Antonio Guterres à propos de la révision de la constitution : ‘’J’exhorte le Gouvernement à prendre en considération les vues exprimées, à dégager des consensus avant la tenue du référendum’’

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Le 6 juin dernier, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres a publié son rapport trimestriel sur la situation au Mali. Ce rapport de 29 pages décortique sans complaisance la situation sécuritaire, humanitaire et juridique qui prévaut au Mali. Actualité oblige, le secrétaire général a évoqué dans son rapport, le projet de la révision de la constitution malienne du 25 février 1992. Prenant très au sérieux l’enjeu de cette révision constitutionnelle, Antonio Guterres a invité le gouvernement malien à trouver un consensus avant le referendum prévu le 9 juillet 2017. « Je constate avec préoccupation que, dans le cadre de la révision de la Constitution, les parties prenantes maliennes n’ont pas été consultées par le Conseil des ministres préalablement à l’adoption d’un projet sur la question. J’exhorte le Gouvernement à prendre dûment en considération les vues exprimées, à dégager des consensus et à se montrer ouvert, avant la tenue du référendum », a-t-il dit. Par ailleurs, il a fait savoir que les conditions de sécurité sont demeurées instables dans le nord et le centre du Mali. Avant d’ajouter que l’insécurité alimentaire touche un total de 3,8 millions de personnes au Mali. En outre, il a précisé que le déploiement de la force d’intervention rapide de la Minusma devrait normalement commencer en juillet prochain.
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« Les conditions de sécurité sont demeurées instables dans le nord et le centre du Mali. Les forces maliennes et françaises, la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nation Unies pour la stabilisation au Mali) et les groupes armés signataires ont continué d’être pris pour cible, et les attaques dirigées contre les civils se sont poursuivies dans les régions centrales. Le 28 avril, l’Assemblée nationale a prolongé l’état d’urgence pour une période de six mois – jusqu’au 31 octobre – à cause de l’insécurité persistante dans les régions du nord et du centre », a déclaré le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres dans son rapport publié le 6 juin dernier. Avant d’ajouter que des extrémistes violents et des éléments terroristes ont mené 105 attaques contre les Forces de défense et de sécurité maliennes, 76 contre la MINUSMA et 20 contre les forces françaises depuis juin 2016. En tout, dit-il, 131 membres des Forces de défense et de sécurité maliennes ont été tués et 176 blessés dans des attaques.
A l’en croire, les attaques ciblant les Forces de défense et de sécurité maliennes ont augmenté de 42 % dans les régions de Mopti et de Ségou. Il a fait savoir que le principal « modus operandi » est resté l’utilisation d’engins explosifs improvisés et les tirs de mortier et de roquette, ainsi que les attaques complexes. « Huit soldats de la paix ont été tués et 64 blessés. Deux soldats français ont été tués et 11 blessés. Parmi les groupes armés signataires, 78 combattants ont été tués et 78 blessés depuis juin 2016», a-t-il précisé. A ses dires, le 4 avril, Iyad ag Ghaly, chef du mouvement terroriste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, a réitéré son intention de continuer à combattre les forces armées nationales et internationales.
Le Groupe, poursuit-il, a revendiqué plusieurs attentats, notamment une attaque à l’arme légère contre un convoi des forces armées maliennes, touché par un dispositif explosif environ 45 km au sud de Nampala, dans la région de Ségou, le 2 mai, qui a fait neuf morts et cinq blessés graves parmi les soldats. Aux dires du Portugais Antonio Guterres, dans les régions centrales, les attaques ciblant des civils ont continué, à la faveur de la faible présence de l’État. Selon lui, la situation sur le plan des droits de l’homme demeure préoccupante. « La MINUSMA a recensé 66 cas de violations des droits de l’homme, qui ont fait 115 victimes, notamment 4 cas d’exécution extrajudiciaire, 1 cas de disparition forcée, 7 cas de maltraitance et 31 cas de détention illégale », a-t-il dit.
Plus de 3 millions de personnes au Mali frappées d’insécurité alimentaire
Selon le secrétaire général, l’insécurité alimentaire touche un total de 3,8 millions de personnes au Mali, victimes, principalement, des inondations et des sécheresses localisées ainsi que de l’insécurité croissante. Depuis le rapport précédent, dit-il, 65 autres écoles ont été fermées, portant leur nombre à 501 sur les 4 872 écoles des régions de Gao, Ménaka, Mopti, Ségou et Tombouctou.
Dès lors, 150 000 enfants sont déscolarisés en raison de l’insécurité régnante. La région de Mopti a été touchée de plein fouet, 266 établissements ayant fermé leurs portes, a-t-il martelé. «Les déplacements localisés ont continué de se produire en raison de la violence qui sévit dans les régions du centre du pays, ce qui a accru le nombre de personnes déplacées, passant de quelque 45 800 à environ 59 000. Le nombre de réfugiés maliens présents au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger est passé d’environ 141 500 à près de 143 600 », a-t-il dit.
Il a souligné que l’effectif de la Mission, de 13 289 membres au maximum, autorisé dans la résolution 2295 (2016), se composait de 40 observateurs militaires, de 486 officiers d’état-major et de 12 763 militaires. Au 26 mai, dit-il, 10 919 membres du personnel avaient été déployés, soit 82 % de l’effectif autorisé. Les femmes représentent 2 % des effectifs militaires.
Il a rappelé que la Mission a toujours besoin de deux unités d’hélicoptères (une unité d’hélicoptères d’attaque à Kidal et une unité d’hélicoptères de manœuvre à Tombouctou). Avant de signaler que le déploiement de la force d’intervention rapide de la mission devrait normalement commencer en juillet. En outre, il a indiqué que le projet de budget pour le fonctionnement de la Mission pour l’exercice allant du 1er juillet 2017 au 30 juin 2018, d’un montant brut de 1 077 600 000 dollars (plus de 500 milliards de FCFA).
S’agissant de la révision de la Constitution, Antyonio Guterres a fait savoir qu’elle permettra de prendre en considération les recommandations formulées lors de la Conférence d’entente nationale ainsi que les principales dispositions de l’Accord, notamment celles qui ont trait à la réorganisation de l’État, de manière à renforcer les institutions de ce dernier.
« Je constate avec préoccupation que, dans le cadre de la révision de la Constitution, les parties prenantes maliennes n’ont pas été consultées par le Conseil des ministres préalablement à l’adoption d’un projet sur la question. J’exhorte le Gouvernement à prendre dûment en considération les vues exprimées, à dégager des consensus et à se montrer ouvert, avant la tenue du référendum. Je suis convaincu que la Constitution révisée fournira un cadre en vue de la réforme des institutions, de la sécurité et de la justice, comme le prévoit l’Accord », a-t-il dit.
Le secrétaire général de l’ONU a fait savoir qu’il est essentiel que les élections, ainsi que le référendum constitutionnel, contribuent à la paix et à la stabilité du Mali. « Je recommande donc au Conseil de sécurité de charger la MINUSMA d’appuyer le cycle électoral et le référendum constitutionnel à venir, notamment par l’exercice des bons offices de mon Représentant spécial et par la fourniture d’une assistance technique et d’un soutien logistique », a-t-il dit.
Il a, sans ambages, affirmé que l’instabilité qui règne au Mali s’étendant de plus en plus aux pays voisins, il est nécessaire de renforcer la coopération et l’appropriation régionale, de manière à lutter contre les menaces qui pèsent sur la sécurité. « C’est pourquoi je me félicite de l’adoption par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, le 13 avril, du concept stratégique d’opérations de la force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, que j’ai soumis au Conseil de sécurité le 15 mai. Je note que le Conseil de paix et de sécurité a demandé au Conseil de sécurité d’adopter une résolution approuvant le déploiement de la force conjointe. Je recommande donc au Conseil de sécurité de donner une suite favorable à cette demande. Je recommande au Conseil de sécurité de proroger d’un an le mandat de la MINUSMA, jusqu’au 30 juin 2018 », a conclu le secrétaire général.
Aguibou Sogodogo

Source : aBamako

aBamako