Lettre à mon oncle Bass,

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Cher oncle,

Nangadef ?

C’est, les larmes aux yeux que t’écris la présente lettre. Mais, point d’inquiétudes pour cela, car mes larmes d’aujourd’hui sont celles de la joie.

Eh oui, Tonton, comme le disait l’autre, « notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes obligés de mettre les accents de la joie sur le ton consacré au… soupir ».

En effet, je viens de décrocher le gros lot : 300.000 FCFA bien comptés.

Allah Akbar ! Les voies du Seigneur sont impénétrables.

Cette somme mon oncle, je l’ai honnêtement gagnée avec un de ces gros voleurs de la République qui m’a chargé de lui trouver discrètement un grand marabout à Fantambougou-Bamako.

Une belle tartine qui je n’ai pas laissé échapper car Koké le charlatan s’est vite proposé pour le travail.

Ainsi, a-t-il, dès la première prise de contact, arraché la bagatelle de 800.000 FCFA au Mouton de la République.

Walahi, Bilahi, celui-là doit avoir des fourmis dans le pantalon, car, comme le dit-on à Tombouctou, quand un crapaud grimpe sur un arbre, c’est bien parce que, en bas, il y a du feu. Mais, tant pis pour lui !

Il faut bien que soit égorgée la chèvre de certains, pour que d’autres fassent de la bonne sauce dit- on.

Ainsi, donc mon cher Bass, ton petit Ablo, actuellement 300 ‘’milliaire’’ se propose, dans les tous prochains jours de partir enfin en exile alimentaire en France.

Et quand j’arriverai, je t’enverrai « un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs ».

Mais, en attendant, Fantambougou vient d’accueillir plus de 40 de ses fils, expédiés de la Lybie… comme des sacs de haricot.

Les pauvres qui ont, avant d’emprunter le mortel chemin de l’Europe vendu des biens personnels et familiaux, (lorsqu’ils n’ont pas contracté de colossales dettes) nous sont revenus, les yeux hagards, les ventres vides, et plus misérables que des rats de Gao.

Tous semblent d’ailleurs avoir complètement perdu le nord, à cause des gifles quotidiennes que leur distribuaient les policiers Libyens, avant leur expédition sur Fantambougou. Les pauvres ! Ils doivent à présent se résoudre à se « débrouiller » ici même et faire face à leurs créanciers et à cette vie de misère à laquelle ils voulaient échapper. Allah Akbar !

Sur un tout autre plan cher oncle, je dois te dire que la semaine écoulée a surtout été marquée par cette histoire de projet de nouvelle Constitution pour la Mali.

Adopté par les ‘’en haut’’ de Bagadadji, cette affaire de Constitution fait couler actuellement beaucoup d’encre, de salive et même… des larmes.

Cette révision Constitutionnelle, selon le ministre des Droit de l’Homme et de la reforme de l’Etat, a pour seul objectif de renforcer la Démocratie dans notre pays. Ce que d’autres maliens réfutent parce que disent-ils, elle ne vise qu’à faire des concessions inadmissibles à nos frères égarés de la CMA.

En fait, les innovations de cette nouvelle constitution sont entre autres la création de la Cour des Comptes, d’un Sénat, l’interdiction du nomadisme politique et bien d’autres… poésies.

Que comprendre dans toute histoire ?

Au Mali d’en bas, rien de tout cela ne nous concerne.

Pour nous les petits et les faibles, seule la bouffe nous intéresse, parce que, du 1er janvier au 31 Décembre de chaque, elle fait l’objet de notre combat quotidien. S’en fout de Constitution !

Je le dis pian, parce que, c’est ça qui est ça !

A lundi prochain Inchallah !

Par ton petit Ablo !

Source : aBamako

aBamako

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