Manifestation anti-réforme constitutionnelle au Mali, le carton rouge à IBK

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C’est la guerre des chiffres au lendemain de la marée humaine qui a pris d’assaut les rues bamakoises en signe de protestation contre le référendum sur la révision de la constitution. Les organisateurs estiment que trois cent mille personnes ont participé à la bronca contre le projet porté à bout de bras par le président malien IBK. Pour la police, ils n’étaient que neuf mille. Au-delà de la classique bataille numérologique, le chef de l’Etat malien joue sa survie politique.

« Carton rouge au président IBK !», affichait une pancarte au sein de la manifestation monstre contre le référendum du 9 juillet prochain. Une marée humaine de manifestants, tee-shirts assortis à la casquette rouge vissé à la tête, a investi les rues de Bamako.

Avec les mots d'ordre de « Non à la révision de la Constitution ! », « touche pas à ma Constitution ! », « Non à la création du Sénat », « Non au référendum ! », le cortège a traversé la dizaine de kilomètres qui sépare la Place de la Liberté de la Bourse du travail.

Loin des manifestations des 8 et 10 juin, non autorisées et dispersées dans des échauffourées avec la police malienne, la manifestation du 17 juin organisée à l'initiative de « An te son, a bana ! » (« Touche pas à ma Constitution ! »), une plateforme d'opposition, s'est voulue un signal pour le président IBK. C'est la plus grande manifestation contre le projet présidentiel depuis sa soumission au peuple.

Le chef de l'Etat malien porte à bout de bras, le projet de dépoussiérer la constitution de 1992. Officiellement, ce projet de révision constitutionnelle, adopté en mars par le gouvernement et validé début juin par l'Assemblée nationale, devrait prolonger l'accord d'Alger signé juin 2015 entre le gouvernement et le mouvement de l'Azawad. Plus loin, le projet devrait parachever la décentralisation au Mali par la création d'un Sénat mais aussi de d'assemblée locales dans cinq régions administratives du pays.

La révision constitutionnelle ou la survie politique d'IBK
Le texte n'en divise pas pour autant les Maliens. Ils y voient un moyen pour le gouvernement de doter le président de « superpouvoirs » notamment celui de la nomination d'un tiers des membres du futur sénat. Un autre point sensible concerne la nomination du président de la Cour constitutionnelle. Précédemment désigné parmi les membres de la cour, ce dernier devrait désormais être nommé par le président.

De là à penser que le président IBK veuille devenir « empereur du Mali » avec un troisième mandat, il n'y a qu'un seul pas que les opposants ont franchi en indiquant que le président préparerait un boulevard pour son Karim Keïta, le fils surpuissant de la République.

Par ailleurs, c'est le timing même de l'organisation du référendum qui interroge. Le référendum va se tenir le 09 juillet prochain alors que le gouvernement ne contrôle pas les 1,2 million de kilomètres carrés du territoire malien aux prises dans le nord avec les sicaires terroristes et plus sous pression plus au sud. Le scénario pour le référendum sera proche du capharnaüm électoral des élections locales de novembre 2016 qui n'ont pu se tenir que dans la partie contrôlée par les autorités maliennes.

La campagne qui s'ouvre le 23 juin risque donc de démarrer sur les chapeaux de roues. La colère gronde dans les rues bamakoises qui promettent des manifestations plus massives d'ici le 1er juillet. Retranché derrière les remparts du Palais de Koulouba à Bamako, IBK se prépare à la tempête qui sera aussi bien politique que médiatique. Sait-il seulement qu'il joue sa survie politique ?

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Source : Africatime

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