Que sont-ils devenus ? Sory Kourouma dit Remetter : “Le football m’a tout donné”

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Votre hebdomadaire préféré a décidé de la création d’une nouvelle rubrique intitulée “Que sont-ils devenus?”. Elle s’intéressera deux fois par mois  aux acteurs de tous les domaines de la vie nationale : sport, presse, culture, administration, diplomatie, etc. Pour ce premier numéro, nous avons rencontré un gardien de but qui a marqué son temps dans les années 1970-1980. Il s’appelle Sory Kourouma dit Remetter. L’homme fait partie de la génération la plus talentueuse, la plus soudée et la plus disciplinée du Djoliba AC, avec les Idrissa Traoré dit Poker, Bréhima Traoré dit Allah ka Boura, Sadia Cissé, Seyba Sangaré dit Douroulé, Abdoulaye Koumaré dit Muller, Ousmane Diallo “Petit Sory”, Boubacar Sow, alias Oumar Dicko, et autres. C’est un Sory Kourouma, très jovial, qui nous a reçus à Kalabambougou, dans un domaine privé d’un autre grand joueur, Beïdy Sidibé dit Baraka de l’AS Réal de Bamako, avec qui il fréquente le même grin. Remetter parle de tout : ses débuts, sa carrière, les anecdotes, sa retraite. 

Sory Kourouma est le fruit  de la génération  forgée, dorlotée  et choyée par feu Tiécoro Bagayoko, Karounga Kéïta “Kéké” et feu Tiéba Coulibaly. Excellent gardien de but, il avait le sens de l’anticipation, et dirigeait  avec une dextérité extraordinaire sa défense, bâtie autour de Boubacar Sow, Fantamady Diarra, Aly Ouattara et Youssouf Sidibé ou Seyba Sangaré.

Quand il est venu nous accueillir sur le terrain de football de Kalabambougou, on le revoyait encore très frais dans les années 1980, habillé à la “Thomas N’Kono” (l’emblématique gardien de but du Cameroun à la même époque),  comme aimait à le dire le doyen feu Demba Coulibaly, et en train de refaire des relances. C’est bien lui qui est devant nous, mais l’âge ne pardonne pas. Un détail: Sory Kourouma n’a rien perdu de son calme.  Et nous n’avons pas attendu la destination pour lui poser des questions.

Né le 25 janvier 1950 à Bamako, Sory Kourouma a commencé la pratique du football dans le quartier populaire de Hamdallaye. A 11 ans, il rejoint la Guinée Conakry par l’intermédiaire de son homonyme, originaire de ce pays. Il y reste jusqu’au niveau lycée, où il signe sa première licence au Nimba Sport de Zérékoré. En 1963, toute la famille le rejoint, parce que son père est d’origine guinéenne.

 

Que sont-ils devenus ? Sory Kourouma dit  Remetter : “Le football m’a tout donné”Est-ce la rupture avec le Mali ? Non. Le jeune Sory Kourouma revient au pays pour ses vacances et en profite, en 1972, pour exprimer à son oncle Diaté Kaba son désir de jouer au football. Celui-ci l’amène au Djoliba AC, à l’époque entrainé par Karounga Keïta dit Kéké. Après les formules d’accueil et les salutations d’usage, Kéké lui donne l’occasion de jouer une mi-temps. Son test réussit et il devient le suppléant du portier Bassirou Diamouténé. C’est le déclic d’une longue et riche carrière au Djoliba. Bassirou Diamouténé décédera plus tard. Entre temps, les Aly Ouattara, Cheick Salah Sacko et Moussa Dembélé ont rejoint le Djoliba. Pourtant, le décès de Bassirou Diamouténé ne lui donne pas l’opportunité d’être titulaire. Il gardera toujours son statut de suppléant, avec l’arrivée de Moussa Dembélé.

Alors, comment a-t-il gagné son galon de titulaire ? Sory Kourouma dit Remetter pense que ce jour est son plus beau souvenir, et pour cause. Remetter explique : “En 1974,  en  éliminatoires de la coupe d’Afrique des clubs champions, le Djoliba a battu le Bendel Inssurance du Nigéria en match aller par le score de 2 buts à 0. Au match retour, à quelques minutes du coup d’envoi, le titulaire Moussa Dembelé a eu des malaises, et fut forfait pour la rencontre. Le président de la Fédération Malienne de Football, feu Cheick Kouyaté, a demandé à Tiécoro Bagayoko s’il ne fallait pas  signer forfait avec cette nouvelle donne. Celui-ci  a répliqué  en disant que Sory Kourouma est là et il n’était pas question d’envisager quoi que ce soit de négatif. Le Djoliba a perdu 0-1 et s’est qualifié. J’ai été l’homme du match avec des arrêts spectaculaires. Depuis ce jour-là, je n’ai pas quitté les buts du Djoliba, le seul club que j’ai connu au Mali jusqu’à la fin de la saison 1983 (avec à la clef huit coupes du Mali), date de mon départ pour le Gabon”.

La même année, il est appelé en équipe nationale pour ne la quitter que dix ans plus tard. Sur sa carrière au sein des Aigles, Remetter reconnait que le Mali n’a pas eu tellement de chances, pour avoir été éliminé de façon répétitive dès les tours préliminaires ou dans les éliminatoires. En plus, leur génération était aussi un abonné aux finales des tournois Cabral, sans jamais parvenir à remporter le trophée, y compris à Bamako en 1981.

Sa déception durant sa carrière réside dans le fait qu’il a été accusé de corruption en 1983, à  la veille de la finale de la coupe du Mali, qui a opposé le Djoliba AC au Stade malien de Bamako. Que s’est-il passé ? Le Djoliba était à l’internat lorsque son chauffeur est venu lui annoncer l’accident de son taxi. Il est allé voir le véhicule au garage et songeait aux moyens de réparation. Entretemps, un supporter du Djoliba, Mamadou Kagnassi N°2,  est venu lui dire que Mody Sylla voudrait le voir.

Effectivement, il a rencontré le vieux dirigeant du Stade qui a pris des dispositions pour réparer son taxi. Mais, les supporters qui l’ont vu ont dit partout que Mody Sylla l’a corrompu avec 1 500 000 F. La rumeur a pris de l’ampleur et les dirigeants du Djoliba ont saisi la balle au rebond pour l’interpeller. C’est  Kéké  qui l’interrogea sur  sa version des faits. Sory Kourouma a été sauvé par le témoignage éloquent de Mamadou Kagnassi N°2 qui a expliqué clairement ce qui s’est passé. Kéké lui demanda alors de se mettre dans la peau du match. Mais Sory Kourouma avait une autre idée, sauver son honneur en refusant de jouer la finale. Parce que tout pouvait arriver et personne n’aurait  cru en sa sincérité. Kéké, convaincu par les propos de Kagnassi,  a fait intervenir les dirigeants et finalement Remetter a accepté de jouer. Au bout du fil, le Djoliba s’est imposé par 1 but  à 0 avec à la clef une belle prestation de Sory Kourouma. Le but djolibiste a été marqué sur un centre de Samba Coulibaly dit le cheval fou au terme d’une longue chevauchée sur la ligne de but (côté tribune soleil, côte Médina Coura), par Abdoulaye Koumaré “Muller”  qui a juste poussé dans les buts la balle relâchée par le gardien stadiste Bakary Traoré “Yatchine”,  à la 12éme minute, sans doute gêné par le soleil.  Malgré cet exploit, l’ancien gardien des Rouges et des Aigles se dit déçu par le comportement de certains supporters dans cette affaire. Or, en réalité, Mody Sylla ne lui a rien dit concernant le match.

La saison suivante, par l’intermédiaire d’un malien résidant au Gabon, il fait ses premiers pas dans le professionnalisme avec Seyba Sangaré et Abdoulaye Koumaré dit Muller. Engagé pour deux ans à l’Office des Ports et Rades de Gabon, Sory Kourouma avoue avoir su pour la première fois de sa vie que le football pouvait rapporter beaucoup d’argent. C’est après cette aventure que le grand Remetter a décidé de raccrocher les crampons, plus précisément en 1986.

Autre temps, autre réalité. Pour Remetter, il n’y a pas de comparaison possible entre leur  génération et  celle d’aujourd’hui.  Ce sont deux mondes différents. L’amour de la patrie et du club constituait une source de motivation dans leur cœur. A leur époque, au Djoliba, la prime n’existait pas de façon régulière comme aujourd’hui. Seulement, en cas de victoire finale, lors de la coupe du Mali,  les dirigeants leur donnaient quelque chose.

En plus, jusqu’à son arrestation, Tiécoro Bagayoko donnait un million à chaque fois que le Djoliba remportait la coupe du Mali. Parallèlement à ces gestes, tout au long de la saison, les supporters soutenaient les joueurs avec des gestes conséquents. Voilà toute la différence entre les deux générations.  On a coutume de dire que le football est ingrat ou qu’il ne nourrit pas son homme. Sans pouvoir rejeter d’un revers de la main cette assertion, Sory Kourouma reconnait que le football lui a tout donné. Grâce au football, il a eu du travail, fondé un foyer, assuré sa retraite, et il continue de bénéficier des relations du football.

Dans ce cas, ne serait-il pas paradoxal qu’il disparaisse des écrans radars ? Autrement dit, on ne retrouve Sory nulle part quand il s’agit de football ou de gestion de football, ni au Djoliba, ni à la Fédération.

Remetter a son explication : “ …J’ai joué ma partition et il faut savoir quitter à temps. A 67 ans, c’est la sagesse et ma vie c’est entre la maison et la mosquée. Les week-ends, je viens chez Beïdy Sidibé dit Baraka et avec d’autres anciens joueurs, nous discutons de tout, sauf de football. Maintenant, le football est devenu un champ de bataille où dirigeants et supporters s’attaquent à coups de machette. Notre génération n’a pas vécu dans cette atmosphère. Sinon, je suis le trésorier du bureau des anciens joueurs du Djoliba. Mais, je suis les activités du club de loin  et souvent j’ai un ancien coéquipier qui m’informe de certains choses “.

Pendant que nous conversions, Bréhima Traoré dit Alla ka Bourama appelle et fixe un rendez-vous avec Remetter. Celui-ci le met en garde contre un faux rendez-vous sous peine d’amende qu’il doit envoyer par Orange money. Et après, il se retourne vers nous pour nous  dire que c’est  cette même ambiance de conservateur  qui caractérisait leur génération au Djoliba et demeurait la clef de leurs succès.

Nous ne saurions quitter Sory Kourouma sans lui poser la question sur des ” dit-on ” qui nous passionnaient beaucoup dans l’enfance. C’est-à-dire qu’il avait une main magique de chimpanzé (Gon tèkè) qui l’empêchait d’encaisser des buts lors des grands derbys. Et qu’au moment où il s’envolait pour le Gabon, Karounga Keïta dit Kéké s’est précipité au bas de la passerelle pour lui demander de donner la “chose-là “.

Replongé dans son histoire  juvénile,  Remetter (en rires)  avoue avoir entendu ces  allégations qui constituaient des  petites blagues entre les supporters du Djoliba et ceux d’autres clubs. Sinon, lui Sory, est parti au Gabon sur la pointe des pieds au risque d’être buté au refus des dirigeants du Djoliba. Son seul secret durant sa carrière demeurait le sérieux. Il prenait tout au sérieux.

Très ému par notre démarche de sortir des oubliettes les anciens du football malien , Sory Kourouma a tenu à dire dans le même ordre d’idées qu’il est incompréhensible aujourd’hui qu’on ne retrouve au niveau de la Femafoot aucune image de Salif Keïta en tant que star africaine, la génération des jeux Africains de Brazza, celle de Yaoundé 72, ainsi que leur génération. Un jour, lorsque Salif était président de la Femafoot, il lui a fait la remarque. Aujourd’hui, il demande aux dirigeants de la Femafoot de songer à reconstruire l’histoire à travers ces images. Ce qui constituera un repère pour leurs héritiers.                          

O. Roger Sissoko


Source : Maliweb

Maliweb

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