Moriba Dabo dit Maurice : «Soutenir ce pouvoir c’est contribuer à la destruction du Mali»

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Pour défendre les intérêts de son pays, Moriba Dabo dit Maurice nous a accordé un entretien au cours duquel il parle de toutes les grandes questions qui assaillent notre nation.
Quel est votre avis au sujet de la révision constitutionnelle ?
Je pense que ça n’a même pas son sens d’être. Le Mali n’a pas besoin d’une révision constitutionnelle là où nous sommes. En Afrique, on constate que dès nos présidents se sentent désavoués, ils tentent de changer la constitution en leur faveur. Nous avons compris que le président IBK n’a pas une bonne lecture de la politique malienne. S’il veut mettre le feu à notre pays, le moment est mal choisi. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une bonne vision, d’une bonne politique de proximité. Aujourd’hui, nous avons compris qu’IBK n’a rien apporté au Mali, ne peut plus rien apporter à ce pays. Et la seule chose qu’il a trouvé à faire, c’est de vouloir changer la constitution. Nous ferons tout pour stopper ce projet. Je pense que les Maliens ont compris dans leur majorité qu’il faut réagir et il ne faut pas attendre. IBK n’en peut plus, il est essoufflé et malgré tout, il veut transformer notre pays en monarchie. Euh, mon Dieu, IBK a oublié la priorité des Maliens !
Pourtant, les députés ont voté cette révision à 111 voix pour…
Oui, mais il y a eu quelques abstentions. Sinon, les autrefois, quand ils votent les projets de loi, on a l’habitude de remarquer qu’il y a une vingtaine de députés de l’opposition qui votent contre. Mais cette fois-ci, nous avons remarqué qu’il y a eu 35 députés qui ont voté contre. Ça veut dire qu’il y a des députés de la majorité qui n’ont pas voulu voter cette loi. Ces députés savent la conséquence de ladite loi ; ils savent pertinemment que cette révision constitutionnelle peut amener le pays au désastre, sinon au chaos total. Je pense sincèrement qu’IBK a mieux à faire que de réviser notre constitution.
Vous en tant que homme politique, est-ce que cette révision constitutionnelle arrange le peuple?
Comme je l’ai dit au départ, en Afrique, quand un chef d’Etat se sent désavoué par son peuple, il tente de changer la constitution. Ce changement de constitution n’apportera rien du tout au Mali. Au contraire, ça va nous affaiblir davantage. Où est-ce que vous avez vu, qu’un ancien président n’est pas poursuivable à la fin de son mandant, même s’il trahit son peuple. Avec cette révision constitutionnelle, il veut juste se protéger car il a mal géré le pays. C’est pourquoi il tente de changer la constitution pour ne pas être dans les filets de la justice un jour. Mais ce qui est sûr, l’histoire le rattrapera. Nous avons constaté que ses prédécesseurs ont tenté, mais quand ils ont vu que le peuple n’appréciait pas le projet, ils ont laissé tomber. IBK n’a pas fait 4 ans, on a l’impression qu’on a fait 10 ans avec lui. Cela veut dire que les Maliens sont fatigués.
À quoi ressemblerait le Mali avec cette nouvelle constitution ?
En réalité, ce qu’ils tentent de faire c’est une monarchie. On a l’impression qu’il est nostalgique du temps passé. Il veut faire revenir l’empire du Mali et lui-même sera le roi de l’empire du Mali. Qu’il arrête avec ça, le Mali n’a pas besoin de ça. Je pense que là où le Mali se trouve aujourd’hui, quand je vois certains députés soutenir un pouvoir qui divague, je les assimile aux ennemis de ce pays. Ils peuvent dire la vérité au niveau de l’Assemblée nationale ; ils peuvent discuter entre eux pour bloquer certaines choses, mais ils n’apportent rien au peuple.
Expliquez-nous les raisons de votre démission de votre parti, dont vous étiez le candidat aux communales du 20 novembre 2016.
Les raisons sont très simples. J’ai démissionné du parti parce que tout simplement le parti appartient à la mouvance présidentielle. Je me suis dit tout simplement que je suis engagé dans la politique par conviction, et si ces convictions sont trahies par mon parti, il ne me reste plus qu’à démissionner. Mon parti sera comptable à l’heure du bilan d’IBK. Je ne veux donc pas être comptable de ce bilan. J’ai participé à toutes les marches de l’opposition pour le Mali en tant que jeune politicien malien. C’est pourquoi, aujourd’hui, je me suis dit qu’il est temps de quitter le parti puisque le parti ne réagit pas. Je quitte au plutôt possible ce bateau pour ne pas être complice de ce régime qui veut nuire à sa population.
Dites-nous votre prochaine destination.
Au moment opportun, vous allez le savoir. Je pense qu’il serait un peu trop plutôt de le dire pour l’instant. Au moment opportun, vous le saurez. Mais je tiens à vous dire que je vais observer pour voir le parti qui sera plus proche de ma vision et de ma conviction pour aller là-bas.
Nous savons que vous êtes à côté d’un camp militaire, celui de la garde nationale à N’Tomikorobougou. Chaque jour il y a des attaques contre ces militaires sur le front. Quel commentaire en faites-vous ?
On est dans une période que je qualifierais de «période de guerre». On constate qu’avant la signature de l’accord, les Maliens allaient très bien, car il n’y avait pas la recrudescence des attaques comme aujourd’hui. Les militaires maliens tombent chaque semaine par dizaine et c’est un non événement à Bamako. Mais avant la signature de l’accord, on vivait un peu en sécurité plus que maintenant. Aujourd’hui, on est déçu. On nous a bluffés ; on nous a fait croire qu’ils vont faire ceci et cela. Malheureusement, on ne sent rien du tout. Si IBK ne peut pas satisfaire les Maliens, qu’il renonce au second mandant comme François Hollande l’a fait.
M. Dabo, pensez-vous que l’Etat malien aide à hauteur de souhait les veuves et orphelins de militaires ?
Chaque jour que Dieu fait, le nombre de veuves et d’orphelins augmente. Je pense que l’Etat ne fait pas son mieux pour les veuves de militaires et leurs enfants. Pour moi, c’est insuffisant. L’Etat doit créer un programme c'est-à-dire une structure qui s’occuperait de ces veuves et de ces orphelins de guerre. Il ne doit pas le faire à court terme, mais à long terme. Je proposerais que l’Etat prenne en charge dans chaque famille deux orphelins ou plus en fonction de ses moyens. Je pense que cela va être une belle initiative de la part de nos autorités. L’Etat a les moyens et s’il décide de le faire, il peut le faire. Malheureusement, on constate qu’au Mali, on privilégie les soldats étrangers. Même si un soldat français tombe au Mali, l’information se diffuse sur tous les médias occidentaux avec les images pendant deux semaines. Mais ce privilège n’est pas donné à nos propres soldats. Je pense que cela est injuste.
Quelles propositions concrètes faites-vous ?
La solution que je propose au président de la République, vu qu’il a échoué sur toute la ligne, c’est qu’il renonce au second mandat pour l’amour, l’honneur et le bonheur des Maliens. Cela est la seule solution pour sauver notre démocratie. En renonçant à se présenter, il contribuera à sauver la démocratie malienne et à sauver ce pays. C’est tout ce que nous attendons de lui.
Avez-vous un dernier mot pour conclure cet entretien ?
Je demande à toute la jeunesse malienne et à tous les démocrates convaincus, dont je fais partie, qu’ils se retrouvent autour d’un idéal pour faire partir ce pouvoir. Au cas où le président s’entêterait à aller au second mandat, que la jeunesse sorte pour le faire tomber. Pour moi, soutenir ce pouvoir c’est contribuer à la destruction du Mali. Il faut être un peu rationnel. Tout ce dont le Mali a besoin aujourd’hui, c'est de barrer la route à ce pouvoir. C’est un vœu qui est très difficile, très compliqué à réaliser, mais non impossible. Comme ça, il ne sera même pas au second tour. On va le faire tomber dès le premier tour avec un score historique.
Entretien réalisé par Ousmane DIAKITE/Stagiaire
Quelques conséquences si le OUI l'emporte
1- Les magistrats perdront le reste de leurs plumes
2- La lutte contre l'enrichissement illicite ne dépassera jamais le stade de mythe.
3-Les journalistes pourraient être obligés de parler moins (l'article 143 permettra la modification de l'article 4 qui garantit la liberté d'expression, la liberté de pensée, la liberté de conscience et même le libre choix de la religion).
4-La cour constitutionnelle cessera d'être le carrefour (même théoriquement) des trois pouvoirs (le pouvoir judiciaire ne nommera que deux membres au lieu de trois actuellement, le président qui aura la voix prépondérante sera nommé par le Président de la République) bingo !
Avis personnel : Les magistrats doivent se battre pour ne plus qu'à l'avenir (lors d'une révision qui serait régulière en la forme) le président de la République préside le Conseil Supérieur de la Magistrature afin d'aller vers une séparation effective des pouvoirs, donc l'indépendance de la magistrature. C'est contraire même au fondement de la séparation des pouvoirs de croire que le pouvoir exécutif devrait garantir l'indépendance du pouvoir judiciaire.
Comment le pouvoir judiciaire peut-il réellement arrêter le pouvoir exécutif si le Conseil Supérieur de la Magistrature qui est son lieu de concentration est présidé par le Président de la République, si l'avancement du magistrat dépend du bon vouloir de l'exécutif, si les mutations doivent traduire les humeurs de l'exécutif ?
Maître Zana KONE
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Source : aBamako

aBamako