Grève illimitée de la santé : Le drame d’un débrayage

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La sécurité, la  santé et l’éducation sont les trois secteurs clés dans une République. Une faillite à l’un de ces niveaux entraine des conséquences graves. Aujourd’hui, la sécurité du pays donne du fil à retordre aux autorités, notre système éducatif peine à sortir sa tête de l’eau, la santé a débrayé depuis plus d’un mois. Donc il y a  problème aux trois secteurs-clés pour la quiétude d’un pays. Mais aujourd’hui, le cas le plus alarmant est la grève illimitée déclenchée par les syndicats de la santé. Ce débrayage a causé beaucoup de dégâts. Comment ? Notre enquête.

 

Les syndicats de la santé, du développement social et de la promotion de la famille, ont déclenché une grève illimitée le 9 mars 2017. Dès lors, nous assistons à un dialogue de sourds entre le gouvernement et les grévistes, lesquels demandent l’augmentation substantielle des primes de fonction spéciale et de garde; l’octroi d’une prime de monture aux travailleurs socio-sanitaires et de la promotion familiale; l’intégration des émoluments des bi-appartenant dans le salaire; le maintien et l’extorsion des ristournes à toutes les structures génératrices de ressources; la prise en charge à 100% des soins médicaux des travailleurs socio sanitaires assujettis à l’assurance maladie obligatoire; l’abrogation de mutation abusive de syndicalistes en cours de mandat; le payement des primes de garde des agents de santé chargés du contrôle sanitaire de la maladie à virus Ebola, etc.

Après plus d’un mois de débrayage, le constat est que la grève a réussi partout. Sauf que le président de la Fédération nationale des associations de santé communautaire (Fénascom) invite les Associations de santé communautaire (Asaco) et les mutuelles de santé à la reprise immédiate des services dans leurs centres de santé. A travers ce communiqué, le président de la Fénascom rassure les populations de la totale mobilisation de ses membres et des démembrements pour la reprise des services effectifs par les agents recrutés sur fonds propres des Associations de santé communautaire et des mutuelles de santé, afin de minimiser les désagréments causés par la grève illimitée.

Cependant, au-delà de cette réussite, la population est en train de payer cash ce mouvement d’humeur des agents de la santé. Et pour cause ! Nous assistons chaque jour à des décès pour non-assistance médicale ou insuffisance de soins appropriés. En faisant un tour dans certains centres hospitaliers, nous nous sommes rendu compte des conséquences très graves d’un tel mouvement. C’est pourquoi le gouvernement, accusé par les grévistes de dédain, ne doit ménager aucun effort pour engager des discussions franches avec les différents syndicats afin d’obtenir une trêve. L’atmosphère à l’hôpital mère enfant Luxembourg, sis à Hamdallaye, est désolante. L’état poussiéreux des chariots au bas du mur atteste le non mouvement dans le centre hospitalier. Sur place, nous rencontrons une jeune fille aux abois. La raison est toute simple : toujours victime de fausse couches, son gynécologue lui avait promis une mesure qui lui éviterait un avortement indésirable. Voilà l’objet de sa présence ce matin au Luxembourg, mais dommage ! La grève est passée par là. Son médecin traitant est sur répondeur. Pour  avoir deviné et compris son angoisse, nous l’approchons afin de mieux comprendre. A peine commence-t-elle à parler que des larmes coulent. Elle nous explique ce qui la traumatise : “Cela me fait deux ans de mariage et j’ai contracté trois grossesses qui ont toutes échoué. La dernière fois où mon médecin a conclu à une nouvelle grossesse, il a décidé d’un cerclage pour la sécuriser. Entre temps, il y a eu ce mouvement de grève. Et je ne sais quoi faire parce qu’en réalité il ne m’a jamais reçue dans une clinique, si ce n’est à l’hôpital Luxembourg. Je ne sais pas comment le voir” se lamente-t-elle. Après ces explications, elle disparut, la mort dans l’âme.

Du coup, nous nous sommes dirigés vers le grand couloir qui aboutit aux différents services. Nous croisons un jeune médecin présent dans le cadre du service minimum. Très convaincu du bien-fondé des différentes revendications, il se dit navré par le mépris du gouvernement vis-à-vis du syndicat de la santé. Par la suite, il nous expliquera comment le service minimum est organisé à l’hôpital Mère Enfant Luxembourg. C’est à dire qu’au niveau de chaque service, il y’a deux agents pour la prise en charge des malades. Cela est -il suffisant ? Ce sont les principes de la lutte syndicale, rétorque le jeune médecin. Entre temps, dans la cour, un vieux exacerbé par la grève vocifère et se dit étonné par cette situation qui ne cesse de faire des victimes.

Prochain cap, l’hôpital du point G où les malades sont pris en charge au niveau du service des urgences. Malheureusement, notre arrivée coïncide avec deux décès, une vieille et un jeune homme, déjà mal en point à leur arrivée  dans le centre hospitalier. La bonne volonté des agents assurant le service minimum n’a pu empêcher l’irréparable. A ce niveau, le problème de spécialisation constitue un goulot d’étranglement pour la prise en charge des urgences. Le chef de garde du service des urgences nous a fait savoir que face aux situations qui dépassent ses compétences, et sur la base des ordonnances  antérieures,  il contacte  le médecin spécialiste qui lui indique des produits. Pendant que nous discutons avec le docteur, juste à l’entrée, une dame assise à même le sol se fait des soucis pour sa fille couchée à terre. Bref, le service des urgences est débordé.

Un tour dans les différents blocs d’hospitalisations nous a permis de savoir  que les malades sont abandonnés à eux-mêmes. Autrement dit, les soins sont insuffisants. Les parents ne cessent de faire des va et vient aux urgences ou aux bureaux de garde  pour alerter sur l’état de santé dégradant de leur malade.

A l’hôpital Gabriel Touré, c’est le même scenario qui y règne. Surtout au niveau des services de la pédiatrie: des agents de santé dépassés par les événements, des malades entassés ça et là. Bref, il n’est pas agréable d’être en ces lieux ces temps ci. Arrivés à la morgue, le scénario est pitoyable. On enregistre à tout moment des décès de tous âges. Les manœuvres trouvés sur place se sont gardés de nous fournir les statistiques  journalières des décès.

Aujourd’hui le constat est amer. Les grévistes ne sont pas dans une logique de capitulation. Le gouvernement, jusqu’à la démission de l’ancien premier Modibo Keïta, n’avait pas engagé de négociations franches pouvant aboutir à une trêve. D’ailleurs, ce débrayage des agents de la santé constitue l’un des défis du tout nouveau locataire de la Primature, Abdoulaye Idrissa Maïga. C’est pourquoi, dès sa nomination, il a visité certains centres de santé et demandé une trêve aux grévistes. Son appel sera-t-il entendu ? Pour le moment, difficile de répondre.

              O. Roger Sissoko


Source : Maliweb

Maliweb

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