négative pour que l’opinion nationale haïsse ceux-ci. Par la force des choses « les enfants têtus » comme l’avait affirmé le président IBK à la cérémonie d’ouverture, vont parvenir à faire comprendre, les raisons de leur non-participation à la rencontre. D’une part les compagnons de Soumaila Cissé, chef de file de l’opposition malienne, disent non pas être invités. De l’autre part, ils ajoutent que leurs préoccupations n’ont pas été prises en compte.

Pourtant l’opposition malienne, n’était pas la seule absente au démarrage du « train de la conférence d’entente nationale ». Les mouvements armés, notamment ceux de la CMA (Coordination des mouvements armés de l’Azawad) aussi appelés parties signataires de l’accord de la paix issu du processus d’Alger étaient totalement absents à l’ouverture des travaux. Il a fallu l’implication de la communauté internationale et après la prise en compte de leurs doléances, pour qu’ils décident de monter à bord du train, au 2ème jour des travaux. « Ces enfants gâtés » de la CMA ont réussi encore à imposer leur loi sur cette Conférence. Malheureusement pour les Maliens, les groupes armés venus participer à la conférence étaient là avec l’idée de pouvoir récupérer ce qui n’avait pas été à la signature de l’accord d’Alger. Avec cette idée des rebelles, les Maliens ont compris que cette Conférence en plus d’être une rencontre entre les parties signataires de l’accord pour la paix issu du processus d’Alger, n’allait pas prendre en compte leurs préoccupations majeures. Chose qui d’ailleurs donne raison à la Centrale syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) qui a tout simplement boudé la CEN. Selon eux, cette Conférence ne pouvait nullement être un cadre d’entente tant que la situation socioéconomique du pays n’est pas développée. Si les syndicalistes ne vont pas embarquer dans le train de la conférence, l’opposition du Mali après tant de bruits et de folklore va elle se précipiter à prendre place à bord, à quelques kilomètres de la destination inconnue du train de la Conférence.

Un gâchis ?

Au regard de la qualité même des participants, il mérite de se poser la question de comprendre qui ont vraiment pris part à la conférence ? En tout cas, selon le quota fixé, chaque région du Mali s’est faite représentée par une dizaine de participants issus des organisations de la société civile, de l’administration et d’autres groupements. Seulement est-ce que 10 personnes peuvent valablement représenter une région surtout que le choix des participants a été fait par le gouverneur de chaque région ? Cette conférence devrait être ouverte à tout le monde. Il ne devrait pas y avoir de sélections de participations. Avec cette façon de faire, le gouvernement préfère toujours aller avec ceux qui ne peuvent pas lui rendre les débats difficiles. Chose qui démontre que la conférence d’entente nationale, au lieu d’être un espace de débats a surtout été une sorte de table ronde où les idées se complètent. D’ailleurs, le seul point qui a suscité le débat fut la fameuse appellation « Azawad ». En conclusion de ce débat, trois faits sont ressortis. Au sud, les uns et les autres pensent que c’est juste une appellation territoriale, comme Balazan pour la région de Ségou, Kénédougou pour la région de Sikasso etc… les groupes armés quant à eux pensent que c’est bien une entité géographique déterminant un territoire qui devrait avoir son autonomie. Malheureusement pour eux, les représentants des régions de Gao et Tombouctou n’ont pas vu la chose de cette façon et refuseraient de se faire commander par Kidal, capitale de l’Azawad imaginaire.

Selon bon nombre de Maliens, la conférence d’entente nationale a été un gâchis sur le plan économique. Plus d’un milliard de francs CFA ont été injectés dans l’organisation de cette conférence. Les participants à la rencontre ne voient pas la chose sous cet angle. Avec des primes de participation de plus de 500 000 francs CFA pour certains et plus pour d’autres, les participants vous diront que la conférence fut d’une très grande réussite. Ceux-ci ne pourront jamais voir le manque à gagner pour l’Etat.

Si tel est le cas sur le plan financier, la tenue de la conférence d’entente nationale a une fois de plus reflété que le Mali peut bien sécuriser les grandes rencontres. Cette conférence s’est déroulée sans soucis majeur du côté de la sécurisation des participants.

En conclusion, cette conférence d’entente nationale a permis au Mali de faire des recommandations en vue d’un probable retour de la paix et de la cohésion sociale. Malheureusement, l’énumération de recommandations ne peut jamais être associée à la formulation d’une charte de la paix et de la réconciliation surtout que la conférence de Bamako n’a pas prêté attention aux notions de vérité et de justice. Finalement, la conférence d’entente nationale de Bamako a été un espace de rencontre et de prise de contact entre les parties signataires de l’accord pour la paix issu du processus d’Alger et les autres sensibilités du Mali.

Guedjouma

Source : aBamako

aBamako

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