Abdoulaye Idrissa Maiga à la Primature : Redonner confiance pour apaiser le front social

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Le Mali a un nouveau Premier ministre depuis le 8 avril 2017. Il s’agit d’Abdoulaye Idrissa Maïga, ministre de la Défense et des Anciens combattants dans le précédent gouvernement dirigé par Modibo Kéita. C’est la première fois que le président Ibrahim Boubacar Kéita nomme un Premier ministre issu des rangs de son parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM), dont AIM est le 1er vice-président. Le défi est énorme pour le “Tisserand” qui doit consolider la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale et piloter la révision constitutionnelle sans mépriser les partenaires sociaux de l’Etat dont la colère et les frustrations se traduisent ces derniers temps par des grèves illimitées.

Abdoulaye Idrissa Maïga ou AIM pour faire plus court est le nouveau locataire de la Primature depuis le samedi 8 avril 2017. Ce grand commis de l’Etat est le 4e Premier ministre (après Oumar Tatam Ly de septembre 2013 à mars 2014 ; Moussa Mara d’avril 2014 à janvier 2015 et Modibo Kéita de janvier 2015 au 8 avril 2017) du président Ibrahim Boubacar Kéita depuis son investiture à la magistrature suprême du Mali en septembre 2013.

Pour les analystes politiques, par ce remaniement, IBK veut donner “un nouveau souffle à son quinquennat”, le choix d’AIM découle de sa volonté de tenir compte du fait majoritaire (à moins qu’on ne lui ait forcé la main comme le disent certains observateurs).

En effet, le nouveau Premier ministre est aussi le 1er vice-président du Rassemblement pour le Mali (RPM). Le parti présidentiel qui a remporté toutes les élections organisées au Mali depuis 2013 (présidentielle, législatives et communales du 20 novembre 2017).

A la Primature, Abdoulaye Idrissa Maïga succède ainsi à Modibo Kéita dont la gestion a été vigoureusement soumise à rudes épreuves ces derniers temps. Malgré sa bonne volonté, le doyen avait du mal à booster l’action gouvernementale comme il l’espérait.

Ses efforts louables pour redresser l’économie nationale et assainir les finances publiques, à travers son courageux jeune ministre de l’Economie et des Finances, ont été noyés dans la grogne sociale marquée par la multiplication des grèves illimitées dans des secteurs vitaux comme l’éducation et surtout la santé.

C’est comme si tous les syndicats s’étaient passés le mot pour harceler son gouvernement après que les magistrats ont en partie obtenu gain de cause. Des mouvements sociaux exacerbés par des manipulations politiques dans l’ombre des métiers à tisser. Comme ses prédécesseurs (Oumar Tatam Ly et Moussa Mara), Modibo Kéita n’a jamais été dans les grâces du Rpm dont certains ministres et barons ne se cachaient plus pour saboter son action.

Plus proche du couple présidentiel que du RPM

Aujourd’hui ils applaudissent à tout casser et jurent fidélité et loyauté à AIM. Ils font semblant d’oublier désormais que ce dernier est plus proche du couple présidentiel que de leur parti. Ce Gaois bon teint réussira-t-il à redresser le bateau Mali qui tangue très dangereusement et se trouve dans des eaux troubles à un tournant décisif de son histoire de notre pays ?

Il bénéficie de préjugés très favorables auprès des partenaires techniques et financiers du Mali du fait de ses brillants résultats comme consultant national et international. C’est un homme à cheval sur les principes comme l’intégrité, la loyauté et la compétence.

L’homme jouit aussi d’une réputation irréprochable tant sur le plan professionnel que politique. Sa nomination a été accueillie avec “soulagement” (???) au sein du bureau politique national du RPM, car, même ceux qui ne le portent pas dans leur cœur reconnaissent ses qualités professionnelles et humaines. Et ceux qui connaissent bien Abdoulaye Idrissa Maïga le définissent comme “un homme de défis”.

Mais, cette fois, les défis sont énormes. En effet, ce natif de Gao arrive à la Primature alors que le climat social est tendu, particulièrement dans le secteur de la santé où les hôpitaux publics sont en grève depuis plus d’un mois pour des revendications salariales et d’intégration de travailleurs contractuels dans la fonction publique.

Le Mali est plus que paralysé dans tous les secteurs et les populations manifestent déjà des signes de nervosité face à la multiplication de leurs difficultés quotidiennes.

Sans compter la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale et surtout la révision constitutionnelle dont le projet est présentement au niveau de l’Assemblée nationale et qui suscite déjà une vive polémique dans la classe politique et des cercles d’intellectuels maliens.

C’est donc une course contre la montre qui s’engage pour Abdoulaye Idrissa Maïga pour apporter rapidement des réponses à ces multiples revendications dans une conjoncture économique avec des PTF (Partenaires techniques et financiers) plutôt préoccupés à dorloter les anciens rebelles (plutôt des bandits armés et des narcotrafiquants) que d’aider le pays à trouver enfin le bout du long tunnel dans lequel il est enfermé depuis janvier 2012.

La frustration des travailleurs est réelle et leurs revendications légitimes parce que le malaise social est profond. A Bamako, il est accentué pendant cette période de canicule par la pénurie d’eau dans presque tous les quartiers de la capitale et les délestages intempestifs. La colère couve et le terrain politique est miné.

Le gouvernement n’a plus intérêt à faire semblant de négocier en tenant un discours mensonger démagogique. Et cela d’autant plus que la stabilité du pays tient aujourd’hui à peu de choses. Et il est clair que la bonne foi du pouvoir n’est plus un gage qui satisfait la majorité de ceux qui sont dehors pour revendiquer leurs droits.

Certainement, il faut aussi l’efficacité, la célérité et la clairvoyance d’Abdoulaye Idrissa Maïga qui doit rapidement trouver un deal franc et sincère avec tous ses partenaires (centrales syndicales) à la limite des capacités réelles du pays.

Moussa Bolly

Source : aBamako

aBamako

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