Guinguin Grin : Bamako au diapason de “lounge attitude”

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Eden du vice (notre invention), est de nos jours l’un des restaurants-lounges les plus huppés de Bamako. Une capitale malienne qui sombre progressivement dans la “lounge attitude”. Situé à l’ACI-2000, le nouveau quartier des affaires de la capitale, c’est un lounge-bar (bar-salon) garantissant une ambiance propice à la détente, aux affaires et aux rendez-vous galants. Un endroit très discret à la lumière tamisée qui a tendance à baisser progressivement au fil de la soirée.

Ici, on se croirait dans un lounge européen tant la décoration des lieux est soignée. Même si des efforts ont été consentis pour éviter le “bling-bling”. Banquettes douillettes, canapés design, tables aux formes originales sont conformes à la zen attitude.

Quant à la cuisine, c’est un véritable melting-pot avec des nems à la crevette et les risottos de girolles qui côtoient habilement le filet de bœuf, les grillades de volailles ou de poissons, tandis que le cheese-cake, l’éclair au chocolat et les quésadillas aux fruits cohabitent pour le plaisir de tous.

“Ici, on vogue au fil des tendances sans avoir de spécialités bien définies”, commente l’ami à qui nous devons le privilège de figurer ce soir parmi cette clientèle VIP. Il faut être généralement un abonné, soit avoir rendez-vous avec l’un d’eux ou être recommandé par un fidèle pour y accéder.

Parmi la carte des boissons servies  figure des champagnes, des spiritueux (whiskies, vodka gin, brandie’s, tequila…), des bières premiums, jazzy signatures, just do it (au gré de l’inspiration du barman), des cocktails classiques (timeless), des cocktails mixology ainsi que des cocktails sans alcool.

Ce soir, nous choisissons un coin très peu éclairé où nous pouvons mieux observer sans trop mettre les clients mal à l’aise. A la sublime hôtesse déterminée à satisfaire tous nos désirs, nous demandons juste un virgin mojito (citron vert, menthe fraîche, cassonade, jus de pomme) que nous sirotons en savourant les romantiques balade de kora et d’autres mélodies acoustiques.

Rien d’autre ?, demande-t-elle, un air coquin qui en dit long sur ses attentes.

– Rien de plus pour l’heure !

Elle reviendra à la charge plusieurs fois au cours de la soirée.

Eden du vice, un vrai espace de détente. Les rares clients en costumes cravates revenaient sans doute directement du bureau.

Un lieu de rendez-vous d’affaires avec des groupes de quatre à six personnes ici et là échangeant sur des dossiers. Aussi un nid d’amoureux avec des couples presque dans la pénombre totale et dans des positions assez suggestives sur le désir ardent qui les brûle.

A l’image de cette superbe gazelle arrivée au même moment que nous dans un rutilant 4×4, dernière série d’une grande marque allemande. Elle était arrivée en hidjab high classe et avait pris une vingtaine de minutes pour refaire son maquillage dans son véhicule. Et c’est dans une superbe robe tailleur rose claire  (certainement portée sous le hidjab) qu’elle fit son entrée nous éclipsant car attirant presque tous les regards masculins.

Sa tenue sexy, sans les dévoiler, était révélatrice de la délicate finesse de ses traits, de ses atouts de femme fatale : callipyge, une poitrine plus que généreuse, un teint à la clarté rehaussée par la robe, et surtout un sourire qui ouvre les porte du paradis sans mourir !
L’heureux élu du jour, la quarantaine élégante dans un Bazin blanc immaculé, serait le responsable de crédit dans une banque. Et notre belle mystérieuse, une redoutable femme d’affaires.

“Beaucoup de gens importants sont aux pieds et mangent dans la main de cette gazelle qui, dans les affaires, est une vraie tigresse”, nous confie notre voisin de circonstance. Il avait senti que nous ne quittions plus la belle inconnue des yeux.

Responsable d’une agence immobilière, son partenaire lui a visiblement fixé un faux rencart.

J’ai un projet immobilier de logements très compétitifs. Mais, je crois qu’on veut me faucher l’herbe sous les pieds pour des raisons politiques.

Officiellement, votre serviteur est cette nuit un jeune notaire en quête de gros clients. Ce qui le pousse à la confidence en tant qu’habitué des lieux.

Sous l’effet de l’alcool et des caresses de belles et irrésistibles créatures, beaucoup de cadres se laissent aller aux confidences. Des projets encore secrets sont révélés, les dossiers confidentiels sont dévoilés et des secrets d’Etat trahis.

Il marque une pause pour une gorgée de son cocktail alcoolisé qui lui délie davantage la langue.

C’est ici que le trafic d’influence est organisé sur les marchés publics, la corruption organisée, des deals noués, des dossiers de crédits débloqués à table puis dans un lit…

Accroché à notre interlocuteur, nous n’avons pas vu la belle mystérieuse s’éclipsée discrètement avec son cavalier d’un soir après un copieux dîner bien arrosé.
Officiellement, il n’y a pas de chambres à Eden du vice…

Mais, un hôtel est situé à quelques pas…

– Ils sont nombreux les clients qui louent des appartements meublés à l’ACI, confie notre ami d’un soir. Plus la nuit avançait, moins il y avait de places. Et pourtant, nous étions loin du week-end.

– Pour le week-end, il faut réserver avant le jeudi sinon il n’y a pas de places, nous conseille notre serveuse d’un soir.

Nous lui faussons compagnie aux environs de 2 h du matin. Non sans lui laisser un pourboire qui est une fortune pour un pisse-copie. Mais, visiblement, elle aurait aimé nous garder jusqu’à la fin de son service. Elle nous laissa néanmoins son contact sur un bout de papier sous prétexte de l’appeler chaque fois que nous voulons passer pour qu’elle nous réserve “une très belle place” ! Visiblement celle (place) dans son cœur nous est déjà acquise !

Nous avons Eden du vice Direction une discothèque dont la jeunesse branchée de Bamako parle beaucoup ces derniers temps… Les hiboux se réveillaient à peine !

Bolmouss

 

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Bienvenue au Guinguin-Grin

Aujourd’hui, plus que le terrorisme, des fléaux menacent de précipiter notre pays et notre société dans le chaos : l’alcool, le sexe et les loisirs sont en train de devenir l’opium du peuple de plus en plus amnésique.

Jadis, on noyait ses soucis dans l’alcool. Mais, aujourd’hui, ce sont les liqueurs fortes qui se noient dans nos nombreuses préoccupations sociales.

Et le pouvoir profite de l’aubaine d’autant plus que c’est la meilleure stratégie (sans être des apôtres de Machiavel) pour détourner la majorité des vrais problèmes liés à sa mauvaise gouvernance.

Une fois la nuit tombée, c’est un autre jour qui se lève dans la capitale malienne du lundi au dimanche. Les bars, les bar-restaurants, les salons VIP, les résidences particulières et la Palace se multiplient dans la capitale d’un pays qui est l’un des plus pauvres de la planète où la majorité des habitants se disputent la queue du diable.

Défiant les menaces jihadistes, la jetset bamakoise n’est pas prête de sacrifier ses vices sur l’autel de la prudence. Même si l’attentat de “La Terrasse” a fait déplacer le centre névralgique de la rue Princesse de l’Hippodrome vers l’ACI-2000, Baco-Djicoroni/ACI, Cité du Niger…

Une fois la nuit tombée, Bamako baigne dans la débauche à ciel ouvert ! Bienvenue donc dans le Guinguin Grin (club des hiboux) pour sillonner la capitale pour mieux vous informer sur la cette ville nouvelle qu’elle devient à partir de minuit. Une nouvelle balade du noctambule que la rédaction compte vous offrir le premier jeudi de chaque mois !

Une rubrique qui va naviguer entre les reportages, les investigations et la littérature avec les œuvres (nouvelles et poèmes) d’écrivains en herbe. Une page qui pourra aussi s’enrichir de vos contributions, de vos témoignages mais aussi de vos invitations à la découverte aussi des espaces où on peu prendre son pot et écouter sa musique sans risque de se noyer dans l’alcool pour harceler à longueur de nuit par les Roses du pavé !

La rédaction


Source : Maliweb

Maliweb

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