Primature: les grands défis qui attendent AIM

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C’est dans un contexte social tendu, sur fond de crise sécuritaire préoccupante, que le président de la République a porté son choix sur le désormais ex-ministre de la Défense, non moins 1er Vice-président du Rassemblement Pour le Mali, Abdoulaye Idrissa MAIGA, pour composer un nouveau gouvernement afin de réaliser le bonheur des Maliens. Un choix certes éclairé, parce que fait, pour la première fois, depuis le mandat, au sein du parti présidentiel, mais aussi une rude épreuve pour le parti majoritaire au regard des défis et des enjeux du moment pour une formation politique qui est en train de faire sa mue en vue de s’imposer sur l’arène politique nationale.

Par décret No 0315/P-RM du 08 avril 2017, le président de la République a nommé, samedi dernier, Abdoulaye Idrissa MAIGA comme Premier ministre en remplacement de Modibo KEITA. Le nouveau Premier ministre, un baron du RPM, et proche parmi les proches du président de la République, a d’abord la lourde tâche de mettre en place une équipe de choc à la hauteur des défis du moment. En effet, notre pays traverse un des moments de turbulence les plus forts de son histoire. En plus des enjeux liés à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix, le front social se trouve depuis le début de l’année en ébullition avec des grèves sur fond de surenchère souvent.

Le front social
À peine, les magistrats, les greffiers, l’administration ont accepté de mettre de l’eau dans leur vin que les enseignants et les syndicats de la santé sont rentrés dans la danse. Depuis bientôt un mois, les blouses blanches observent un arrêt de travail sur toute l’étendue du territoire, en tout cas dans les structures publiques. À l’issue de plusieurs rounds de négociations, Gouvernement et grévistes n’arrivent pas à accorder leurs violons sur un point, celui lié à la prime de fonction. Quand le Gouvernement a proposé une augmentation de 30 % la demande du syndicat est du tout ou rien, (100 %) soit 100 000 francs pour la catégorie ‘’A’’. Vendredi dernier, les parties se sont séparées sur un désaccord total, donc la grève se poursuit. Depuis un mois, il n’y a pas de travail dans nos structures hospitalières, les activités se limitent au seul service minimum, au vrai sens du terme.
En plus des blouses blanches, c’est l’enseignement supérieur qui, à son tour, a lancé son mot d’ordre de grève illimitée, depuis le 4 avril dernier. Cette grève pourrait constituer une menace sérieuse pour l’année universitaire en cours, si des dispositions rapides n’étaient pas prises. Pour le moment, aucune perspective ne pointe à l’horizon, selon des responsables syndicaux. Selon nos sources, les dernières négociations n’ont pas permis de rapprocher les positions.
Sur les huit points de revendication, sur la table du Gouvernement, le Syndicat national de l’enseignement supérieur et de recherche scientifique (SNESUP), figurent en bonne place, la signature immédiate du rapport de la Commission tripartite déposé le 31 janvier 2017 et l’application immédiate de la grille plafond 3000 et plancher 1368 au personnel enseignant de l’enseignement supérieur et aux chercheurs ; l’intégration immédiate dans la Fonction publique des travailleurs contractuels payés sur les budgets autonomes des structures de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ; l’adoption immédiate du nouveau statut ‘’Enseignant-Chercheur’’ avec les 04 fonctions (Assistant/Attaché de Recherche, Maître Assistant/Chargé de Recherche, Maître de Conférences/Maître de Recherche, Professeur/Directeur de Recherche) ; les charges horaires actuelles en semestre ; la transposition des Assistants/Attachés de Recherche Docteurs dans le corps des Maîtres Assistants/Chargés de Recherche.

Incidence financière
La menace de grève du Collectif des enseignants regroupant ceux du fondamental et du secondaire est aussi sérieuse que celle de leurs collègues du supérieur. Après avoir perturbé, le deuxième trimestre, nul n’est optimiste sur un déroulement normal du troisième trimestre entamé la semaine dernière. Malgré les efforts du ministre de tutelle, Kénékouo Barthélemy TOGO, pour désamorcer la bombe, les enseignants sont en train de faire peser tout leur poids dans la balance pour se faire entendre. Aujourd’hui, c’est presque à un dialogue de sourds auquel nous assistons sur le front social. Récemment, une source officielle évaluait l’incidence financière de l’ensemble de ces grèves qui perturbent le front social à pas moins de 225 milliards pour éteindre le feu. L’État mis en index et au banc des accusés peine à se défendre ou du moins se défend très mal face aux revendications salariales qui se maximalisent.
Il s’agit simplement des revendications de 7 syndicats dans les 5 secteurs actuellement en ébullition (Enseignement, Justice, Administration, Affaires étrangères et santé) :
– Éducation nationale : 169. 960 566. 797 FCFA ;
– Magistrats : 31. 051. 000. 0000 FCFA ;
– Greffiers, secrétaires de greffes et parquets : 1 700 000 000 FCFA ;
– Administration de la Justice : 1 249 000 000 FCFA ;
– Enseignants du supérieur et chercheurs : 9 700 000 000 FCFA ;
– Personnel socio-sanitaire : 11. 926. 392 000 FCFA ;
– Personnel des Affaires étrangères : 1 831 107 752 FCFA.
Ce qui fait un total de 225 586 958 797 de francs CFA.
Cette incidence financière des revendications en cours représente plus de 50 % de la masse salariale arrêtée dans le budget d’État à 460 milliards de francs CFA pour l’année de 2017 (26 %) sur lesquels, l’État n’a que 330 milliards dans ses caisses.
Abstraction faite des autres secteurs qui n’en demandent pas moins, on mesure l’ampleur de la tâche qui attend le nouveau PM et son équipe.
En tout cas, le nouveau gouvernement est appelé à faire preuve de tact en prenant le soin d’expliquer l’ensemble des contraintes aux partenaires sociaux et aux populations.

Accord de paix et défi sécuritaire
En plus, l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, dont la mise en œuvre a atteint un point de non-retour, constitue aussi un défi pour le nouveau PM et l’équipe qu’il aura à mettre en place. Après l’installation des autorités intérimaires dans trois des cinq régions du nord, la réussite de l’organisation de la Conférence d’entente nationale et le fonctionnement du MOC à Gao, l’une des préoccupations majeures reste le cantonnement et le désarmement des ex-rebelles, le retour de l’administration dans les localités du nord et du centre où elle n’existe pas encore… Aussi, l’armée reconstituée doit-elle monter en puissance sur l’ensemble territoire pour la restauration de l’intégrité territoriale et pour garantir la souveraineté de l’État partout où elle est mise en cause.
À l’image des conclusions des travaux de la Conférence d’entente nationale (CEN), l’on comprend aussi aisément que les Maliens, d’une manière générale, ont soif de justice et de paix, de bonne gouvernance. À cette demande exprimée, IBK a promis qu’il s’emploierait à apporter la réponse idoine.
« L’État mettra tout en œuvre pour déployer dans les jours à venir un dispositif polyvalent pour assurer la sécurité et la justice dues aux populations, leur apporter toutes les prestations nécessaires et garantir leurs activités économiques et sociales », a promis le président de la République dans son allocution de clôture de la CEN.
Sur un tout autre plan, cette nomination intervient alors que notre pays s’achemine progressivement vers des échéances électorales majeures : les régionales et celles du District maintes fois programmées et reportées ; le vote référendaire, dont le projet de loi est déjà devant les députés de l’Assemblée nationale ainsi que les élections générales de 2018, dont la présidentielle qui avancent également à grands pas. Comment arriver à faire face à ces échéances avec sérénité avec un front social en ébullition ? Le génie et la diplomatie du nouveau PM seront indispensables.

Par Sidi DAO


Source : Maliweb

Maliweb

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