Accords de Tamanrasset : Les vérités du lieutenant-colonel Kafougouna Koné

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Les Accords de Tamanrasset sont signés le 6 janvier 1991par le Colonel Ousmane Coulibaly, chef d’Etat-major des armées et Iyad Ag Ghaly, chef de la rébellion des Kel Adaghs. Le 26 mars, la IIè république est renversée, le CTSP est institué. Son président, le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré promet de les mettre en application.

Le document ne comporte que trois pages. Cependant, une manifestation d’une indigence intellectuelle difficilement concevable de la part de 25 responsables en charge d’un Etat en crise, le nouvel organe dirigeant du pays éprouve la nécessité de constituer une commission pour s’en faire expliquer la teneur. La décision est transformée en tâche n° 2 des activités du CTSP. Il faudra attendre le jeudi 9 mai pour qu’enfin le lieutenant-colonel Kafougouna Koné, prenant acte de la défaillance de la Commission, choisisse de donner, des accords, les précisions nécessaires. C’était lors de la réunion n° 5 du CTSP. Nous vous livrons ci-après un extrait du procès-verbal de cette réunion.

Commandant Anatole Sangaré : il avait été décidé d’organiser des exposés sur les accords signés entre le Mali et le FMI, les accords de Tamanrassett (sic) et sur la politique de décentralisation. Ces exposés n’ont pas pu se faire parce que le problème de quorum s’est posé. Je pense qu’on peut organiser ces exposés au cours de la semaine prochaine.

Cette intervention est suivie de la suite du contrôle des autres tâches. Il faudra attendre les dernières minutes de la réunion pour que le débat se concentre sur la situation prévalant au Nord.

Amidou Diabaté : La situation dans les 6è et 7è Régions est préoccupante. Je pense que des mesures militaires et politiques aussi doivent être prises. Je pense que l’on peut avoir des explications sur ce point.

Lt-colonel Kafougouna Koné : Il faut d’abord rappeler que les accords de Tamanrassett (sic) portaient sur quatre points : la réduction des effectifs militaires qui se trouvaient dans la zone des combats (…), le retrait de l’armée de certaines localités, le recrutement d’une part de leurs combattants pour l’intégrer dans l’armée nationale, la décentralisation.

L’ancien régime qui avait envoyé plus de mille soldats a accepté la réduction des effectifs et du nombre de postes de sécurité. L’intégration de certains combattants dans l’armée régulière a également fait l’objet d’un accord. Cette intégration doit se faire selon les textes en vigueur mais pas sur la base ethnique et les intéressés doivent accepter de servir en tout lieu du territoire national. Des fiches ont été distribuées à cet effet. Les rebelles avaient été invités à déposer leurs armes. Un accord sur la décentralisation a été obtenu. Il ne s’agit pas là ni d’une autonomie interne ni d’une fédération ni d’une indépendance. Cette décentralisation donne à ces deux régions la possibilité de se consulter sur des problèmes spécifiques.

Une commission de suivi de ces accords a été mise sur pied ; elle comprend huit représentants des rebelles, huit représentants du gouvernement et six représentants de l’Algérie. La Commission de suivi s’est réunie et a constaté que le Gouvernement a entamé l’exécution des accords. Mais les rebelles n’ont pas remis leurs armes.

Au cours d’une séance de travail avec le FIA et le MPA, on a relevé le nombre d’incidents et on a demandé aux représentants de ces deux mouvements la cessation de ces incidents. Ils ont demandé un mois pour enter en contact avec leurs dissidents pour mettre fin aux actions de ces derniers. Il semble que le MPA ne peut plus cerner le problème.

Récemment, les éléments du FIAA ont quitté Tombouctou pour se rendre à Gao ; ces derniers été en tenue de combat et étaient armés. Arrivés à Gao, ils ont voulu enter en contact avec les Tamasheq. Ce dernier, en faisant usage de son arme, a provoqué la révolte de la population de Gao. Ces mêmes éléments du FIAA ont organisé à Gao une manifestation au cours de laquelle ils se sont présentés comme des libérateurs. Là encore la population de Gao était révoltée.

Il y a eu une réunion sur les accords de Tamanrassett à Gao. Les cadres se sont plaints de n’avoir pas été associés. Une commission a été mise en place pour prendre les contacts nécessaires afin de calmer la situation.

Cependant, tout ce temps, des villages continuent d’être attaqués par les rebelles. Il en a résulté ce qu’on a appelé Opération Tamasheq au cours de laquelle les familles touareg ont été la cible de la population de Gao. Les Forces Armées étaient obligées de prendre ces familles Touareg en charge hors de la ville de Gao. Selon certaines sources, ce qui a choqué les populations, c’est que le Ministre de l’Administration Territoriale, qui était en tournée dans ces deux régions, n’a pas pu convaincre les gens. Présentement, une délégation du CTSP est dans la ville de Gao. Une délégation du Gouvernement est aussi sur place.

Il faut reconnaître qu’il y a un groupe qui n’est pas d’accord avec les signataires des accords de Tamanrassett. Ils ont demandé à rencontrer une délégation du Gouvernement. Le problème est interne aux Touareg. On pense que Kidal, qui sera bientôt érigé en chef-lieu de région, sera favorisé par rapport à Ménaka. La solution pourrait être d’ordre politique. Une large information sur les accords de Tamanrassett doit être faite. La Commission de Suivi des accords de Tamanrassett doit être convoquée pour monter à la partie algérienne la situation qui prévaut sur le terrain. Après cela, le Gouvernement doit prendre ses responsabilités.

Oumar Mariko : On a dit que c’est l’AEEM qui a déclenché les attaques contre les Touareg de Gao. Le Secrétaire Général de l’AEEM de Gao est attendu. Il semble qu’il a des problèmes. Il voudrait être inscrit dans un établissement de Bamako. En quoi consiste la réduction des effectifs préconisée par les accords de Tamanrassett ?

Lt-colonel Kafougouna Koné : Je ne pense pas que l’AEEM soit à l’origine des attaques contre les Touareg. Le pays est couvert par trois zones de défense dont la zone de défense de Gao. En temps normal, cette Zone de Gao dispose d’un effectif donné. Cet effectif a été renforcé par 700 personnes dans le cadre de ces événements. La réduction des effectifs, dans le cadre des accords de Tamanrassett, consiste à retirer les troupes qui ont été envoyées en renfort pour les regrouper dans des postes de sécurité donnés.

Abdramane Baba Touré : On dit que les accords de Tamanrassett prévoient une partie du territoire national dans laquelle les rebelles en armes peuvent circuler. Il a également été question de libération de prisonniers. Le gouvernement a libéré des prisonniers, mais l’autre partie en conflit n’a pas fait autant.

Lt-colonel Kafougouna Koné : Il n’existe pas de zone strictement réservée aux rebelles. Pendant les événements, on avait défini une zone et considéré comme rebelle tout individu qui s’y trouvait. Dans les accords de tamanrassett, on n’a pas parlé de libération de prisonniers. Pour décrisper la situation, le Gouvernement avait jugé utile de libérer des prisonniers. Du côté des rebelles, on a fait comprendre qu’il n’ y avait pas de prisonniers. Selon nos enquêtes aussi les rebelles n’ont pas fait de prisonniers.

Amidou Diabaté : Le problème concerne toutes les parties de la population ; la population sédentaire de Gao doit être associée à la recherche de la paix. Il faut un débat sur cette question des Touaregs. Le débat doit-il être national ou régional ? Une campagne d’informations doit être engagée. Il faut que l’opinion publique soit informée de tout ce qui a été fait. Les médias, étrangers surtout, nous desservent.

Moussa Keïta : Il faut attirer l’attention sur le fait que les Touareg privilégient la méthode militaire au dialogue.

Lt-colonel Ousmane Maïga : il faut un débat national. Les médias français, RFI en l’occurrence, parle (sic) de démilitarisation et de l’autonomie pour les 6è et 7è Régions, alors qu’il s’agit d’un allègement des effectifs militaires et d’une décentralisation. Il est nécessaire d’expliquer largement les accords de Tamanrassett. Ce problème Touareg nous impose une unité d’action. Nous devons avoir une position commune face à ce problème. Si la sécurité règne dans le sud du pays on peut arriver à présenter un front commun.

Lt-colonel Kafougouna Koné : Il faut qu’on arrive à avoir l’opinion internationale avec nous. Au début des événements, RFI avait réussi à matraquer l’opinion.

Lt-colonel Amadou Toumani Touré : Il faut que notre ambassade à Paris soit restructurée. Un Attaché de Presse doit être mis à sa disposition.

Bakary Karambé : Il faut trouver une réaction appropriée pour faire le contrepoids aux attaques des médias.

Lt-colonel Amadou Toumani Touré : Le Commandant Mohamed Coulibaly conduit actuellement une délégation du CTSP en 7è Région. Dès son retour il va occuper le plateau.

Lt-colonel Oumar Diallo : Nous devons organiser des débats, mener des campagnes de sensibilisation sur ce problème Touareg. Mais nous devons faire attention pour que cela ne desserve pas les Touareg qui vivent dans le sud du pays, notamment à Bamako.

Source : aBamako

aBamako

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