Expropriation foncière du CRRA de Sotuba : La recherche agricole gravement menacée

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Le gouvernement veut implanter une station de traitement d’excréments humains dans le domaine de la recherche annihilant ainsi des décennies de résultats agricoles

Les chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER) et notamment ceux travaillant au Centre régional de recherche agronomique de Sotuba (CRRA) sont en colère et pour cause. Ils sont perplexes devant ce qu’ils qualifient de tentative de porter un coup de frein fatal à la recherche agronomique, fleuron de la recherche et socle du développement agricole dans notre pays.
Pour joindre l’acte à la parole, la section du Syndicat national de la production (SYNAPRO) de l’Institut d’économie rurale (IER) a déposé sur la table du ministère en charge de la Fonction publique un préavis de grève de 48 heures allant du 28 au 29 juin 2017. Le motif de ce préavis, a expliqué le Dr Bamory Diarra, secrétaire général adjoint de la section du Syndicat national de la production (SYNAPRO) de l’Institut d’économie rurale (IER), est la violation de certains points de deux protocoles d’accord. Il s’agit en l’occurrence du protocole d’accord signé le 28 octobre 2014 entre le gouvernement et l’UNTM et dont le point 13 indique la restitution et la protection des terres de l’IER et le protocole d’accord du 21 octobre 2016 entre le gouvernement et la section SYNAPRO de l’IER, dont le point 5 explique que l’avis de l’IER soit requis pour toute affectation nouvelle. Ces explications ont été données au cours d’une conférence de presse organisée jeudi dernier dans l’enceinte du CRRA de Sotuba en présence du secrétaire général de la SYNAPRO, Karim Diarra dit Togola, des camarades syndicalistes, des représentants d’organisations professionnelles paysannes (Association des organisations professionnelles paysannes et Coordination nationale des organisations paysannes).
En effet, les syndicalistes expliquent leur colère par le fait que l’Assemblée nationale en sa session du 26 mai dernier a voté le projet de loi relatif à la réalisation d’une station de dépotage (transport de marchandises pulvérulentes, liquides ou gazeuses) et de traitement des boues de vidange de la ville de Bamako sur les parcelles d’expérimentation du CRRA de Sotuba.
Dr Diarra a tenu à préciser que les travailleurs de l’IER ne sont pas opposés à la réalisation de ce projet qui fait partie d’un des volets du grand projet d’adduction d’eau potable de Kabala à savoir la construction sur les deux rives droite et gauche du fleuve Niger de deux stations de traitement des boues d’excréments humains, dont un des sites visés est le domaine de Sotuba et l’autre à côté de l’Hôpital du Mali à Sabalibougou Courani. Les syndicalistes souhaitent le retrait pur et simple du projet de construction de la station de dépotage et de traitement des boues de vidange de la ville de Bamako sur leur site et l’arrêt définitif de convoitises de toutes natures sur les domaines d’expérimentation de l’IER de façon générale et du CRRA de Sotuba en particulier.

CREUSET DU SAVOIR ET TECHNOLOGIES PROMETTEUSES. Les chercheurs tiennent à attirer l’attention de l’opinion nationale sur l’incompatibilité de la localisation de cette station avec les parcelles d’expérimentation de Sotuba. Le site de 25 hectares est occupé par des expérimentations et des investissements de technologies uniques dans la sous-région à savoir l’irrigation par aspersion qui a été financée dans le cadre du projet Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA, financée par la Fondation de l’ancien secrétaire général de l’ONU, le Ghanéen Kofi Annan). L’espace abrite également d’autres programmes de recherche comme les bovins et les camelins délocalisés de leur site d’origine et de prédilection (à savoir les régions du nord) vers le sud pour constater leur adaptabilité aux conditions agro-climatiques inhabituelles pour ces animaux du désert, a détaillé le syndicaliste Seydou Niaré du CRRA de Sotuba. Dr Bamory Diarra a, par ailleurs, indiqué que la section SYNAPRO de l’IER a approché qui de droit pour expliquer la nécessité de ne pas accepter la réalisation de cette station sur le site de Sotuba. Ils ont expliqué, arguments techniques à l’appui, leur refus aux différents départements ministériels impliqués (Agriculture, Elevage et Pêche, Environnement, Habitat, Urbanisme et Affaires foncières, Enseignement supérieur) et d’autres institutions comme la présidence de la République, la Primature et même la Banque africaine de développement (BAD) qui finance ce projet de station sur les deux sites.
L’institution financière africaine, a expliqué le syndicaliste Niaré, a soutenu qu’elle n’est pas au courant que le choix du gouvernement était contesté par les travailleurs de l’IER. Par ailleurs, la section SYNAPRO s’insurge également contre les expropriations domaniales, dont fait l’objet le CRRA de Sotuba de la part de la mairie du District de Bamako. Cette dernière a accepté après les interventions de la section SYNAPRO d’annuler les décisions de morcellement de 750 lots situés sur le site de Sotuba. Les syndicalistes ont félicité le maire pour sa compréhension et la diligence de l’annulation de sa décision. Mais, préviennent-ils, comme un chat échaudé qui craint l’eau froide, ils sont déterminés à mener jusqu’au bout leur bataille pour mettre un terme définitif aux agressions foncières contre le domaine de Sotuba. La section SYNAPRO de l’IER rappelle que l’IER a créé la base fondamentale du développement socio-économique du Mali pour atteindre la souveraineté alimentaire et nutritionnelle, dont notre pays peut se prévaloir aujourd’hui. Il est regrettable qu’au moment, où notre pays commence à jouir des fruits des résultats de la recherche agricole (production record de céréales pendant la campagne agricole 2016-2017), que des décisions malheureuses et maladroites veulent mettre à sac ce creuset du savoir et des technologies prometteuses. S’il n’y a pas une volonté de tuer la poule aux œufs d’or qu’est l’Institut d’économie rurale, il y a lieu de mettre définitivement les chercheurs à l’abri de stress et de la démoralisation. Ils se battent au quotidien pour offrir à notre pays les meilleures innovations technologiques pour notre secteur agricole grâce aux résultats de recherche qui ont fait et continuent de faire la fierté et le bonheur des utilisateurs et des consommateurs.

Moriba COULIBALY

Source : aBamako

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