Élections présidentielles en France : « Il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi… ».

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Au sortir du 1er tour des élections françaises, le reste du monde suit comme il peut ce qui se passe en France. Les dirigeants africains singulièrement ceux du Mali tireront-ils les enseignements nécessaires et sortirent par la grande porte ?

Le Dimanche 23 avril 2017, s’est tenu le 1er tour de l’élection présidentielle en France. Onze candidats s’affrontaient dans une compétition à bien des égards, revêt un historique :

Pour une première fois, en tout cas depuis l’avènement de la 5ème République française en 1958, le Président en exercice n’était pas candidat à sa propre succession, victime d’une gestion calamiteuse pendant quatre ans, mais ayant déployé tout son potentiel d’énergie et d’imagination sans pouvoir infléchir la courbe tendancielle du chômage qu’il a héritée de son prédécesseur Nicolas Sarkozy dont le seul nom évoque la gestion à la fois cavalière, brouillonne, voire schizophrénique de l’Etat, une gestion qui fut particulièrement désastreuse pour le Mali.

Les deux poids lourds de la scène politique française, à savoir le Parti socialiste et les Républicains qui représentent respectivement l’aile gauche et l’aile droite de la vie politique française et qui ont géré la France depuis 1958, ont tous deux été élimés dès le 1er tour ;

Pour circonscrire les rivalités en leur sein, ces deux principales formations politiques ont organisé chacune des élections primaires pour le choix de leurs candidats à cette élection. Celles-ci se sont d’ailleurs traduites par des affrontements internes –bien feutrés il faut le reconnaître- qui ont dans une certaine mesure affaibli chacun des camps.

Dans cette atmosphère électorale assez morose d’ailleurs, de seconds couteaux affûtaient leurs armes par un travail soutenu de terrain.

Et puis, arriva le 23 avril 2017, Patatras !

Boutant hors de la compétition les ténors (les aristocrates, si vous voulez) de la scène politique, ceux-là même qui se considéraient comme les deux seules options pour la France, et qui ont su jouer à la perfection un jeu de relais pendant plus de 40 ans, deux figurent s’imposent pour le second tour : l’une est celle d’un tireur au flanc (Macron) sorti des entrailles du parti socialiste au pouvoir ; l’autre, Le Pen digne héritière de son père pour qui deux coupables sont identifiés pour expliquer le recul de la France depuis quelques décennies : les étrangers et l’Union Européenne.

Voilà présentés de façon caricaturale les deux empêcheurs de gouverner en rond qui ont éjecté de la compétition les deux mastodontes de la politique française.

Cette double éviction peut être diversement appréciée.

Cependant, il est clair que les deux sont victimes d’un même mal : le discrédit de la classe politique traditionnelle.

Les électeurs français sont réduits aujourd’hui à choisir entre deux programmes politiques qui leur sont présentés pour le second tour de l’élection présidentielle : l’un jugé dangereux pour tout un peuple, celui de Front National et l’autre auquel peu de gens croient réellement, celui de La France en Marche. Les deux ont en commun de n’être sortis d’aucune élection primaire.

Ainsi, le clivage gauche-droite qui est considéré comme une constante de la politique française, est fortement ébranlé.

Mais, de quoi je me mêle ?

La question peut être posée à priori pour un citoyen de la bande sahélienne, assez éloigné du terrain des opérations et où il fait bien plus chaud et plus sec (dans tous les sens de ces deux termes, s’il vous plaît).

Mais je ne peux oublier que sur le terrain de ces opérations, vit la plus importante communauté de mon pays à l’extérieur. Je suis sensé aussi savoir que chaque fois que la France tousse, le Mali éternue.

Enfin, depuis 2013 janvier, avec les opérations SERVAL et BARKHANE (pour faire court) la France serait devenue de fait le tuteur du Mali et son porte-voix sur la scène internationale.

Il est vrai que nous maliens disons encore merci au Président Hollande pour avoir tiré tout un pays du fond d’un puits qui menaçait de s’effriter. Mais au moment où il quitte l’Elysée, il nous laisse une chose bien palpable : l’angoisse du lendemain.

A y regarder de près l’on peut tirer quelques leçons du cataclysme français.

Que reproche-t-on à cette classe politique ?

Des promesses affirmées et réaffirmées, mais jamais tenues, surtout dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la lutte contre la précarité, de la sécurité, de l’amélioration du pouvoir d’achat (ce concept n’a pas eu droit de cité chez moi où l’on parle de conditions de vie) etc…

La corruption : elle semble bien partagée au sein de la classe politique. L’élection présidentielle de 2017 a mis au grand jour l’ampleur de ce phénomène qui a irrité, exaspéré et démotivé une partie de l’électorat. «Puisque tous sont les mêmes….. ».

L’absence d’initiatives : tout semble avoir été tenté depuis 40 ans par les deux grands (partis) sans qu’une solution soit trouvée aux maux qui assaillent les français. Peine perdue ; le train-train a fini par s’installer, le bon dérivatif sur la politique extérieure aussi.

La perte de repère : la frontière entre la gauche et la droite est de plus en plus imprécise : chaque camp conserve ses slogans sur les thèmes récurrents (aide à l’entreprise, train de vie de l’Etat, immigration, sécurité, etc.) mais avec l’exercice du pouvoir les clivages entre les deux camps se sont fortement atténués.

L’autisme de la classe dirigeante : en s’installant comme partis de gouvernement, les deux familles politiques (le mot famille trouve ici aussi son terrain de prédilection) se convainquent que la compétition politique s’apparente à une course de relai qui ne laisse de place à aucun 3ème, à fortiori 4èmelarron, malgré les données issues de nombreux sondages d’opinion effectués pendant les deux mois qui ont précédé le 1er tour du scrutin. Ce faisant elles ont pris quelques distances (quelques libertés aussi) vis-à-vis du peuple qu’elles prétendent incarner et servir, convaincus que des mécanismes bien huilés permettaient le passage de témoin au sein de la famille génétique ou politique

A partir de ce bref survol, deux citations faisant appel à la fois à beaucoup de courage et de sagesse, pourraient bien inspirer ceux qui sont en charge de la destinée de leurs pays, sous toutes latitudes.

Lorsque la conviction et l’engagement ne sont plus de mise il ne sert à rien de continuer quelque lutte que ce soit, puisque « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait François RABELAIS, philosophe français.

Cet autre grand homme, l’illustre franco-arménien Charles Aznavour nous enseigne dans une émouvante chanson qu’ « il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi… ».

A bon entendeur …

NB : les titres et le chapeau sont de la rédaction

B.SOW

Source : aBamako

aBamako

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