L’attaque du «petit paradis» de Kangaba renforce les inquiétudes sur l’avenir du Mali

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L'attaque de dimanche à Bamako s'est déroulée dans un lieu de villégiature prisée des citadins qui se pensaient à l'abri des menaces. Intervenant dans un climat politique délétère et alors que dans le reste du pays les attaques sont incessantes, ce nouveau drame confirme en réalité la dérive du pays où Emmanuel Macron doit se rendre le 2 juillet.

C’était une journée paisible, en janvier, au campement Kangaba, à Yirimadio, en périphérie de Bamako. A quelques jours du sommet Afrique-France organisé dans la capitale malienne, le propriétaire de ce joli lieu de villégiature doté de trois piscines, Hervé Depardieu, avait invité Libération à partager un déjeuner. Il tenait à faire part de son indignation face aux mesures de sécurité drastiques qui plombaient, selon lui, la reprise des activités économiques.

Longtemps il est vrai, le Mali a été une destination touristique et nombreux sont les expatriés, notamment français, qui sont venus investir dans ce secteur.

Jusqu’à ce qu’en 2012, le nord du pays tombe aux mains des jihadistes et que peu à peu, malgré l’intervention des forces françaises et d’une mission militaire onusienne, le danger terroriste non seulement persiste dans le Nord, mais gangrène le centre, voire le sud du pays où se trouve Bamako.

Aujourd’hui, il n’y a quasiment plus de touristes au Mali. Et depuis longtemps, le campement Kangaba limite sa clientèle aux citadins maliens et aux expatriés qui viennent s’y reposer le week-end. «Il n’y a pas grand-chose à faire à Bamako le dimanche, alors le campement Kangaba à la lisière de la ville, c’est un peu la sortie incontournable pour ceux qui veulent changer de décor», racontait à l’époque une expatriée française.

En ce jour de janvier, en pleine semaine, le village de vacances était désert. Et le propriétaire des lieux ne pouvait que déplorer ce véritable naufrage pour l’économie du pays. «Regardez comme c’est calme pourtant», avait souligné ce grand gaillard sympathique – qui ressemble vaguement à l’acteur américain Nick Nolte – en désignant d’un geste de la main son joli coin de paradis depuis la vaste terrasse où était servi le déjeuner.

«Piscines en cascade»
Six mois plus tard, le paradis a basculé dans l’enfer. Ce lundi, la terrasse finissait de se consumer dans les flammes après l’attaque qui s’est produite la veille au soir, achevant certainement de ruiner les espoirs d’Hervé Depardieu, apparemment absent de la ville au moment où le campement Kangaba a plongé dans l’horreur. Deux groupes d’assaillants ont attaqué les lieux en fin d’après-midi, cherchant des expatriés et criant à plusieurs reprises «Allah akbar», selon des témoignages recueillis par RFI. «Certains d’entre eux ont pu facilement pénétrer sur les lieux par le sommet d’une colline où se trouvent les piscines en cascade et qui n’est pas clôturé», notait dimanche soir un expatrié habitué des lieux, joint par téléphone à Bamako.

L’attaque va durer plusieurs heures malgré l’intervention rapide des forces maliennes, huit soldats seront d’ailleurs blessés, et des forces spéciales françaises. «C’est tellement vaste que les assaillants ont pu facilement se cacher et résister longtemps à l’arrivée des forces militaires», remarque notre interlocuteur.

Après plusieurs heures de combat, cinq assaillants seront tués, ainsi que deux clients, une Franco-Gabonaise et un Malien. Trente-deux personnes seront évacuées, dont treize Français.

S’il reste à déterminer qui étaient ces assaillants, l’attaque de dimanche a miné le moral déjà en berne des habitants de Bamako. Ces dernières années, la capitale malienne a été visée par plusieurs attaques terroristes : en mars 2015, au restaurant la Terrasse, le 20 novembre suivant à l’hôtel Radisson, et enfin en mars 2016 à l’hôtel Nord Sud, qui abrite la mission européenne chargée d’entraîner l’armée malienne.

Ingrédients d’une dérive explosive
Une dizaine de jours avant l’attaque du campement Kangaba, le 9 juin, l’ambassade des Etats-Unis avait publié une consigne de sécurité pour ses ressortissants, les informant d’une «menace d’attaque accrue» à Bamako dans les lieux fréquentés par les Occidentaux.

Mais comment évaluer les risques réels dans une capitale soumise à l’état d’urgence depuis l’attaque du Radisson, et qui a déjà verrouillé les principaux lieux de loisirs fréquentés par les expatriés ? La quasi-totalité des restaurants et hôtels qu’ils fréquentent sont ainsi déjà dotés de portiques ou de sas qui permettent de fouiller les clients à l’entrée. La ville vit déjà comme une enclave au milieu du danger, transformée en citadelle assiégée, toute sortie de Bamako étant fortement déconseillée pour les Occidentaux.

Car dans ce vaste pays, les attaques restent quasi quotidiennes. Dernière en date, samedi près de Tombouctou, dans le Nord, le camp militaire de Bintagoungou a été attaqué par de mystérieux assaillants qui ont réussi à s’enfuir avec du matériel militaire après avoir tué cinq soldats.

Et c’est dans ce climat délétère que le président malien, Ibrahim Boubacar Keita, cherche à imposer un référendum renforçant ses pouvoirs, le 9 juillet, suscitant une mobilisation de l’opposition inédite «depuis la chute du dictateur Moussa Traoré en 1991», note un interlocuteur depuis Bamako. Attaques terroristes persistantes, hostilité grandissante au pouvoir en place : tous les ingrédients d’une dérive explosive semblent en place au Mali, où Emmanuel Macron doit se rendre le 2 juillet pour un sommet consacré à la sécurité et regroupant les pays de la région (Mali, Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Tchad), au sein du G5 Sahel. En attendant, à Bamako, le paradis de Kangaba n’est plus qu’un souvenir.

Maria Malagardis

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Source : Africatime

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