Le peuple Soninké : leur âme

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Le mot “Sarakoulé” que l’on colle assez aisément au peuple Soninké ou Maraca veut dire : L’homme blanc. Quand les Français s’installèrent dans l’Empire Islamique des Sables (Mauritanie) vers le milieu du 19eme siècle, les vieux Soninkés se lamentèrent : “Que viennent faire les Sarakoulés chez nous ? Ces gens qui ne tournent pas la face vers l’Orient?” disent-ils.
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Les Français, entendant souvent ce mot qui les désigne revenir dans la conversation des autochtones, finissent par les appeler “Sarakoulé”. Et cette appellation est devenue si courante que personne ne cherche à en stopper l’ancrage, tout comme le mot “Narr” qui désigne les Maures et dont l’usage couvre toute l’Afrique sauf les pays du Maghreb.
Selon une source confirmée, ce nom provient pourtant d’une anecdote, celle d’un Maure installé chez les Walo-Walo (Sénégal) et dont la case prit feu. Incapable de l’éteindre tout seul et voulant solliciter de l’aide auprès de ses voisins, il se mit à crier “Narr ! Narr ! Narr !” Qui veut dire “Au feu ! Au feu ! Au feu”.
Les voisins l’ont aidé à éteindre le feu. Et ce mot “Narr” devint depuis lors le mot lequel on désigne dans ces contrées et au delà, le Maure.
Installés dans quelques pays de l’Afrique, les Soninkés ou Maraca sont connus pour leur fidélité, leur détermination au travail mais surtout leur sens de solidarité. Société ouverte et hautement patriarcale, tous les différents qui opposent ses membres sont réglés par les vieux qui occupent une place prépondérante en milieu Soninké.
La société Soninké est soudée avec un sens très poussé de la famille et de la communauté. Cela donne des foyers élargis, où le père, ses épouses et ses enfants vivent dans la même concession. Si les filles rejoindront plus tard leur foyers, les garçons eux, sont tenus une fois mariés, d’amener leurs épouses vivre dans la maison du père. Cependant certaines préfèrent d’aller vivre ailleurs avec leurs épouses.
On soutient que les Soninkés viennent d’Egypte, d’une ville nommée Aswane, d’où ils émigrèrent plus tard vers le Soudan. L’Empire du Ghana fut crée par le marabout et guerrier Soninké, Makha Cissé, au VIIIe siècle. C’est un Empire qui englobait toute l’Afrique subsaharien y compris l’actuelle Mauritanie, l’Empire Islamique des Sables. Les Soninkés fondèrent des villes comme Chinguetti, qui veut dire en Soninké, « Le puits du cheval ».
Koumbi Saleh fut la capitale de l’Empire du Ghana à l’époque. A Atar, les Soninkés cohabiteront en harmonie avec les Maures, Bambaras et Peulhs avant de replier vers le sud quand le désert envahit le nord du pays. Ils peuplent le Guidimakha, qui signifie « Montagne de Makha » une référence à Makha Soumaré, un grand notable Soninké de l’époque.
Le Guidimakha, une région en bordure du fleuve Sénégal, contribuant à faire rayonner dans l’Empire Islamique des Sables, de belles civilisations. Les Soninkés, comme les Maures, Peulhs et Wolofs, menèrent une résistance farouche face à l’envahisseur Français et refusèrent avec énergie le Christianisme que les adeptes d’Outre Mer tentèrent de répandre dans ces contrées.
Profondément Islamique comme les Maures, Peulhs et Wolofs, le peuple Soninké restera attaché à la religion divine, inspirée par le Créateur des mondes et tout ce qui est sur la terre visible et au monde invisible. En ce qui concerne la politique, le Soninké acceptera volontairement un poste dans un gouvernement mais ne dépensera le moindre sou pour battre campagne, tout comme il ne puisera pas dans la caisse publique qui lui sera confiée.
C’est une communauté apolitique, vivant dans une sobriété qui en fait presque un éternel ascète.
L’argent dont il utilise pour battre campagne peut construire des maisons ou sociétés pour lui et sa famille. Il préfère alors d’être apolitique. C’est pourquoi leur ardeur est très limitée en politique où les dépenses sont faramineuses. Les Soninkés aiment vivre en communion, dans un cercle fermé et impénétrable. Ceux qui sont déjà installés à l’étranger servent d’adresse pour les futurs candidats qu’ils aident à héberger puis à trouver du travail.
Parmi la diaspora Africaine en Europe, Australie, les Amériques et en Asie, les Soninkés sont les mieux organisés et les plus solidaires. Les caisses communautaires qu’ils ont mise en place servent à venir en aide aux compatriotes en difficultés ou monter d’ambitieux projets socioéconomiques dans leurs villes ou villages d’origine.
S’il y a une association générale, des ressortissants du Guidimakha. Il existe aussi d’autres associations de village à village ou par commune. Ils ont contribué largement à élever le niveau de vie des populations dans cette région délaissé par les programmes de développement national de l’époque.
Grace à ses apports au niveau local, la diaspora Soninké a permis la construction d’Ecoles, de Mosquées, de Centres de soin, l’édification de belles édifices, des revenus substantiels aux parents et proches restés dans les villes et villages. C’est ainsi que des localités comme Diaguily qui se fait appeler “Le Paris du Guidimakha”, Melgue, Dafor, Wompou, Coumba N’dao entre autres, sont devenues, grâce à quelques uns de leurs enfants installés à l’étranger, des cités pleines de vitalité. Cependant depuis 2010, tout a changé.
Le Guidimakha, grâce à l’appui du Président de l’Empire Islamique des Sables, Mohamed Ould Abdel Aziz, commence à se développer sous fonds de l’Etat. Située non loin de Sélibaby, la localité de Coumba N’dao, fief des Camara et des Cissé, continue de vivre sur son héritage historique, mélange de légendes et de vécus contemporains.

Source : aBamako

aBamako