Classe politique malienne : Omniprésence de l’esprit du parti unique

28

Il y a plus de vingt ans que le Mali a opté pour la démocratie multipartite, mais dans leur pratique politique quotidienne, aussi bien chez les dirigeants de l’opposition que ceux de la majorité, la mentalité du parti unique reste dominante. Cette mentalité se caractérise d’abord au sein du parti par le désir du mandarinat chez les principaux leaders grâce auxquels le parti existe. Et aussi de la part des militants du parti qui attendent tout du leader. Très peu prennent des initiatives pour entreprendre des activités qui contribuent à asseoir la base du parti.

Dans la plupart des cas, les militants ne songent pas à cotiser pour le fonctionnement du parti. Au contraire, ils s’attendent que le dirigeant, le leader les rémunère pour leurs activités politiques. Cela se comprend, si on se réfère au processus de création de la plupart de ces partis. Ce sont des partis qui sont nés de la volonté d’un homme qui s’est enrichi de façon obscure et qui pense qu’il a aussi droit à une place au soleil sur l’échiquier national. Il ne faudrait donc pas espérer voir une formation, créée dans cette circonstance,  avoir une quelconque idéologie ou programme, sinon que celui d’être toujours auprès du seigneur du jour, afin de pouvoir jouir de prébendes.

Seuls deux partis, le CNID et le PASJ, dont les circonstances de création ont échappé à ce canevas, étaient des partis dignes de ce nom. Hélas, très tôt, le CNID avec des dirigeants, à l’époque jeunes et dynamiques, n’ont pas pu aplanir leurs divergences. Résultat, Maître Tall reste le seul maître à bord et le CNID est devenu un parti quelconque.

L’Adema PASJ, avec a une histoire plus ancienne et ayant hérité de la lutte clandestine de plusieurs années de ses fondateurs, est encore, malgré ses faiblesses et la tiédeur de ses dirigeants actuels, un parti où l’esprit du patron est encore absent. N’étant pas aux affaires, les différents dirigeants sont presque tous sur la même ligne de départ.

Cependant, comme dans les autres partis, il existe des militants sincères, fidèles au parti depuis sa création ou qui y ont adhéré sincèrement ; mais aussi des militants occasionnels, fragiles pour qui, le gain matériel est une priorité. C’est pourquoi, dans les instances du parti on retrouve des gens parvenus là, à grâce au poids de  leur portefeuille. Même s’il ne n’occupe pas le poste de premier responsable ; celui qui a le portefeuille le plus lourd reste le véritable leader. C’est dire que les débats et les élections au sein du parti sont biaisés et on retrouve à la direction du parti, des hommes et femmes qui n’ont rien à voir avec les objectifs de base du parti. C’est dire que l’esprit d’accaparement, de gain prévaut actuellement au sein de la direction. Les scandales qui ont défrayé la chronique à la présidentielle de 2013 en sont une preuve. Celui qui avait le portefeuille le plus lourd a été porté candidat du parti en violation des critères que la direction elle-même avait arrêtés.

Aujourd’hui, une autre échéance présidentielle approche et l’Adema PASJ n’a pas encore son candidat. Le parti risque fort de ne pas en avoir car ceux qui sont à sa tête semble de connivence avec le parti au pouvoir et pour eux, choisir un candidat, c’est s’aventurer. Ils ont peur de la traversée du désert et se contenteraient des miettes qu’ils auront au bon vouloir de leur « alliés ». Ils n’ont pas confiance en eux, ils n’ont pas confiance en leurs militants, ils sont devenus indolents, incapables de mouiller le maillot. Et, pourtant ils s’accrochent à la direction du parti ! Pourquoi ? C’est leur seul fonds de commerce. A ce train l’Adema PASJ va imploser et ce sera une histoire ancienne.

Ceci indique que dans les partis, les dirigeants cherchent à se coaliser avec le maître du jour, comme au temps de l’UDPM.

Et l’opposition ? Même si c’est pour un faire valoir, il faut reconnaître que le président IBK a donné un statut à l’opposition. Ce qui est une bonne chose. Le contenu qu’on mettra à ce statut dépendra de la sagacité et du dynamisme de l’opposition elle-même.

Malheureusement, l’animation politique dans ces partis n’est pas différente de celle qui se fait dans les partis de la majorité. On attend tout du chef de parti. Pour mener une activité quelconque, le chef doit « banquer ». L’esprit du gain a si gangrené la vie politique dans notre pays qu’il ne faut pas s’étonner de voir les migrations fréquentes de militants d’un parti à un autre.

Bien que multipartite, la démocratie malienne, de part le comportement de ses acteurs donne l’aspect d’un pays  à parti unique. La jeunesse aura-t-elle l’audace et la capacité de remettre en cause ce film de série B des aînés et remettre le pays sur une véritable voie de démocratie, de progrès et de développement ?

Hamidou Ongoïba

 


Source : Maliweb

Maliweb

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here