Mise en œuvre de l’Accord de Paix: le faux fuyant de la CMA

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Ce sont les 5 et 6 juin prochain que les parties de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus se retrouveront pour la 18è fois afin de faire le point de sa mise en œuvre, dans le cadre du Comité du suivi de l’accord (CSA). Si d’importants efforts ont été consentis par le gouvernement, en deux ans, le processus peine à connaitre son épilogue, à cause de la mauvaise foi et les multiples voltefaces affichées par les ex-rebelles de Kidal qui semblent bien réussis à torsader toute une communauté internationale.

À quatre jours de la 18e session du Comité de suivi de l’Accord pour la paix, les 5 et 6 juin prochains, les recommandations de la session précédente peinent à se concrétiser, malgré la bonne foi affirmée par les parties à l’accord. En effet, le 2 mai dernier, lors des travaux de leur 17e session ordinaire à l’ex-CRES, les membres du Comité ont fait le point des progrès réalisés dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord, présenté par le gouvernement. Il s’agit notamment de : l’installation des autorités intérimaires, des patrouilles mixtes, le processus de la révision constitutionnelle, le projet de calendrier des élections ainsi que l’évaluation de la Conférence d’Entente nationale, etc.

Appel aux partenaires
Le CSA a pris également note des efforts du gouvernement destinés à opérationnaliser le MOC (Mécanisme opérationnel de coordination) et les patrouilles mixtes notamment à Kidal et Tombouctou. À cet égard, il s’est félicité de la transmission par la Plateforme des listes de ses combattants, relatives aux patrouilles mixtes pour ces deux régions, et a pris acte de l’engagement de la CMA à en faire de même dans les prochaines 24 heures.
Concernant l’installation des autorités intérimaires, le Comité de suivi de l’accord s’est félicité de son parachèvement dans les régions de Tombouctou et de Taoudéni. Aussi, a-t-il encouragé, les parties à redoubler leurs efforts afin d’assurer leur fonctionnement effectif dans toutes les régions dans les meilleurs délais.
Le CSA salue les avancées dans la procédure de révision de la Constitution, dont le projet est soumis à examen à l’Assemblée nationale. En effet, aujourd’hui jeudi, le texte sera proposé au débat et vote des députés, selon des sources proche de l’Assemblée nationale.
Par ailleurs, le CSA lance un appel, notamment aux partenaires de notre pays pour des contributions à son budget.
La CMA, qui a entériné l’ensemble de ces décisions, les a tous classé dans le tiroir. En tout cas, pour les parties qui la concernent. Et pour cause ? À la date du 23 mai 2017, la mise en place des MOC de Kidal et de Tombouctou était bloquée, parce que la CMA traine toujours les pieds pour libérer le camp I de Kidal devant abriter la structure.

Les griffes de la Médiation
Pour une des rares fois, l’on a vu la médiation internationale sortir ses griffes contre les ex-rebelles de Kidal. Dans une lettre en date du 23 mai, à la CMA, à travers son représentant, Brahim OULD SIDATTI, le président du CSA, l’Algérien BOUTACHE, au nom de la médiation internationale, a nommément pointé un doigt accusateur aux « enfants gâtés de la république », d’être à l’origine du blocage du processus de paix.
«J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que les membres de la Médiation internationale, qui ont tenu hier une réunion extraordinaire avec les représentants du gouvernement malien, ont noté avec inquiétude le non-respect par la CMA de l’engagement solennellement pris de libérer le bâtiment qu’elle occupe à Kidal afin de permettre, ainsi, la mise en place du MOC de Kidal », indique la lettre.
Cette attitude de la CMA, qui participe d’une volonté manifeste de blocage de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, ne sert nullement les intérêts de la paix dont la construction cristallise tous nos efforts, a regretté le diplomate algérien.
« Au nom de la Médiation internationale, lasse de toutes ces tergiversations et de tous ces rebondissements dénués de tout sens et contre-productifs, je vous exhorte à honorer, sans délai, l’engagement pris d’évacuer le bâtiment occupé par vos hommes en armes à Kidal. Ce sera là, pour la CMA, la seule possibilité et la chance ultime de garder encore une certaine crédibilité et une certaine respectabilité et de continuer à être un partenaire dans la construction de la paix », a-t-il invité.
Si, dans les plus brefs délais, ‘’la CMA ne fait pas le geste de bonne volonté attendue d’elle, d’évidence, elle fera l’objet d’une condamnation unanime de la communauté internationale et s’exposera à des mesures contraignantes dont la toute première sera la suspension, avec effet immédiat, du règlement des indemnités de ses représentants au sein du Comité de suivi de l’accord et des sous-comités thématiques’’, a-t-il mis en garde. Avant de remercier le gouvernement pour son sacrifice consenti en vue du bon fonctionnement du CSA.
«C’est ici le lieu de rappeler que les indemnités, au titre du mois d’avril, ont été prises en charge par le gouvernement de la république du Mali. Ce geste de bonne volonté constitue aussi un sacrifice pour le gouvernement malien, au regard de ses contraintes financières. Il était donc attendu qu’il soit compensé, à tout le moins, par un autre geste de bonne volonté de la CMA qui a plutôt choisi, une fois de plus et une fois de trop, de ne pas honorer ses engagements», a précisé M. BOUTACHE dans sa lettre à Brahim OULD SIDATTI, représentant de la CMA au CSA.

Le chien aboie, la caravane passe ?
Au lieu de s’exécuter dans l’immédiat, les responsables de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) ont fait une sortie médiatique, le lundi 29 mai, pour justifier leur attitude, sachant bien que trop de temps a été inutilement gaspillé. Histoire de dire certainement que ces “verbiages ne les emballent pas”.
Selon Almou Ag Mohamed de la CMA, «des discussions étaient en cours et un compromis était en passe d’être trouvé au moment où cette fameuse lettre de M. Boutache est tombée». Ce camp, poursuit-il, est situé à une entrée stratégique de la ville de Kidal et si la CMA doit le libérer, il faut qu’elle s’assure que cette position soit bien sécurisée, car n’importe quel type de menace peut atteindre la ville à partir de cet accès.
“Nous avons vu ce qui s’est passé à Gao et nous ne souhaitons pas que ça se répète à Kidal. Notre inquiétude pour l’instant se situe entre le moment de libération et la mise en place du MOC. Nous savons que si la CMA libère le camp tout de suite, le MOC ne se mettra pas en place automatiquement”, a souligné M. Almou.
Deux ans après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale, la CMA estime que le processus avance timidement. «On a réussi à mettre en place les autorités intérimaires. On a réussi à aller vers un début de normalisation en termes de patrouilles mixtes. Au camp de Gao, les FAMA, la CMA, la Plateforme vivent en parfaite symbiose, il n’y a plus de différence. Dans les prochains jours, on va mettre en place le MOC de Kidal, de Tombouctou, etc. Le DDR est en train de fonctionner tout timidement. Nous pensons qu’il faut une volonté politique forte de la partie gouvernementale pour que cet accord puisse évoluer plus rapidement », a déclaré Ilad Ag Mohamed, porte-parole de la CMA.

Timidité de la communauté internationale
En plus de la CMA à l’origine de nombreux blocages du processus de mise en œuvre de l’accord, la communauté internationale est, elle, aussi sur le banc des accusés. Lors de la 17e session, elle avait été invitée à contribuer incessamment au budget de fonctionnement du CSA. Aussi, le processus de mise en place des autorités intérimaires a été parachevé, depuis le 19 avril dernier. Cependant, ces structures n’ont jusque-là pas commencé à fonctionner, à cause certainement du manque de moyens financiers nécessaires.
Le chapitre 18 de l’accord dédié au “Rôle de la communauté internationale” indique à l’article 54 : « la communauté internationale est garante de la mise en œuvre scrupuleuse du présent Accord et est engagée à accompagner les efforts déployés à cet effet. De façon plus spécifique :… la communauté internationale est appelée à accompagner la mise en œuvre de l’Accord, à travers le soutien financier, technique et logistique requis pour le fonctionnement des différents mécanismes prévus par l’Accord, le DDR, la RSS et les efforts de lutte contre le terrorisme et le crime organisé, ainsi qu’en contribuant promptement et généreusement au Fonds fiduciaire envisagé et en saisissant l’occasion de la Conférence d’appel de fonds prévue dans l’Accord pour apporter un concours significatif en vue du développement des régions nord”. Or, la faramineuse somme promise lors de cette “Conférence d’appel de fonds », peine à tomber ou tombe à compte goûte.

Par Sidi DAO

Source : aBamako

aBamako

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