Révision constitutionnelle : La nécessité d’une médiation indépendante

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Depuis janvier 2012, le Mali est secoué par une crise grave. Cette crise a divisé les Maliens qui n’arrivent pas à se réconcilier. La rébellion touareg qui a provoqué cette situation et qui a été aggravée par le coup d’Etat du 22 Mars 2012 tarde à trouver une issue favorable. Malgré la signature de l’Accord pour la paix issu du Processus d’Alger, la paix tarde à s’installer dans le pays.

Le gouvernement malien a fait d’énormes efforts pour ramener la paix. Mais les groupes armés utilisent la mauvaise foi. Depuis deux ans que l’accord a été signé par les parties à savoir le gouvernement, la plateforme et la CMA, le processus de paix est en panne.

L’administration et l’armée sont absentes depuis 2014 dans une grande partie du Nord du Mali. L’insécurité circonscrite aux seules régions du Nord s’est étendue au centre du Mali et dans le Delta central. L’administration, les services sociaux de base, l’éducation sont absents. Malgré la mauvaise foi de la CMA et la complaisance de la communauté Internationale, le gouvernement malien continue à faire pression sur le peuple malien pour donner une bonne impression à cette communauté comme si cela ne suffisait, le président de la République vient d’engager un processus de révision de la Constitution du 25 février 1992. D’après le président, cette révision constitutionnelle se fait conformément à certaines clauses du fameux accord pour la paix.

Une majorité importante de la population conteste la façon dont le processus de révision a été engagé. Elle souhaiterait que cela se fasse dans le consensus, le dialogue et la compréhension. Mais le président n’entend pas de cette oreille et voudrait faire un passage en force pour question d’orgueil.

Alors que la sagesse aurait souhaité qu’il ait un comportement plus responsable et conduise le processus avec beaucoup de leadership. Mais la crispation est telle qu’il faut craindre un affrontement violent entre les partisans et les opposants à la révision constitutionnelle. Ce qui est plus grave encore, c’est la prise de position malencontreuse de certains leaders religieux et certains membres du Recotrade.

Devant cette nouvelle crise qui est créée au sud du Mali, il faut nécessairement mettre en œuvre le mode traditionnel de gestion des conflits. Pour cela, nous faisons appel à l’intervention des notabilités de Bamako, à savoir les familles Niaré, Touré, Dravé ainsi que les Eglises catholique et protestante.

Leur intervention est le seul et dernier recours pour mettre d’accord tous les deux camps et ramener le président à une position de sagesse et de neutralité. Aujourd’hui, les leaders des associations musulmanes et le Recotrade sont disqualifiés. Certains de leurs membres ont pris position pour l’un des deux camps.

En outre, il serait souhaitable que le coordonnateur des chefs de quartiers de Bamako ne s’affiche pas dans les conférences concernant la révision constitutionnelle. Si ce dernier ne peut pas changer de comportement, les notabilités de Bamako doivent le démettre et le faire remplacer par une personnalité impartiale et apolitique.

Les notabilités de Bamako doivent prendre leur responsabilité pour offrir leurs bons offices. Sans leur intervention, il faut craindre le même scénario de 1990 qui a conduit aux événements du 26 mars 1991.

L’entêtement du président IBK risque de nous conduire à un autre scénario comme le 22 mars 2012. Le peuple qui l’a élu est aujourd’hui mécontent de sa gestion. Les militaires qui l’ont aidé à accéder au pouvoir, se sentent trahis et sont aussi mécontents que les civils. Le mécontentement étant général, la nécessité d’une médiation des notabilités de Bamako et des Eglises catholique et protestante s’impose.

Bamako, le 8 juillet 2017

Yacouba Coulibaly

Administrateur des postes à la retraite

Kalabancoura, Bamako

Source : aBamako

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