Le point : Un 4e pouvoir qui s’auto-flagelle

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“Le journaliste qui ne respecte ni l’éthique ni la déontologie est un soldat en état d’ébriété avancé qui tire sur tout ce qui bouge” ! Telle était la conviction que le doyen Ibrahim Famanka Coulibaly (paix à son âme) aimait à répéter aux jeunes presque à l’occasion de chaque formation de l’Unajom ou de l’UJAO.

Le doyen a été arraché à notre affection le mercredi 29 mars 2017. Mais, cette conviction demeure même si nous ne sommes pas nombreux à la partager aujourd’hui. Et elle est malheureusement plus que d’actualité avec une presse qui ne cesse de se couvrir de honte par des prises de position qui sentent la corruption, la manipulation… Cette presse qui ne cesse de se ridiculiser et de se décrédibiliser aux yeux de l’opinion nationale par l’irresponsabilité de certains journalistes.

Ce n’est pas pour jeter la pierre à quelqu’un car nous sommes tous coupables de cette situation. Ne serait-ce que de n’avoir pas pu protéger notre profession des aventuriers, prébendiers et autres mercenaires qui en ont fait un moyen d’ascension sociale et économique sacrifiant du coup toute la noblesse du métier et la passion de son exercice.

Mais, le Mali est en train de devenir un pays où les responsables, presque à tous les niveaux, sont devenus des menteurs pour cacher la réalité et sauvegarder leur image de faux anges. Et cela, malheureusement, avec la complicité active de la presse.

De nos jours, nous sommes incapables d’une analyse de situation objective parce que nous sommes à la solde des politiciens «Cols blancs» ou nous vivons dans la poche des gens. Ceux qui sont généralement au centre de nos critiques ne sont pas forcément mauvais ou des démons, mais parce nous n’avons rien à gagner avec eux, financièrement et matériellement s’entend.

La preuve est que les observateurs sont unanimes à reconnaître que c’est la presse sportive, encore plus divisée que les parties en conflit, qui a ravivé la crise qui secoue le football malien depuis le 10 janvier 2015 et qui est loin de connaître son épilogue malgré le protocole d’accord récemment signé par les parties.

En se faisant écho des accusations et l’intoxication d’un camp contre un autre, elle n’a fait que jeter l’huile sur le feu. Manipulée, elle a poussé un différend à la haine. Et même après le consensus obtenu, les partisans du président rétabli continuent de tirer à boulets rouges sur le ministre des Sports et le plus souvent véhiculent du faux prolongeant ainsi la campagne d’intoxication entreprise ces derniers mois pour le salir, le déstabiliser et le faire partir du gouvernement.

“Vous devez vous battre pour rester le 4e pouvoir parce que vous avez la capacité de changer et de stabiliser votre pays”, nous disait récemment un diplomate nous rappelant l’importance de notre métier, surtout dans un pays en crise.

Comment vouloir que les pouvoirs publics et l’opinion nationale nous accordent une grande importance alors que nous sommes devenus des marionnettes qu’on manipule à souhait ? Comment revendiquer une importance qu’on se refuse à soi-même ?

Sous prétexte des conditions difficiles de l’exercice du métier, nous sommes devenus en majorité des mercenaires qui rejettent l’éthique et la déontologie comme des freins à leur épanouissement socioéconomique. Les organisations de presse sont devenues des cercles fermés qui défendent les intérêts des membres du clan et non ceux de la corporation.

Ayons le courage de jeter un regard critique sur la gestion qui est faite de la Maison de la presse depuis près de deux décennies ! Ceux qui dérangent sont éjectés ou écartés par tous les moyens et les agneaux dociles sont adoubés parce que sachant se contenter de la portion congrue. Et elle (Maison de la presse) est à l’image des organisations qui élisent ses responsables.

“J’ai toujours eu une vision pas très reluisante du journalisme… La liberté d’expression est devenue un grand dépotoir où chacun défend ses propres intérêts et en profite pour régler ses comptes… Un vrai gâchis”, déplorait récemment une amie activiste. Objectivement, peut-on lui donner tort ?

Si nous voulons que la presse soit un 4e pouvoir au Mali, nous avons un long chemin à faire. Chacun doit commencer d’abord à faire sa propre critique objective parce que la Haute autorité de la communication (Hac) ne pourra pas faire le ménage sans notre investissement personnel.

Que tous ceux qui se réclament journaliste fassent cet exercice afin de changer de comportement en ayant l’éthique et la déontologie comme seuls repères et uniques références. Chaque métier à ses valeurs ! L’éthique et la déontologie doivent être sacrées pour les animateurs des médias à tous les niveaux.

Le respect de l’éthique de la déontologie est le gage de la crédibilité. Et la crédibilité, pour un journaliste, doit être sacrée comme l’était la virginité pour une fille jadis !

Moussa Bolly

Source : aBamako

aBamako

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